DISCOGRAPHIE


Shades of deep purple - 1968

Book of Taliesyn - 1969

Concerto for groupe and orchestra - 1969

Deep purple - 1969

In rock - 1970

Fireball - 1971

Machine head - 1972

Who do you think we are - 1973

Made in japan - 1973

Burn - 1974

Stormbringer - 1974

Come Taste The Band - 1975

Made in Europe - 1976

Perfect strangers -1984

Houses of the blue light - 1987

Slave & masters- 1990

The battle rages on - 1993

On the wings of a russian foxbot - 1995

Purpendicular -1996

Live at the olympia '96 - 1997

Abandon - 1998

Live at the royal Albert hall - 1999

Bootleg series (coffret 6x2 Cds)- 2000

Scandinavian Night - 2001

Bananas - 2003

Rapture of deep - 2005

DEEP PURPLE

Style - Hard rock/Rock
Formé en 1968
Connection -
Origine - Angleterre

Perfect strangers - 1984 - Album
1. Knocking at Your Back Door
2. Under the Gun
3. Nobody's Home
4. Mean Streak
5. Perfect Strangers
6. A Gypsy's Kiss
7. Wasted Sunsets
8. Hungry Daze
9. Not Responsible (Bonus Track, no present sur le LP)
10. Son of Alerik (Bonus Track, non present sur le CD de 84)
1984 est une année charnière pour le rock : tout amateur de musique sait que c'est en 1984 et pas avant et encore moins après que tout se décide. Il n'y avait pas qu'Orwell à compter : il y avait aussi le son de grosse caisse ainsi que la direction générale que prendrait la musique rock en jeu. On pouvait faire la part des choses et trier entre les irréductibles qui allaient conserver une bonne production et les autres qui allaient se vautrer dans les eighties honnies des vrais esthètes. Deep Purple allait aussi se reformer dans son line-up de la très grande époque 69-73, la formation royale. Perfect Strangers sera l'album de la réconciliation entre blackmoriens-gloveristes restés fidèles au culte de the One that never talks et lordo-paico-gillanistes plus r'n'b, plus jazzy.

Que dire de ce chef d'oeuvre, de ce disque qui reste une pierre de touche dans la discographie du groupe, un des rares à mériter assez largement ses 6 étoiles de LP gem à lui tout seul ? Première chose c'est qu'il est absolument parfait. Seconde chose c'est qu'il sonne curieusement plus frais et plus revitalisant pour la musique qu'il est censé illustrer que maints albums des suiveurs et des nouveaux groupes de l'époque.
En 1984 Deep Purple Mark II s'est donc reformé et est devenu en toute logique (on les a laissés en 1976 avec Mark IV) Mark V. Ils sont plus vieux, leur barbe est plus drue et plus sombre. Les ventres sont plus rembourrés, un début de double menton est très net pour chacun d'entre eux. Ils sont plus aguerris, aussi. Venus respectivement de Rainbow pour Blackmore et Glover, de Black Sabbath pour Gillan, de Whitesnake pour Lord et de Gary Moore pour Paice, ils viennent de passer une dizaine de mois parmi les plus atroces de leur carrière. Cette position est bien sûr très discutable étant donné que Black Sabbath Mark III était en concert une des formations les plus extraordinaires et que Gillan fut assurément aussi grandiose que Dio, battant à plates coutures Ozzy. Etant donné aussi que l'album Slide it In de Whitesnake, l'album par lequel Lord quitta son ami le bellâtre David Coverdale, est absolument superbe. Sans oublier les quelques rares éclairs de Rainbow en live. Les âges sont aussi très avancés : un à 43 ans (Lord), trois à 39 (Gillan, Blackmore et Glover), un dernier à 36 (Paice).
Sur le papier c'est une catastrophe qui s'annonce : un album nullissime, une tournée minable et la reprise des hostilités entre le guitariste médiéval et son chanteur.

