Musicalement,
cet album reste-t-il dans la même lignée épique que
son prédécesseur ?
Julien : « Septentrions
Walk » est plus évolué musicalement. On a voulu
le rendre à la fois plus mélodique et plus heavy dans les
parties épiques. On a essayé de faire le même album
que « Northern Recital » mais en mieux, en faisant
ressortir la puissance des guitares pour quelles soient plus « rentre
dedans » par rapport aux claviers.
Chris : On voulait effectivement un
son plus puissant, plus accrocheur. Et puis les morceaux sont plus longs
(6 à 7 minutes) car on narrive pas à sarrêter
quand on compose (rires).
Julien : Cet album est aussi plus homogène
que le précédent qui a connu plusieurs compositeurs. Ici,
tous les textes sont de Kevin et la base de la musique vient de Nico,
même si chaque musicien y a apporté sa griffe par la suite.
Il y a donc un lien fort entre lhistoire et la musique.
Vous
avez intégré dans lalbum, des bruitages, des narrations,
des instruments celtiques et même fait appel à une chorale.
A-t-il été facile, notamment en termes de moyens, de procéder
à ces ajouts et de les incorporer à votre musique ?
Julien : On a effectivement eu recours
à des tas dartifices (bruitages, voix, etc.) et instrumentaux
traditionnels pour développer lambiance de lalbum.
Chris : Chaque long titre est précédé
dune introduction qui explique ou présente le contenu du
titre à venir. On a essayé de traduire cela musicalement.
Par exemple, dans la deuxième intro, un messager vient prévenir
Charlemagne que les Vikings sont tout proches. Alors, tu lentends
marcher, apeuré dans une ambiance assez lourde (et Chris de monter
le volume sur lintro en question). On a poussé sur les
aspects ambiance, en intégrant beaucoup de claviers ou du chant
grégorien. Et puis il y a un fil conducteur mélodique
que tu retrouves dans tous les titres, sous différentes formes,
en petites touches. Pour tout ce qui est des instruments (cornemuse,
harpe, violon, etc.) et des narrations, on a réussi à
trouver des gens sympas qui les ont enregistrés gratuitement.
Quand aux churs, ils sont chantés par lune des chorales
dAlgrange, qui a fait un gros travail sur le texte en latin ancien.
Il fallait voir cette trentaine de personnes, dont la plus jeune doit
avoir 70 ans, travailler darrache-pied pour sa première
production métal (rires) ! Évidemment, il a fallu
planifier les enregistrements pour sarranger au maximum des disponibilités
de ces invités.
Julien : Pour lenregistrement,
nous travaillons toujours avec le même ingénieur, Gilles
Kauffman, de Kirk Production. Il est super-arrangeant. Il a par exemple
accepté de déplacer son matériel au conservatoire
de Thionville pour enregistrer la chorale et donner de lampleur
à cette partie.
Chris : Comme ça, tu sens tout
de suite que cest une vraie chorale qui chante et pas nous qui
faisons des churs sur plusieurs couches (rires).
Julien : Lenregistrement de
ces différents éléments a donc été
long mais le mixage aussi a été très difficile
car il a fallu géré toutes les pistes. Gilles nous a dit
quil sagissait sans doute du plus gros album quil
ait eu à mixer et masteriser jusquà présent.
Pensez-vous
quavec son métal épique et son thème viking
actuel, Seyminhol ait trouvé son identité et sa marque
de fabrique définitives ?
Chris : Notre marque définitive ?
On nen sait rien. Rien nest définitif. Rien ne dit
quon ne fera pas un jour un album sur Napoléon.
Julien : Par contre, le fait de mêler
faits historiques et narrations est et restera notre marque de fabrique.
Chris : Nous ne somme pas bloqués
sur un sujet, celui des Vikings notamment. On a juste envie de raconter
des histoires, basées sur des faits réels, sur une musique
heavy. Par exemple, notre titre français « La Septième
croisade » ne parle pas de Vikings mais bien des croisades.
À
propos de ce titre qui est le seul entièrement en français
de votre répertoire actuel, navez-vous pas envie den
écrire dautres et dopter pour le chant en français ?
Chris : Au début de Seyminhol,
nos titres étaient chantés en français. Mais on
na pas forcément lenvie dy revenir. En fait,
tout dépendra du prochain concept que lon développera.
Si certains éléments narratifs nécessitent du français,
on le fera. Par exemple, « Septentrions Walk »
comporte certains passages en français, en vieux français
plus exactement. On chantera en français si le besoin sen
fait sentir et pas forcément par plaisir ou envie.
