PINK CREAM 69
Interview effectué à Montpellier le mercredi 31 mars 2004 par Philouze

L’interview commence avec un “Disque A Disque” commenté par Alfred Koffler.
Commençons par le premier album, PINK CREAM 69 (1989)
Longue histoire ! Nous avions gagné un tremplin organisé par le magazine Metal Hammer, mais ce n’est pas ça qui nous a permis d’enregistrer notre premier disque. En fait, nous avons enregistré quatre ou cinq démos que nous avons envoyées aux maisons de disques. CBS (Sony Music) nous a répondu favorablement. Nous sommes entrés en studio avec Dirk Steffens et pour nous c’était tellement génial ! Je veux dire, nous avions déjà une bonne expérience de scène, on avait de bonnes chansons, on était vraiment très enthousiastes. C’était vraiment tout nouveau pour nous… Bon, le son n’est pas encore vraiment énorme, mais, je le redis, les chansons tiennent bien la route. Pas mal de classiques…
Vous partez ensuite en tournée avec White Lion…
Oui, cela reste un très bon souvenir, même si nous n’avions que très très rarement l’occasion de faire les balances ! En fait, tout était tellement planifié, calculé, que le temps était compté. Mais les gars de White Lion ont été vraiment super avec nous. Nous sommes passés par Paris, à l’Elysée Montmartre, ce qui reste d’ailleurs un très bon souvenir…


ONE SIZE FITS ALL (1991)
A çe moment-là, nous avions une plus grande expérience en matière de composition, sans compter l’expérience Live. Ca aide, donc ! (rires) Sur One Size Fits All, nous avions un plus gros son que sur le premier album. Les chansons sont encore plus « catchy » que sur Pink Cream 69. Des morceaux comme Talk To The Moon, Livin’ My Life For You ou encore Do You Like It Like That restent des classiques que nous jouons toujours sur scène. Et puis, nous nous sommes un peu plus investis dans la production ce coup-çi. Ca nous a pas mal apporté à tous.
Et là, vous partez en tournée avec Europe !
Grand grand moment !!! Les mecs d’Europe ont été si gentils avec nous.. On s’est bien marrés, on a bien fait la fête. Et puis, pour ne rien gâcher, nous disposions de tout le matériel dont nous avions besoin sur scène, les lumières, la sono.. Non, franchement, cette tournée avec Europe, c’était génial. Je suis d’ailleurs ravi de leur reformation…


Vous avez dû vous cuiter pas mal avec eux, non ?? Les Scandinaves et les Allemands ensemble, ça doit picoler sévère, je me trompe ?? (rires)
(rires) En fait, Phil, pas tant que ça !! (rires) Nous, les Allemands, buvons principalement de la bière. Alors que les Scandinaves, du fait des basses températures, boivent plus des alcools forts. (rires) Alors, oui, quelques fois, ça a été des mélanges un peu perturbants !! (rires)
Vous faites un break de deux semaines pendant cette tournée avec Europe, pour aller tourner en tête d’affiche au Japon. Vous en profitez pour enregistrer une vidéo Live, SIZE IT UP !, qui demeure introuvable maintenant !!!
Kosta (Zafiriou) en a trouvé une sur Ebay, ça doit être la seule qui reste !!! (rires) Il fait la collection de tout ce qui touche à Pink Cream 69…

GAMES PEOPLE PLAY (1994), un album assez particulier dans votre discographie, car plus sombre… Le Grunge avait tout dévasté…
Tu as tout à fait raison. D’ailleurs, ma chanson préférée de l’album est la première…heu.. Je ne souviens plus du titre !
C’était Face In The Mirror, Koffl’ !!!
Ah oui ! Face In The Mirror !! Tu vois, tu connais mieux nos albums que moi !! (rires) Donc, cette chanson, Face In The Mirror, est très sombre, très heavy, une atmosphère étrange. J’aime beaucoup ce morceau. D’ailleurs, Games People Play est mon album préféré de l’époque Andi Deris.
On pouvait cependant ressentir un certain changement, puisque la pochette est dans les tons gris, alors que les deux précédents albums avaient des pochettes très colorées, tu ne trouves pas ?

