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A
la simple évocation dun album de Hard-Us (dans son
registre large quand même
) sorti en 1991, deux camps
vont se dessiner. Le premier qui se mettra en quête de ce
disque avant même davoir fini la lecture de cette
chronique et le second qui arrêtera leur lecture aussitôt
Eh non, ce serait trop simple ! Je conseille aux fans potentiels
de ce style de lire les spécificités de The Toll
et aux détracteurs, je ne peux que les rassurer sur le
côte non « formaté » de ce
groupe. Tellement peu typique que rétrospectivement, leurs
chances de percer étaient minimes. Difficile bien souvent
de sortir du moule en vogue qui, en incitant à la redite
de ce qui a marché en termes de vente, conduit inexorablement
une mode à sa perte
Les seuls que je dispense de
la lecture de ce qui suit sont les amateurs de Hard extrême,
vous allez perdre votre temps.
Beaucoup dinfluences, de ressemblances, de particularités
rendent difficile le collage dune étiquette à
The Toll. Plutôt un Hard Rock N Roll pas violent (mais
à 100% entraînant) qui sait se diversifier pour nous
offrir un panel de titres assez large.
A la première écoute, des morceaux font immédiatement
mouche, une bonne moitié sur les 12 titres au total. Le
hic, cest quà la deuxième, on les « oublie »
noyés quils sont parmi un ensemble qui ne connaît
pas de temps faibles, de « fillers » comme
on dit !
Lalbum débute par deux morceaux énergiques ;
« Tongue tied river » qui ne sort pas réellement
des sentiers battus mais qui, grâce à son efficacité,
nous permet surtout de découvrir un chanteur vraiment plaisant.
Pas dans la rubrique « tessiture exceptionnelle »
mais plutôt dans celle des vocalistes totalement habités
par leur passion un peu « à la »
manière de Stephen Shareaux (Kik Tracee) ou Matt Kramer
(Saïgon Kick). Le chant nest pas relégué
comme cest parfois le cas au rang de simple support mélodique
Là il sagit dhistoires, démotions,
de coups de gueule souvent. Je reviendrai plus tard sur des paroles
qui contribuent à létiquette marginale que
je colle à The Toll. Sur ce titre, on ne peut que se poser
la question du rôle du producteur sur un disque. Matt Wallace
est aux manettes (comme pour certains disques de Faith No More)
et à deux reprises sur lalbum, le chanteur Brad Circone
préfigure de ce que fera Mike Patton quelques années
plus tard sur lalbum « King for a day
»
avec des vocalises puissantes presque bestiales. Etrange coïncidence,
non ?
« Boys are Bustin Bricks » prend la
relève pour le passage le plus « rentre-dedans »
de lalbum ; on flirte parfois avec le Punk pour une
décharge dadrénaline en règle.
Le tempo ralentit pour les deux suivants (mais pas lintérêt)
avec des titres « deuxième couche »,
entendez par là quils ne sortent pas du lot à
la première écoute mais quils sont servis
par des refrains des plus accrocheurs que je rapprocherais dun
Terrorvision en plus Hard pour « One last wish »
où la rythmique se fait plus subtile, plus saccadée
pour le plus grand bonheur de nos doigts qui se mettent à
claquer tout seul (ce qui permet à nos cervicales de se
reposer après le headbanging obligatoire jusque là
).
Quant à « Something bout the struggle »,
il concourt dans la catégorie des « airs à
siffloter » le matin sous votre douche. Vachement plaisant
quoi !
Vous vous dites : « OK, peut-être un groupe
qui balance ses meilleures cartouches au début de lalbum
».
Ne prétendez pas le contraire, je vous vois venir !
Non ! Les bonnes surprises ne sont pas finies et javancerai
pour preuve cet hymne « Hear your brother calling »
qui en plus de nous proposer un refrain tubesque me permettra
daborder le chapitre « Mais que raconte le chanteur
finalement ? ». La problématique abordée
ici , et qui sera déclinée à plusieurs reprises,
est une interrogation parfois amère sur une société
(Américaine plus précisément) qui, à
force de prôner leffort individuel, en oublie parfois
une solidarité de tous les jours. Brad Circone illustre
notamment ses propos par le tristement célèbre fait-divers
de Kitty Genovese sauvagement assassinée sous les yeux
de nombreux spectateurs qui ont cru, protégés quils
étaient chacun par leur fenêtre, que le voisin allait
intervenir
Aucun voisin nest intervenu malheureusement
pour Kitty ! Le titre du morceau prend dans ce cas une allure
de prière ou en tout cas de souhait dun monde meilleur.