Catastrophique sur le papier la reformation de Mark II fut en fait absolument extraordinaire. On notera d'abord la sobriété de la pochette. Après le quadruple ratage de Who do We think We Are/Burn/Stormbringer/Come taste the Band, le groupe préfère faire profil bas et éviter de faire dans l'originalité et ce d'autant plus qu'avec l'apparition du CD les pochettes immondes en grand apparaissent d'autant plus immondes qu'on n'en saisit pas toutes les subtilités, si subtilités il y a.
Le groupe n'est donc pas pris du syndrome Scorpions qui est d'autant plus affligeant qu'on ne s'en débarrasse pas une fois qu'ancré dans les moeurs il devient une habitude.
Ensuite les photos : il faut avouer qu'on est hésitant avant de se prononcer de manière catégorique. Lord avec sa moustache retrouvée, son cuir largement ouvert sur son poitrail orné d'une chaîne ressemble davantage à un dragueur des plages bien de chez nous qu'à un artiste aux prétentions néo-classiques notoires. Blackmore est tel qu'en lui-même : poitrail également découvert, chaussures à talons en peau de lézard, maigreur encore accentuée par la barbe qui, on l'a dit, est plus noire et plus drue pour tout le monde. On est loin du Blackmore maladif des photographies de l'époque 73-74. Loin aussi du Blackmore superbement habillé des photos de l'enregistrement de Machine Head : il n'est plus le dernier dandy échappé des interminables années 60. Les changements physiques survenus chez Gillan sont peut-être les plus frappants : pas encore remis de sa teinture radicale en brun corbeau de chanteur de Black Sabbath, plus gros, plus lourd, les cheveux plus secs et plus longs qu'à l'époque de In Rock où derrière le très grand chanteur débutant on sentait encore poindre le jeune homme de Episode Six. Tout autre apparaissent Glover et Paice : c'est bien simple, s'ils n'existaient pas on n'aurait pas besoin de les inventer tant ils ressemblent à tous les autres ingénieurs du son et sessionmen anglais.