Julien : « La septième
croisade » a été écrite pour la compilation
« French Steel », destinée à faire
connaître et promouvoir le métal français. Un titre
en français se prêtait donc bien à lesprit
de la compil. Cest pour cela quon a proposé ce morceau
inédit pour cet album.
Comment
va se dérouler la promo du nouvel album et quattendez-vous
en termes de vente ?
Chris : La promo va se faire à
la fois par le biais de grands magazines de hard et de webzines et fanzines
plus underground.
Julien : On compte beaucoup en fait
sur des gens comme toi pour faire connaître des groupes comme
nous.
Chris : Un magazine parlera en effet
de toi une seule fois à la sortie de ton album et cest
tout. Tandis quun webzine attirera des fans qui parcourent toutes
les pages et y reviendront pour trouver les infos fraîches et
régulières quautorise ce support.
Julien : En termes de vente, on ne
peut pas trop dire. Mais il est clair quon espère que les
gens qui ont aimé le premier album apprécieront celui-là
également.
Chris : Je me risquerais à
avancer le chiffre de 3000 albums. On espère atteindre ce chiffre
pour la France et létranger, mais si lon arrivait
à ce niveau uniquement pour la France, ce serait génial,
surtout en comparaison à des groupes hyper connus comme Manigance
qui vendent surtout à létranger, et finalement peu
en France.
Julien : Le marché français
est plutôt moribond. Donc les labels ne font guère defforts
pour la France. Ils misent surtout sur lexport.
Chris : Il est clair que lon
fait du métal par passion et non pour la thune. Mais cest
partout pareil. Les groupes connus dont on pensait quils gagnaient
à mort, sont en fait comme nous. Ils bossent à côté
et nont pas des moyens de fous. Mais ils sont tous passionnés
et accessibles.
Julien : Le métal ne fait plus
vivre, sauf les grosses têtes daffiche, simplement parce
quil y a peu de fric dans le métal.
Chris : Mais là où nous
sommes récompensés, cest que Seyminhol touche autant
les jeunes que des gens plus âgés.
Julien : Notre musique attire aussi
dautres gens que des métalleux. Cela leur permet de se
rendre compte que le métal peut être aussi mélodique
et profond, et pas seulement bourrin.
(Passe alors en fond sonore linterlude du banquet dont Chris me
raconte lenregistrement).
Pour
vous faire connaître et démarcher les télés,
vous avez enregistré une vidéo live. Résultat ?
Chris : Cela na pas donné
grand chose car le morceau retenu « Ode to Eternity »
est soit disant trop long. Mais cela nest pas grave. Seyminhol
continuera quand même (et Chris décide de me montrer la
vidéo).
Julien : Cette vidéo a été
enregistrée à lAfter-Club dAmnéville,
lors de notre première partie de Manigance, par des amis qui
travaillent pour une télé locale. Ils ont filmé
avec trois caméras et monté les images sur la musique
de lalbum. Cela donne la vidéo, en noir et blanc selon
notre souhait, que tu trouves sur le deuxième CD de « Septentrion ».
On a la chance davoir des amis (rires).
Sur
cette vidéo, on voit Régis, votre guitariste live, qui
a décidé de ne plus vous rejoindre désormais sur
scène. Comment se passent les concerts sans lui ?
Julien : Une petite explication dabord.
Nico enregistre les guitares et les claviers sur les albums. On souhaitait
le mettre en avant sur scène en lui confiant la guitare. Ceci
supposait davoir recours à un bon clavier que lon
a pas trouvé, car il est plus facile de trouver un guitariste.
Du coup, Nico est resté derrière les claviers et Régis,
qui est lun de nos amis, est venu nous donner un coup de main
pour les concerts. Attiré par dautres styles musicaux comme
le blues, et dautres projets, mais aussi pris par ses études,
il a décidé de laisser tomber. Il a été
remplacé par Cyril des Diamond Dust pour quelques concerts.
Chris : On nous a classé speed
metal pour les concerts alors quon nest pas speed en CD.
Donc si lon veut recréer lambiance de lalbum
sur scène, on est obligé de sampler. Cela permet déviter
que les morceaux sortent trop bruts. Surtout, cela libère Nico
qui peut soccuper de la guitare, et Julien gère les samples
au clic. Notre premier concert avec des samples sest fait lors
de la soirée avec DiAnno. On a pu retrouver le côté
épique sur scène et apparemment, cela a bien marché,
au regard des commentaires et des ventes de CD après concert.
