«
Its a darty job but someones got to do it » entend-on
ad lib au tout début de « Face down the dirt »,
le premier morceau de ce Saints of Los Angeles. Il est
clair en effet que pour le premier album studio réunissant
les 4 membres originaux du groupe depuis près de 10 ans,
Motley Crue sest montré encore une fois le n°1
du service de la prévente (hihihihihi). Un single épatant
et bruyant sorti au printemps, une conférence de presse retransmise
en broadcast sur la télé câblée et sur
le net, un buzz savamment mis en scène, une annonce dun
festival itinérant calqué sur les Ozzfest dOzzy
Osbourne au succès incroyable et fort judicieusement appelé
«Cruefest » et last but not least la sortie du nouvel
album en cette fin du mois de juin 2008.
Et oui! Un nouvel album pour Motley
Crue donc, le groupe quon aime haïr tant il se prête
à la caricature (mouarf Tommy Lee en slip dans télé
7 jours) ou à la manifestation dassociations activistes
de tout poil (féminisme, alcool au volant, blasphème,
violences conjugales et j'en passe) devant la salle du concert
du soir.
« Its a dirty »
job, il était écrit que la première chanson
commence par ces mots, même si auparavant une intro voyait
Vince Neil jouer le bateleur qui cherche à appâter
le chaland sur un macadam bruyant et nocturne du Sunset strip
en vantant les mérites de sa ville, « Welcome to
Los Angeles ». Le L.A clinquant et sale avec Motley Crue
comme parfaite illustration de cette (fausse) dichotomie tant
la carrière du groupe symbolise toutes les facettes de
cette ville, de ces quartiers et de cette image dEpinal
ancestrale.
Le clinquant cest sur ce
disque la production, un son acéré et brillant,
tranchant et étincelant, limage dune carlingue
de métal argentée et luisante sous la lumière
du jour, voilà le son de cet album. Un son qui colle parfaitement
aux hymnes vitaminés mais qui crispe un peu lorsquil
sagit de faire parler le groove et le swing des titres moins
rapides, un morceau comme « What its gonna take »
par exemple et son ambiance de RocknRoll groovy et
poissard aurait sans doute gagné à se doter de sonorités
moins métalliques. Cest le reproche principal que
lon peut faire à ce disque, nonobstant une poignée
de morceaux moins emblématiques et mémorables.
La crasse cest en fait toute
lhistoire de ce disque qui devait initialement sintituler
« The dirt » et reprendre les grandes lignes du livre
du même nom écrit par le groupe au début des
années 2000 et rendant compte de leurs 20 années
dexistence. Livre qui se perçoit à la fois
comme témoignage personnel de 4 individus et de leurs destins
singuliers (tous autant quils sont) et comme lhistoire
du groupe qui symbolise peut-être mieux que quiconque ce
que furent les années 80 en matière de rock aux
Etats-Unis et au-delà un voyage exemplaire (au sens premier
du terme) sur les rollercoaster du succès, du taudis partagé
à 4 dHollywood boulevard jusquaux villas de
Beverly Hills et de Malibu, du prix à payer pour voir ses
rêves se réaliser (même si ceux-ci incluent
exclusivement dêtre une rock star, de baiser tout
ce qui bouge et de se défoncer du matin au soir, pas forcément
dans cet ordre)et du prix de la chute qui sen suit avec
son lot de drames (maladie génétique, prison, homicide,
état de mort clinique (deux fois), disparition pour cause
dun cancer dun enfant et jen passe et des pires).
Motley Crue cest le Sunset
strip, ses bars à putes, ses motos garées devant
et la défonce RocknRoll qui va avec, cest
le clinquant dHollywood et de ses milliers de jeunes gens
sy rendant pour y vivre leur rêve (en cinéma
comme en musique) et qui déchantent sans doute sitôt
le premier pied posé là-bas. Un groupe qui au-delà
des clichés quil émane reste attachant et
singulier, peut-être à cause de son talent aussi
tout simplement.
Ce disque donc, lhistoire en musique du groupe des débuts
à aujourdhui ou presque, ce sont dailleurs
les titres des chansons qui illustrent le mieux et leur intention
et leur dynamisme comme par exemple « Face down the dirt
», « Down at the Whisky », « Saints of
Los Angeles », « Mutherfucker of the year »
(titre de lannée !), « The animal un me »,
« Welcome to the machine », « Just another psycho
», « Chicks=Trouble », « This aint
a love song (this is a fuck song) » et jen passe.
Pas de fioritures donc, pas de courbe sinueuse dans lintensité
et le repos de la distorsion, tout est presque à fond du
début à la fin avec une moitié dalbum
composée de titres rentre-dedans assez efficaces (dont
certains irrésistibles) et pour lautre moitié
de titres plus midtempo mais toujours explosifs et tendus comme
un string. Il ny a ici pas de ballades, pas de titres calibrés
pour les « Highways » et les « Trucks »,
non, rien que du lourd qui bastonne sévère.
On démarre dailleurs
sur les chapeaux de roue avec un excellent « Face down the
dirt » et son riff presque MC5ien (le son par contre cest
plutôt les usines Boeing), le rock mélodique et presque
punkisant que le groupe nous sert de temps à autre incluant
un chant collant parfaitement à la rythmique de feu qui
laccompagne. Cest là que nous revient en mémoire
leur reprise d »Anarchy in the UK » du temps
de leur première compilation (1991 déjà)
et quon se dit que décidément le groupe exécute
à merveille ce genre de rock sale et gras en mode post-liposuccion.