Ah on est loin de paroles célébrant les relations
humaines horizontales
Hop, hop, hop, on ne se refroidit pas avec « War is
release » qui traite dun sujet éculé
mais de façon efficace (« Say war aint
no substitute for peace »). Vraiment, si vous trouvez
lalbum, penchez vous sur toutes les paroles qui, même
sur des sujets évidents comme celui-là sont finement
écrites et superbement mises en valeur par la musique.
Anecdote amusante, le chanteur débute ce titre avec des
intonations à la Robert Smith !
Pas le temps de rêver à un monde meilleur que « Standin
on the ledge » nous raconte une histoire glauque de
suicide chez des jeunes « mal », « trop
peu » ou « trop » éduqués
par leurs repères familiaux. Malgré des thèmes
douloureux et diamétralement opposés aux « paillettes
et confettis » de rigueur en 1991, la musique résolument
Rock permet de se distinguer des paroles pessimistes voire misérabilistes
qui prendront toute la couverture les années qui suivront.
Si je ne devais retenir quun morceau de lalbum, il
sagirait sans doute d « American mess »
car réunissant des paroles aussi fortes que sur la majorité
des titres avec une musique « brûlot »
qui ne peut laisser indifférent. Des « wouh
wouh » à la Stones, une critique acerbe (une
fois de plus ) dune société à
deux visages quil nest pas toujours facile de faire
cohabiter. Et, symptomatique dun patriotisme viscéral,
même dans lattaque frontale dune certaine Amérique,
le chanteur conclut en rappelant son attachement à une
nation même imparfaite
Au passage, précisons
quil y a dans ce titre (et également sur « War
is release ») un passage « rappé »
du plus bel effet. Réfractaires à ce type de fusion,
nen profitez pas pour vous éclipser car vous naurez
le temps de vous rendre compte de rien
« Happy » nous ramène du côté
de Kik Tracee pour un titre qui nest pas le meilleur mais
qui reste dun niveau tout à fait décent. Passons
Interlude acoustique pour une intro réussie dune
power-ballad qui ne lest pas moins abordant le thème,
également classique, dune relation amoureuse qui
névolue pas toujours de la façon souhaitée.
A défaut dêtre original, ce titre est gorgé
de feeling et rehaussé par une belle voix féminine.
Une autre problématique classique (discriminations raciales)
avec « Colorblind » mais largement compensée
dune part en raison de son actualité toujours valable
15 ans plus tard et dautre part, grâce à une
plume toujours largement au-dessus de la moyenne du Hard-Us. Et
toujours cette capacité à trouver des mélodies
imparables mais est-il besoin de le re-préciser, vous vous
en doutiez.
Le bouquet final avec le dernier titre « Sweet misery »,
prétexte au récit (véridique ?) dune
nuit de débauche qui permet au groupe, dans un long morceau,
dalterner plusieurs ambiances, toutes FUN ! Cest
plus léger que le reste à la fois au niveau dune
musique festive quau niveau des lyrics (quoique
On
peut y trouver des enseignements !). Morceau délirant,
endiablé qui termine de fort belle manière un album
qui, évidemment, est classé dans mon rayon « indispensable ».
Le seul bémol que je reproche à ce disque serait
peut-être le soliste qui, bien quétant parfaitement
compétent, ne se démarque pas autant que peuvent
le faire les compos.
Tiraillé entre la satisfaction de découvrir en 2005
des albums datant de 15 ans dune telle qualité et
la tristesse de se rendre compte que, malgré des qualités
évidentes, le nom de The Toll est à ranger parmi
les illustres inconnus, je dois ajouter que les informations glanées
ça et là laissent penser que le potentiel du groupe
prenait toute son ampleur sur scène. Il sagissait
du second album du groupe et difficile de savoir ce que sont devenus
les musiciens par la suite. Frank B
- 12.11.2005
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