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Les
quelques exemplaires de l'EP se seront écoulés comme
des petits pains. Le groupe semble être, même s'il
n'est pas encore reconnu, une force émergente du courant
Heavy Metal. La petite influence Punk que l'on trouve dans la
musique de Def Leppard semble plaire, et Mötley Crüe
a tiré parti de ce renouveau en sortant, un an et demi
plus tard, leur premier album, le très Punk "Too Fast
For Love". Def Leppard, que l'on situait alors comme un nouveau
groupe situé dans le sillage de Priest ou de Maiden, se
voit aussi influent dans la naissance d'un autre groupe majeur
des eighties.
Les membres du groupe sont donc confiants quand à l'avenir
de leur formation, à l'exception de Frank Noon, le batteur,
qui ne semble pas être pleinement investi dans le projet.
Il est renvoyé du groupe et suppléé par Rick
Allen, un jeune batteur talentueux de quinze ans (!!!) qui tient
ses baguettes à la manière "shuffle-jazz".
Son style rapide et ses bons roulement de toms lui assurent une
place clé dans le groupe. Le quintet s'enhardit alors dans
l'élaboration complexe de leur premier
véritable album, "On Through The Night", dont
la couverture, inspirée du titre "Ride Into The Sun"
(premier morceau de l'EP), conserve également le célèbre
triangle indisociable du logo du groupe. Ils choisissent comme
producteur "Colonel" Tom Allom, le producteur de Judas
Priest (tiens tiens...) Ils espèrent ainsi parvenir à
une production de qualité, ce qui fut le cas (n'oublions
pas que Tom Allom produira un an et demi plus tard le redoutable
et célèbre "Screaming For Vengeance" qu'il
n'est nul besoin de présenter...)
L'album commence sur les lignes martelantes de la Gibson de Steven
Clark, qui comme à son habitude bourrine les six cordes
de ses coups de médiators rapides et dévastateurs.
On a alors un coup de caisse claire de le son est purement 70,
puis un roulement continu de toms qui renforce cette tendance.
On se retrouve alors en plein dans un retour dans les
années Metal 70 avec "Rock Brigade". Le morceau,
malgré le son qui maintenant semble très vieillot,
donne envie de sortir son blouson en cuir, ses lunettes rondes
et sa casquette de colonel ! L'influence purement Judas Priest
est nette et forte, mais on sent que le groupe a une personnalité
qui lui est propre. Tout en imitant les grands du genre, Def Leppard
parvient à imposer son image. On quitte le morceau sur
une bonne impression, et on s'attend à quelque chose de
bon.
La suite est plus interressante: le deuxième morceau, "Hello
America",est le premier single de l'album. Il parvint à
la position 49 au top 50, et un clip dont le réalisateur
est inconnu fut tourné au cas où le titre monterait
dans les charts. Ce ne fut malheureusement pas le cas, et jamais
le clip ne fut diffusé (mais il se trouve sur la vidéo
"Historia", qui vient d'être rééditée
en DVD). Le morceau en lui-même est bon, rapide, avec des
breaks de batterie époustouflants. Malgré la technologie
de l'époque qui ne rend pas toute la fougue dégagée
par le groupe, on sent que le coeur y est, et que dans l'album
on peut parfaitement ressentir l'intensité de ces cinq
musiciens talentueux. Ils sont bien là. On entend un peu
de synthé pendant le refrain, il reste discret et présent
à la fois. La production est donc bonne. Le fait qu'il
y ait du synthé non pas à la Deep Purple mais plutôt
dans un son plus frais, plus futuristique, montre aussi que le
groupe a un pied dans le Metal / Punk des 70 et le Hard Rock 80
qui s'annonce. Def Leppard fera partie des rares groupes qui ont
connu le tournant avant de s'engager pleinement dans un autre
courant.