Motley a presque inventé
une manière de faire sonner rock et groove avec le morceau
"Wild side" sur lalbum « Girls girls girls
». Ce véritable trademark a depuis été
décliné mais aussi modulé/customisé
au gré des époques, de "Primal scream"
sur la compilant commémorant le 10è anniversaire
du groupe puis avec « Sick love song » sur la dernière
en date, scellant quant à elle les 25 années du
Crue. Il aura aussi muté dans une version plus radiophonique
et inoffensive avec lextraordinaire « Afraid »
sur le disque « Generation swine ». Sur cet album-ci,
la version 2.0.08 déboule avec le morceau éponyme
« Saints of Los Angeles", son riff en toupie en mode
Mach3, son refrain de stadium à beugler le poing levé
et son irrésistible envie de remuer le popotin tout en
secouant frénétiquement la tête. Ce genre
de rock song imparable est sans doute la raison pour laquelle
le groupe a aujourdhui toujours quelque chose dautre
à offrir à son public qu'une tournée nostalgique
avec morceaux uniquement composés ou presque à lépoque
de gloriole du band, en général il y a bien longtemps.
La raison pour laquelle tout simplement, en dépit de son
background précieux et imposant, Motley Crue est un groupe
du présent, soudé qui-plus-est comme jamais. Un
gang en un mot qui a toujours envie den découdre
du haut de leurs 45 balais et qui emmerde les tambourins et les
tabourets hauts propices aux tournées nostalgie-jackpot.
Vous ajoutez à ce joli tableau des morceaux comme on en
espérait (hormis ceux déjà évoqués
citons « Just another psycho », "Chicks=Trouble",
"Down at the Whiskey" ou encore « Muthafucker
of the year ») et vous avez là à défaut
dun disque inoubliable (mais finalement, le groupe nen
aura produit que deux tout au long de sa carrière, les
deux premiers) un sacré bon disque.
Motley Crue a toujours été
5, on la vu à travers le livre « The dirt »,
5 personnages avec leur destin, leur singularité, leurs
zones dombre et leur éclatant talent. Je dis 5 en
effet tant lentité Motley Crue épouse elle-aussi
ce déterminisme au-delà des membres qui la compose.
Commençons par Tommy Lee,
le batteur-people. Tant quil tape sur ses tambours et que
cest numéro 1 tout va bien pour lui. Tant quil
se tape Pamela Anderson-Lee également même si vous
allez me dire (et vous aurez raison) quil a trop souvent
confondu « Se taper » et « Taper » tout
court. Sa carrière solo poussive jette un lourd passif
sur le bonhomme mais il excelle ici comme toujours sur les albums
du Crue.
Continuons avec son jumeau toxique,
Nikki Sixx, larchitecte sonore du groupe et par ailleurs
sans nulle doute le personnage le plus attachant du groupe. Compositeur
principal depuis toujours, leader daujourdhui et qui
a amené avec lui sur ce disque ses partenaires de son projet
parallèle Sixx A.M, DJ Ashbam (crédit de composition)
et James Michaels (crédit de composition et production
de lalbum) qui cosignent tous les titres ou presque tout
de même avec la paire Sixx/Mars.
Recueillons-nous un instant sur
Mick Mars, lersatz physique de Seth Brundle, le personnage
principal du film « La mouche » de David Cronenberg
sauf que linfortuné Mars mute petit à petit
en zombie. Il faut dire à sa décharge quil
ne doit pas être agréable de souffrir de la maladie
dite de la « spondylarthrite ankylosante ». Kézako
? "Cest une maladie des os,comme si du ciment chaud
à prise rapide poussait à l'intérieur de
la colonne vertébrale... Je suis prisonnier de mon corps"
Mick Mars in "The Dirt"
Vince Neil enfin. On peut penser
ce quon veut du personnage, le genre à ne savoir
dire que "Dude" "Cool" et "Fuck",
le genre bermuda hawaïen sur tongues, embonpoint, montre
de 3 kilos au poignet gauche, joues fessues et lifting semestriel,
mais on ne peut quadmettre quil donne par sa voix
une grande profondeur à cette musique. Un disque (contenu
musical et lexical) qui lui ressemble en tout point tant il est
larchétype du downtown Californian parvenu aux oripeaux
de la gloire et de la fortune. Cest quil a tout connu
sur ce Sunset strip, cest que cest là sans
doute toute sa vie : les bas-fonds du début, la gloire
naissante, le tryptique Sex & Drugs & Rocknroll,
les matches de catch féminin dans la boue (sa marotte,
classe non ?) et bien entendu laccident mortel quil
provoqua un soir de « party » et qui fut fatale au
batteur dHanoi Rocks ainsi quaux deux occupants de
la voiture den face. Oui cest toute sa vie ou presque
(difficile doublier le décès de sa petite
fille dun cancer à lâge de 8 ans) qui
est narrée ici, cest un disque qui éclaire
plus particulièrement son parcours, au même titre
que le livre « The dirt » éclairait de manière
collective le parcours de tous. C'est lui qui émerge ici
par sa voix et qui fait de cette musique un pont entre le rock
des années 80 et celui d'aujourd'hui. On adore de nouveau
Vince Neil, on l'aime, cela nest pas la moindre des surprises
de ce superbe album de Motley Crue, Alive & Well, quon
se le dise! Bornu
- 25.06.2005 (source: Culturopoing.com)
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