Le
problème avec MARILLION est cette opposition constante entre
la période Fish et l'ère Hogarth. Les premiers pleurent
le rock progressif théâtral des débuts. Les
seconds s'émerveillent devant les capacités vocales
et les mélodies plus accrocheuses de la seconde partie de
carrière. Débat éternel qui n'a plus lieu d'être.
En place depuis presque 20 ans, Steve Hogarth a contribué
à faire évoluer le groupe vers des sphères
moins cloisonnées, en le sortant des carcans codifiés
du rock progressif. Et par la même a sûrement permis
à MARILLION de poursuivre son chemin musical. Parcours qui
a vu la naissance de véritables pépites tels 'Season's
end', 'Brave' ou 'Marbles', mais qui a pu décontenancé
aussi parfois avec des albums plus pop ou plus expérimentaux.
Mais en aucun cas on ne peut reprocher aux brittaniques d'avoir
cédé aux sirènes du commercial. De surcroît,
depuis que MARILLION n'est plus pieds et poings liés avec
une major, ils ont une totale liberté artistique au sein
de leur propre structure de production. Et comme ils ont très
vite compris l'intérêt qu'il pouvait retirer d'internet,
encore plus d'autonomie. Et dans les moments difficiles, le groupe
a pu avoir le soutien financier de leurs fans en prévendant
tickets de concerts et albums avant enregistrement. En échange,
les fidèles fans ont droit à des concerts privés
et des albums/dvd collector. Une collaboration exemplaire permettant
la naissance de la perle 'Marbles' 3 ans auparavant. Grand
concept album qui a permis au groupe de revenir sous le feu des
projecteurs grâce aux critiques unanimes. Sans parler des
concerts mémorables qui en ont résultés.
Et voilà maintenant la cuvée 2007 sur les platines.
Mieux ? décevant ? déroutant ? surprenant ?
redite ? rien de tout cela. Egaux à eux mêmes,
les musiciens ont laissé libre court à leur inspiration.
Comme d'habitude le groupe s'est laissé porter par son imagination
sans frontière. Et 'Somewhere else' s'avère être
un grand cru. Il se déguste. Exquis. Steve Rothery
au sommet de son art, fait corps avec sa guitare et
nous caresse les oreilles avec ses mélodies enivrantes sur
'No such thing' ou 'The last century for man'. Talentueux
guitariste, versatile et intelligent. L'energique bassiste Pete
Trewavas ne se fait pas oublier, vrombissant sur 'The other
half' et 'Most toys' . Le créatif clavieriste,
Mark Kelly, est on ne peut plus créatif. Il magnifie
la beauté en présence par des notes fragiles,
neutres, soyeuses ou plus incisives, n'hésitant pas à
donner du piano parfois. Ian Mosley, batteur, sait se faire léger
ou plus lourd selon l'humeur des morceaux. Et que dire du multi-instrumentiste
Steve Hogarth ! Vous l'avez bien sur compris : je suis
fan du bonhomme. Je me dois donc d'être juste et concis, mais
ce chanteur est grand. Le talent à l'état pur. Le
génie incarné. Un chant divin. Un des plus belles
voix de l'histoire de la musique de toute manière. Et sa
performance sur 'Somewhere else' est encore une fois
remarquable en tout point. La modulation de sa voix sur le morceau
'Somewhere else' est magnifique . Sa fragilité
sur 'The last century of man' poignante. Et en mode accoustique
sur 'Faith' une véritable offrande faite à
l'auditeur. Un pur bonheur. Le paradis sur Terre.
L'ensemble de ce nouvel album est plus direct. Moins conceptuel,
voir pas du tout même. Marillion semble faire dans la facilité
avec des mélodies immédiates et refrains entêtants.
Mais passées plusieurs écoutes, toutes les subtilités,
finesses et autres trouvailles se mettent en évidence. Derrière
cette facilité apparente se cache un trésor de
créativité. Des petits trucs en plus qui à
force d'écoutes attentives deviennent enivrants. Les morceaux
dans l'ensemble sont plus typés pop rock, mais des éléments
plus propre au progressif sont bien présents. Des hits en
puissances aussi. Au lieu de se regarder le nombril et cesser d'être
frileuses, il serait de bon ton que les radios fassent découvrir
des 'See it like a baby', 'Most toys' et 'The wound'
aguicheurs à une audience plus large. Marillion mérite
d'être découvert ou redécouvert (clin d'oeil
aux adorateurs de l'ère Fish). A côté de ces
tubes potentiels cohabitent des titres plus mélancoliques,
plus sombres et ô combien intenses. Des petits bijoux
où l'émotion est à son comble. Comment ne pas
vibrer devant 'Thank you whoever you are' , 'Somewhere
else', 'No such thing' et 'The last century for
man'. Chair de poule assurée. Superbes envolées lyriques,
guitare hypnotique, frissons rythmiques, bijoux mélodiques.
Si je n'étais pas dans ma phase poètique je dirai
bien que j'ai la trique du fanatique!
La cuvée 2007 MARILLION est donc d'un haut niveau. Donner
une suite au fabuleux 'Marbles' n'était pas chose aisée,
le quintet l'a fait avec maestria. Sans se répéter.
Sans s'autoparodier. Peu de groupes peuvent s'en enorgueillir après
presque 30 ans de carrière.
L'inspiration étant toujours de mise, la rumeur dit qu'après
la tournée 'Somewhere else' le groupe retournerait
de suite en studio enregistrer le prochain album déjà
écrit. Quelle chance d'être fan d'un groupe autant
aux petits soins avec son public. Syl70
- 06.05.2007 |