C’est vrai que les deux premières pochettes sont très colorées, mais en fait, je n’avais pas fait ce rapprochement. C’est pas bête !! (rires)

1994, Andi Deris quitte le navire pour rejoindre Helloween. Je ne te demanderai pas comment tu l’as vécu… Mais je voudrais plutôt savoir comment vous avez recruté David…
(il sourit) Nous avions reçu plus de 300 cassettes !! Dave a gagné la palme. Nous l’avons choisi car, il est non seulement un excellent chanteur, mais nous voulions aussi éviter de tomber dans le piège « Prenons un clone d’Andi Deris », tu vois ? De plus, je trouve que sa voix colle parfaitement au style du groupe. Nous sommes très satisfaits du choix que nous avons fait.
Les fans aussi, visiblement !!
C’est ça qui est génial. Les fans ont tout de suite accepté David. Il ne s’est pas fait sifflé une seule fois, respect !! (rires)

1995, l’année du changement, donc, avec le bien nommé CHANGE…
Exactement. Nous avons abordé notre carrière différemment. Un changement dans notre style musical, plus particulièrement. C’a été un grand challenge vis-à-vis de nos fans. Certains, d’ailleurs, n’ont pas été déçus, mais s’attendaient plutôt à ce qu’on refasse un One Size Fits All avec David. Nous n’avions pas cette perception à ce moment-là. On voulait aller de l’avant, évoluer. L’album contient de très bonnes chansons.
J’aime beaucoup cette reprise de T-Rex, 20th Century Boy…
Ouais, moi aussi !! Tu as de bons goûts, on dirait, toi !! (rires)
Tu as remarqué, aussi ?

1997, arrive FOOD FOR THOUGHT.
Je trouve personnellement que cet album est vraiment sous-estimé. Les chansons sont géniales, pourtant. On continuait ce qu’on avait entrepris avec Change. Les fans, encore une fois, s’attendaient à ce que l’on revienne au style des deux premiers disques. Je suis très satisfait de ces deux premiers albums avec David. Mais quand nous avons commencé à composer pour l’album suivant, le naturel est revenu…
Koffl’, tu oublies votre album LIVE, sorti la même année !!!
Ah oui, c’est vrai !! (rires)
Etait-ce un moyen de faire patienter les fans, ou plutôt de leur donner l’occasion d’entendre David chanter les morceaux de l’époque Deris ??
Tu viens exactement de donner la raison. Beaucoup de fans n’avaient pas eu l’occasion de nous voir sur scène avec David, donc, effectivement, c’était un bon moyen de le leur faire entendre sur, par exemple, Keep Your Eye On The Twisted ou Welcome The Night…

Tu viens de dire que le naturel est revenu au moment de l’écriture de l’album suivant. Nous y arrivons, 1998, ELECTRIFIED sort, avec son single imparable, Shame… C’est l’album qui renoue avec, je dirais, du PC69 «Vintage » !!!
(rires) J’adore ce mot !! C’est exactement ça !! Tu viens de trouver le terme exact pour décrire ce disque !!! C’était comme revenir à la maison. On s’est vraiment fait plaisir sur cet album. Les fans l’adorent, car, tu l’as dit, ça revient à du Vintage ! (sourire)
Et puis, Shame nous a beaucoup aidé aussi. Le single passait très souvent à la radio en Allemagne, au Japon.. Le clip également.
Dirais-tu que CHANGE et FOOD FOR THOUGHT étaient des albums « nécessaires » pour le groupe ?
Tout à fait. Ces deux disques nous ont permis de nous « retrouver », en quelque sorte. Et, honnêtement, je n’ai absolument aucun regret quant à ces deux albums.

(Après une pause repas, nous continuons notre entretien, agrémenté de la présence d’un David Readman content de nous voir ici)
Passons maintenant à SONIC DYNAMITE (2000), qui, à mon sens, est un de vos meilleurs disques…
A.K: Merci !
D.R : J’aimerais juste revenir à Electrified quelques instants, si c’est possible..