La musique est bien différente de celle du dernier Purple en studio, l'à part Come Taste the Band : fini le rock-soul à tendances hard, revient en revanche le hard rock classique de Who do We think We Are, la bonne humeur et la fantaisie réelle et non affectée en plus. On commence avec un massive opener comme on les aime : Knocking at your Back Door. Il faut du temps au morceau pour démarrer. Ce genre de retour exige une préparation mentale de l'auditeur. C'est donc Lord qui pianote sur ses synthés jusqu'à ce que, la rupture de la lutte sans fin entre la section rythmique et les deux solistes devenant irrésistible (comme sur Tarot Woman de Rainbow), la guitare explose et Gillan pose sa voix. Retour très net à la fantaisie et aux paroles humoristiques : on sait la manie qu'a Gillan de placer des personnages extrêmement intéressants dans ses textes. Ainsi a-t-on eu droit il y a bientôt dix ans à Ted the Mechanic. Là c'est douce Lucy la danseuse.
On poursuit avec deux titres assez complémentaires. D'abord Under the Gun qui requiert peut-être pour être apprécié plus d'attention et de réécoutes de la part l'auditeur. Comme pour beaucoup d’autres artistes (de Bob Seger aux Stray Cats) c’est l’ayatollah Khomeiny qui fournit l’inspiration à Ian Gillan pour des paroles absolument merveilleuses de justesse, de hargne et d’humour.
Puis Nobody's Home qui met plus de temps à démarrer et où les mimiques et les tics d’expression de notre chanteur préféré sont tout à fait irrésistibles. Bravo l’acteur !
On revient à plus de fraîcheur et d'innovation dans la tradition avec Mean Streak, le titre blues-rock qui avale des kilomètres du disque. Très bonne intro en tout cas qui montre la permanence d’une section rythmique formidable au sein d’un groupe de super vétérans.
Puis c'est le titre éponyme, un monument absolument inattaquable et invieillissable :
C’est un Lord à claviers remis au goût du jour qui veut ça, on peut même dire que sans lui ce titre ne serait rien ou presque. Un riff millésimé Kashmir 75, un chanteur à la diction bluffante, à la voix persuasive et intimidante (Can you remember remember my name ?) : c’est un chef d’œuvre.
Encore un morceau absolument gigantesque avec A Gypsy's Kiss, l’un des deux seuls vrais titres néo-classiques du disque. Solo en forme d’autoparodie, humour des paroles (John Wayne The Alamo/Crazy Horse Geronimo/I'll smoke a piece with you/Mind Body Heart and Soul/We got Rock and Roll/And there's nothing they can do), diction savoureuse pour les connaisseurs. C’est fantastique.
Tout autre apparaît Wasted Sunsets. C'est le slow rock de l'album, celui aussi où Gillan chante le mieux et où les accents mélancoliques de sa voix sont les plus déchirants de tout le disque.
Avec Hungry Daze on est déjà rendu au huitième morceau : la fin de l'album. Le riff est pour le moins particulier : tous les instruments peuvent le tenir, y compris la batterie. Ce morceau est censé être la relation par Gillan de l'histoire du groupe depuis 69. Avec Hungry Daze revient la tendance du hard rock dont Purple est l'inventeur : la tendance à l'autocélébration et au clin d'oeil rétrospectif, à la nostalgie d'un temps perdu à jamais, d'une époque révolue et mythique. Depuis les premières autocélébrations du Hard Loving Man Ian Gillan sur In Rock en passant par le retour du Hard Loving Man sur Rat Bat Blue (cinquième morceau de Who do We think We Are, 1973), sans oublier bien entendu les suites de titres qui sont toujours des chefs d'oeuvre : Painted Horse suite de Pictures of Home par exemple. Cette tendance à l'autocélébration fit en tout cas des enfants : Judas Priest, Manowar voire même le Cult de Dominance and Submission. Histoire du groupe, certes(We all came out to Montreux/but that's another song), mais c’est aussi quelque part le testament d’une génération de groupes pourris jusqu’à la moelle par des thuriféraires malhonnêtes et hypocrites et par des groupies réconfortantes (Dancing girls, silly girls, all kinds of girls and it was loud et Different girls, laughing girls, private girls and it's so loud) :les morts quasi simultanées de John Bonham, Bon Scott et Keith Moon ont définitivement sonné le glas de cette époque. Dorénavant il n’y aura plus de très grands groupes de la taille qu’avaient atteint les Deep Purple. Ces événements minables en soi, jamais vraiment tragiques, prennent pour la dernière fois une dimension quasi mythologique.
Les acheteurs de la réédition CD ont aussi droit à deux autres titres : I'm not responsible, très sombre, reposant beaucoup sur la basse de Glover et sur le duel entre le chanteur et son guitariste. Jamais la haine n'avait été aussi palpable entre les deux leaders naturels du groupe.
Avec Son of Alerik enfin on se trouve face à un instrumental long (10 minutes), tortueux et assez inutile : trop de distorsion, trop de passages inutiles et trop de répétitions.

Conclusion : Deep Purple à l'instar des nobles de 1814 n'avait rien oublié et rien appris, groupe conscient de ses limites et savant parfaitement qu'il était inatteignable et de toute façon qu'il aurait été résolument intempestif en 84 (l'année de Powerslave, l'année de Ride the Lightning !!!) de réitérer l'exploit de Machine Head, le chef d'oeuvre absolu du heavy metal anglais. Au lieu d'arborer des make-up et du strass à la Culture Club, de faire des vidéo clips et de rendre sa musique FMo-compatible à la Dire Straits ou à la Def Leppard, Purple comme ses prédécesseurs de la double Restauration de 1814-1815 proposa une monarchie aristocratique, un neo-classical heavy rock à la fois caustique et moderne. Perfect Strangers est vraiment avec Machine Head, Burn, Come Taste the Band et Purpendicular un des plus grands albums de Deep Purple. Un album 6 étoiles à absolument posséder, une pierre angulaire du hard rock. Captain Cody - 18.11.2005
Musiciens: Ritchie Blackmore-Guitares/John Lord-Claviers/Ian Gillan-Chant/Roger Glover-Basse/Ian Paice-Batterie
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