Le troisième titre, "Sorrow Woman", est plus
classique et assez mou, mais le groupe reste présent, et
le morceau se tient malgré sa légereté. Vers
la fin, il devient un peu plus ambitieux. Il faut attendre un
peu avant le solo de guitare de Pete Willis pour que ça
devienne plus "plein".
Viennent ensuite "It Could Be You" et "Satellite".
"Satellite" ressemble à "Sorrow Woman"
dans la dynamique, intulie donc d'en parler. "It Could Be
You" apporte une touche d'originalité puisqu'il ne
ressemble pas aux précédents: il ne s'agit ni de
rapidité ni d'entrain ni de molesse, mais plus de "lourdeur".
C'est dans ce morceau que l'aspect Heavy de la musique de Def
Leppard se fait un peu plus ressentir. Le morceau perd en rapidité,
mais il en gagne en agressivité, et on a alors des riffs
de
guitare un peu plus caustiques, plus poignants, plus mordants.
Le sixième titre de l'album, "When The Walls Came
Tumbling Down", parle de la guerre nucléaire. Peu-être
cela est-il une allusion à la guerre froide qui n'était
pas encore achevée à l'époque ("Gods
Of War", une chanson épique sur le même thème,
titre magnifique d'ailleurs, sera joué sur Hysteria sept
ans plus tard). Le morceau manque cependant de rapidité,
son rythme le rend trop lourd par rapport au thème qu'elle
représente, et le tout perd en qualité de manière
générale. C'est dommage, mais le morceau reste agréable
à écouter.
"Wasted", deuxième single de l'album, est tout
simplement génial: la partie instrumentale a été
entièrement écrite par le guitariste Steven Clark.
Son génie sera confirmé dans ce morceau, et encore
plus dans les albums suivants. Le début est accrocheur,
la partie de guitare est Heavy à souhaits, on plonge tout
de suite dedans ! Le côté haché rendu par
les coups puissants de grosse caisse appuient la dynamique du
morceau, et une fois le tout démarré, on se laisse
emporter jusqu'à ce qu'on regrette que la chanson soit
déjà terminée.Mais non ! On n'a pas le temps
de regretter quoi que ce soit car le bon
vieux "Rocks Off", qui est une version rafraîchie,
améliorée, enregistrée en live, du "Getcha
Rocks Off" de l'EP, nous rentre dans les oreilles et nous
réduit le cerveau en compote ! On a tout de suite envie
de mettre à fond ! Il y a tout: les décibels, le
public, les riffs rapides, le rythme super entraînant. Toute
la hargne du groupe est là, ce n'est pas Heavy, ce n'est
que du "déchaînement organisé",
et on s'aperçoit à la fin qu'on s'est autant éclaté
à écouter le morceau que le groupe lorsqu'il l'a
enregistré.
"It Don't Matter" fait redescendre un peu l'ambiance,
mais il reste un bon titre et ne rabaisse nullement le niveau
de l'album.
"Answer To The Master" est un bon titre, qui ressemble
étrangement à "Great White Line" de Point
Blank (pour les metalleux avertis qui connaissent ce groupe...)
Le morceau est bon, fait remonter l'engoûment d'un cran,
et on prend plaisir à l'écouter. Cela reste cependant
un morceau à la dynamique banale.
Enfin, "The Overture", le troisième titre de
l'EP, vois son premier mot amputé. "Overture"
n'a pas beaucoup changé, il reste dans le fond un titre
essez mou, mais le passage Heavy dans le milieu du morceau est
purement jouissif. Le morceau est bon, et on quitte l'album sur
une très bonne impression.
En
final, Def Leppard a prouvé sa valeur. Même si le
groupe n'est pas encore très célèbre (ce
qui a fait de cet album un autre chef d'oeuvre méconnu),
de nombreux fans sont au rendez-vous à chacun de leurs
live et aussi nombreux sont ceux qui attendent de voir comment
le groupe va réagir au tournant musical de 1980. Car rappelons-nous
que musicalement, les années 80 n'ont réellement
explosé qu'en 1981...
ThunderStick le 09/04/2003
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