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Sans
doute le plus méconnu des albums dAlice Cooper. En
son temps, ce disque est sorti dans lindifférence
générale : la presse spécialisée
ne la même pas chroniqué. Depuis, Dada (ou
plutôt Da Da) a acquis le statut très particulier
duvre culte. Daprès Dick Wagner, il sagirait
« du plus sous-estimé des albums de Cooper et
artistiquement dun des meilleurs ».
Petit rappel des faits : en 1983, Cooper, qui ne parvient
pas à surmonter ses problèmes dalcoolisme,
se trouve au creux de la vague, au fond du trou. Ses 3 albums
précédents ne se sont pas vendus et nont convaincu
que les plus indulgents des fans inconditionnels. Lalbum
de 1982, Zipper Catches Skin avait vu le retour du guitariste
Dick Wagner, le co-auteur des tubes de la seconde moitié
des années 70. En 83, Alice devait un dernier album à
sa maison de disques. Bob Ezrin avait été chargé
de la production. Or le principal intéressé était
peu motivé et navait pas lintention de quitter
son fief de Phoenix pour Toronto. Cest là quintervint
D.Wagner qui fut envoyé par Ezrin dans lArizona pour
convaincre Alice de bien vouloir faire le déplacement jusquà
Toronto. En définitive, ce dernier accepta, désireux
de terminer dignement son contrat. Les 3 hommes savaient pertinemment
que la Warner navait pas lintention de promouvoir
convenablement le disque et que son échec commercial était
programmé. Da Da est lune des uvres les plus
personnelles de Cooper ; il est surtout détaché
de toute considération mercantile. La pochette sinspire
dun tableau de Dali intitulé « Marché
desclaves avec apparition du buste invisible de Voltaire »
( que voilà une chronique instructive !). Cette uvre
dart est basée sur une illusion doptique :
selon la façon dont on regarde le tableau, on voit soit
des personnages, soit la tête de Voltaire ! La pochette
de Da Da, si on lobserve attentivement, nous permet de contempler
ou bien 2 personnages ayant le visage dAlice, ou la tête
dun vieillard (même principe que pour Retro Active
de Def Leppard). Tout cela nest pas innocent, le contenu
même de ce disque est conçu pour mystifier lauditeur.
Par exemple, la batterie que lon croit entendre parfois
nest pas un vrai instrument mais une machine (notons cependant
la présence de Richard Kolinka de Téléphone
sur certaines chansons- Bob Ezrin avait produit Dure Limite en
1982). Da Da nest pas vraiment un disque de rock au sens
traditionnel du terme. On serait plus proche ici du progressif
(sans les longs développements instrumentaux), on pense
parfois au Genesis de Mama. Il est vrai que de Dada à Mama
Les ambiances étranges, les atmosphères inquiétantes
ont été privilégiées. De ses trois
efforts précédents, Cooper na retenu que lutilisation
des synthés et des boîtes à rythmes. Mais
ces machines sonnent maintenant de façon radicalement différente,
le côté futuriste, robotique a disparu. Les compositions,
bien quelles ne soient pas forcément liées,
racontent des histoires qui donnent le frisson. Lalbum souvre
sur Da Da, un semi-instrumental bizarre basé sur une obsédante
ligne de guitare. Une voix denfant prononce régulièrement
ce mot. Puis une conversation entre un médecin et son patient
se fait entendre avant que ne démarre brutalement la deuxième
chanson, Enoughs Enough, plus enlevée et qui comporte
un excellent solo. Le chef-duvre de cette première
face est placé en 3ème position : cest
Former Lee Warmer, une ballade fantômatique et lugubre.
Il sagit de lhistoire dun enfant condamné
à vivre reclus dans un grenier, la narration étant
effectuée par son frère. Autres compositions marquantes :
Scarlet And Sheba et son atmosphère si particulière
due à des arrangements pompeux. Alice est aux prises avec
2 singulières partenaires féminines, Scarlet et
Sheba « Theyre trying to kill me, want to pick
my bones, methodically, erotically. Ensuite survient le
très humoristique et sarcastique I Love America (sorti
en single car titre le plus « cooperien »
du lot), morceau plus insouciant et reposant sur des riffs de
guitare incisifs et tranchants. Alice en profite pour détourner
certains procédés lénifiants de la variété
traditionnelle (cf. le passage central et ses bruitages, typique
de Bob Ezrin). Fresh Blood, avec ses cuivres synthétiques,
est presque funky. Le contraste entre le côté guilleret
de la forme et le sinistre thème abordé (une sombre
histoire de vampires assoiffés de sang) est saisissant
et rappelle quelque peu le Too Much Blood des Stones sorti la
même année
Les auditeurs attentifs relèveront
un clin dil à Dylan.
Lalbum se termine sur le somptueux Pass The Gun Around,
lune des chansons les plus poignantes de Cooper, toutes
périodes confondues, ballade intense et malsaine. Un sentiment
de dépression, de néant enveloppe lauditeur.
Laspect autobiographique est évident (cf.les allusions
à lalcool).Je ne révélerai pas la façon
dont sachève ce chef-duvre, je pense
que le suspense doit être préservé
Disons
que cest surprenant, surtout la première fois.
Voilà donc un disque qui gagnerait à être
découvert ou redécouvert : il nest pas
forcément dune écoute facile. Cest un
peu le Berlin dAlice Cooper. Comme le disque de Lou Reed
(paru en 1973 et aussi produit par Bob Ezrin), DaDa fut un bide
commercial. Trois longues années sécouleront
avant quAlice Cooper némerge du Triangle des
Bermudes. Mais cest une autre histoire
Philippe C - 11/03/2004
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