Julien : De plus, cest plus
facile à gérer à 4, car on sentend super
bien. Et puis, Nico est un bon guitariste, donc on ne se fait pas de
souci pour ladaptation des riffs en live.
Une
question pour Christophe, qui a co-fondé Seyminhol il y a 13
ans maintenant. Comment juges-tu la progression du groupe depuis ses
débuts ?
Chris : Le groupe est en constante
évolution. Cest long mais nous avons gravi des échelons,
dalbums en concerts, et on en franchira dautres lorsquon
aura dautres albums derrière nous. On aurait pu aller plus
vite si lon avait fait que cela, mais cela aurait été
trop risqué, financièrement notamment, et demandé
trop de sacrifices. Seyminhol est avant tout une passion. Je me lève
chaque matin et je me couche chaque nuit avec Seyminhol dans la tête.
On a connu des hauts et des galères, mais tant quon a le
plaisir, on continue et on avance. Tu vois, le retard dans la sortie
de lalbum aurait pu nous être fatal car on a balancé
des flyers dans toute la France avec la date du 18 mars. On a accusé
le coup mais le groupe a résisté grâce à
lamitié qui nous lie. On est vraiment des amis et on partage
la même passion. Cest pour cela que le groupe reste soudé
et bataille pour défendre et jouer sa musique.
Comment
voyez-vous lavenir du groupe ? Quels sont vos projets ?
Julien : On va dabord sattacher
à la promotion de cet album et voir comment il sera accueilli.
Sil plaît, on continuera mais on ne sait pas encore comment.
Chris : Le troisième album
ne sera attaqué quaprès lanalyse des critiques
du deuxième album. En attendant, on espère dautres
concerts et dautres contacts surtout, qui nous permettront denvisager
un nouvel album, dans des conditions encore meilleures.
Pour
terminer sur la question des concerts, Kévin faisait état,
au moment de la sortie de « Northern Recital »,
des difficultés à trouver le soutien nécessaire
pour lorganisation de concerts en Lorraine. Quen est-il
aujourdhui ?
Julien : Depuis 2002, des structures
comme Divine Union ont permis de faire bouger le métal en Lorraine,
en faisant venir quelques grands groupes et en offrant des premières
parties sympas aux groupes régionaux. Cest très
intéressant pour nous qui les connaissons bien. Mais il manque
toujours le public.
Chris : De plus en plus dassociations
nous demandent pour jouer. Le bouche à oreille fonctionne bien
dans le milieu et cela nous permet de faire quelques bons plans.
Julien : À force, tout le monde
se connaît et on forme comme une petite famille qui sentraide.
Chris : Il y a par contre un truc
que je ne comprends pas. Ce sont les a priori de certains groupes. À
la première édition du Metal Therapy par exemple, on a
remplacé en dernière minute un groupe qui sest désisté.
Cétait un festival plutôt black/death avec Morbid
Angel en tête daffiche, même si on notait la participation
de Killers. Certains nous ont dit quon était fous, quon
allait se faire massacrer et que lon avait rien à faire
dans un festival comme celui-là. Finalement, cela sest
bien passé et on a eu droit à des bonnes critiques. Mais
je ne comprends pas que les groupes underground se tirent comme ça
dans les pattes. Tous les autres groupes pour qui on a ouvert (Manigance,
Royal Hunt, etc.) sont plutôt cools. Dans le milieu underground,
personne ne sentraide vraiment et cest bien dommage.
Julien : Si tout le monde allait dans
le même sens, le métal irait sans doute mieux en France.
Chris : Je ne comprends pas la ségrégation
musicale que lon trouve en France entre black, death, heavy, etc.
À létranger, comme au Luxembourg ou en Belgique
où nous avons pu jouer, cela se passe bien mieux car on aime
le métal en général. Les mecs se mélangent
et tu peux bien proposer un métal avec claviers dans une soirée
death sans te faire détruire. Ceci dit, Seyminhol a la chance
davoir un bon public. On est bien content que des gens nous soient
fidèles depuis longtemps et que chaque année, dautres
personnes nous découvrent et sattachent à nous.
On espère que ce sera encore plus le cas avec ce nouvel album.
Cest
tout le mal que je vous souhaite. Merci en tout cas davoir accepté
cette interview et répondu si franchement. Bon vent à
lalbum.
Chris et Julien : Merci à toi
et au site pour votre soutien. Suivez la marche du Septentrion, en espérant
vous voir lors dun prochain concert.
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