Ce
premier album d'UFO est vraiment à part dans l'histoire du
groupe. D'abord parce que comparé au deuxième et sa
longue suite prog-metal qui sabote toute une face, ce disque présente
une agréable homogéinité dans l'approche générale
qui lie les morceaux les uns aux autres et surtout dans la durée
de ceux-ci. Ensuite cet album est totalement différent de
tout ce à quoi le fan du groupe des années 70 et 80
pourrait s'attendre.
Avec ce disque, les très jeunes membres d'UFO parviennent
rien de moins à atteindre à la fois le niveau de défonce
space-metal de groupes aussi différents que Birth Control
ou Hawkwind (ou en très défoncés pour moitié
: celui de Scorpions pour "the Lonesome Crow) et la surenchère
sonique et esthétique du rock-heavy metal des groupes de
Detroit, underground ou glam.
L'album débute par un titre instrumental censé nous
mettre dans l'ambiance ou plutôt censé nous conforter
dans l'impression qu'on avait déjà à partir
de la pochette. Puis le groupe sort le grand jeu avec "Boogie
for George" dans lequel le guitariste ultra parmi les ultras
Mick Bolton se bat ouvertement en duel avec le -déjà-
affreux bassiste Pete Way, ne laissant que peu de place au chanteur
au style autoritaire à la Eric Burdon [sans le hippisme]
qu'est Phil Mogg.
Puis on a droit à une autre tuerie : leur reprise de "C'mon
Everybody", annonciatrice de celle qu'ils firent 10 ans plus
tard de Something Else, poussée jusqu'au bout -et une autre
prise complète devrait sans doute en attester- le morceau
se termine chaotiquement sous les cris et les injures de musiciens
qui se haîssent.
Ensuite c'est un morceau boogie-metal très similaire à
"Boogie for George" mais ce qui m'intéresse c'est
le cinquième titre : "(Come Away) Melinda". Titre
imposé par d'autres mais beaucoup plus dramatique que dans
la version d'Uriah Heep. Excellent !
Si la première partie de l'album aurait pu être jouée
par Humble Pie ou par Free, la suite est tout autre. On aborde maintenant
les franges les plus extrêmes du rock : les très rares
morceaux qui en 40 ans de hard peuvent bénéficier
de l'appellation "heavy metal". "Timothy" et
sa ligne de basse ahurissante, "Follow you home" tout
droit sorti des années 60, "Treacle people" desespérée
et révélatrice de l'exceptionnel talent de guitariste
on acid que possédait Mick Bolton, la reprise de "Who
do you love" directement pompée sur celle de Quicksilver
(mais quelle classe sur le live !)...pour terminer sur une dernière
tuerie : "Evil" et ses paroles autoritaires, pourvoyeuses
d'un heavy metal genital qui ne tombe jamais dans la caricature
d'un David Coverdale.
En
résumé : un disque très très minoritaire,
et dans l'histoire du groupe, et dans le microcosme des groupes
ultras du Londres de l'époque (Edgar Broughton, Pink Fairies,
Mick Farren & the Deviants, etc.), ce disque est annonciateur
de tout un tas de trucs particulièrement marquants -mais
eux aussi très minoritaires dans l'histoire du rock- du
punk anglais, du trash-death européen (Celtic Frost) des
années 80. Il me semble aussi que Phil Mogg n'a pas travaillé
de manière aussi approfondie avec l'ex-Damned Algy Ward
pour que cet album n'ait pas été totalement sans
conséquences sur leur manière d'envisager la musique.
Qui plus est le groupe était aussi ami avec les punks atardés
et au-dessous de tout de Cockney Rejects. Anarchistes hier, nanarchistes
demain ? Captain Cody - 13.04.2005
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