Non. (rires)
D.R : D’accord. Non, sérieusement, Electrified a vraiment boosté notre carrière, et ce, à tout point de vue. Shame reste un classique pour nous, comme pour nos fans. Nous ne faisons pas un concert sans jouer cette chanson. J’y reste très attaché. Au reste de l’album aussi, d’ailleurs.
A.K : C’est du Vintage Pink Cream !! (sourire entendu)
D.R : Ouais, c’est ça, c’est du Vintage. J’aime bien ce terme.
A.K : C’est lui qui l’a trouvé ! (me pointant du doigt)

Merci, merci ! (rires) Revenons donc à SONIC DYNAMITE…
D.R : C’est un album aussi fort qu’Electrified. Le son est très puissant, les chansons sont excellentes. Nous jouons d’ailleurs pas mal de morceaux de ce disque sur scène.
A.K : Il est plus heavy qu’Electrified. Mais c’est peut-être dû à la pression. Comme l’album précédent avait eu de bons échos, on ne devait pas se planter, donc, la pression était plus grande. On avait aussi la rage, car on avait quelques problèmes de maison de disques à l’époque. Le label sur lequel est sorti Electrified avait fait faillite et il a fallu que l’on trouve vite un nouveau label. Cela se traduit sur l’album par l’énergie des compos.
D.R : Mais encore une fois, il nous fallait nous battre, car le marché est devenu beaucoup plus dur qu’avant.


ENDANGERED sort en 2001, soit quelques mois après SONIC…
A.K : Ce qui me dérange avec cet album, en fait, c’est la pochette.
D.R : C’est vrai, ça… Qu’est-ce qui nous avait pris ?
A.K : J’en sais rien, mais la pochette est affreuse. Mais, à dire vrai, ce fut une période très étrange. Je commençais à réellement souffrir de ma maladie (NdA : la dystonie focale), je pensais ne plus jamais pouvoir jouer de la guitare, ma main gauche ne répondait presque plus.. Vraiment étrange. C’est donc pour cela qu’on n’a pas tourné pour cet album. On a bien fait quelques concerts çi et là, mais pas de tournée à proprement parler.

On en arrive tout naturellement à THUNDERDOME (2004)…
A.K : J’ai enregistré mes parties de guitare chez moi, dans mon home-studio. C’était donc plus facile que d’habitude. De plus, nous avons recruté Uwe Reitenauer en tant que deuxième guitariste.
J’allais y venir, justement. Je pense, et ce n’est que mon avis, qu’Uwe vous sert et ce dans deux cas : le premier, bien évidemment, pour te suppléer, Koffl’, dans les solos, le deuxième, c’est que ça renforce votre musique sur scène, la rendant plus puissante… Es-tu de cet avis ?
A.K : Comment pourrais-je ne pas l’être ? (sourire) Tu as tout dit.
David, l’enregistrement de THUNDERDOME… ?
D.R: J’ai également enregistré mes parties chez moi. Comme dit Koffl’, ça facilite grandement les choses.
Tous les artistes ont cette tendance à dire que leur dernier disque est le meilleur de tous. Et vous ? (sourire)
A.K : (sourire) Ah, bonne question !! C’est un argument de vente que de dire « C’est notre meilleur album », mais en même temps, si tu n’es pas fier d’un album, tu ne le sors pas !!
Logique !! Quelle a été l’atmosphère dans le groupe à travers les années ? Je veux dire, y’a t’il eu des moments où vous avez eu envie d’arrêter ?
A.K : Encore une fois, à cause de ma main. J’ai vraiment eu envie de tout bloquer. C’était si frustrant… Mais les autres membres du groupe ont toujours été là pour me soutenir, ce qui rejoint ta première question. Nous nous complétons à merveille, nous sommes ensemble depuis longtemps, ça renforce les liens.
D.R : Et puis, je reviens toujours à Shame, qui a été un véritable hit pour nous. Ca nous a donné envie d’aller encore plus loin ensemble.

Jamais de clashes d’égos ??
A.K : Curieusement, non. On n’est pas imbus de notre personne.
Ca se voit !! Vous avez à votre actif plus de 120 chansons. Et, fait rare dans le Hard Rock, très peu parlent de femmes et de voitures…
(éclat de rires général)
Pensez-vous avoir encore beaucoup de choses à dire ?

D.R : On a des idées différentes au fil du temps, tu sais. Mais, dans un sens, les paroles ne sont pas si importantes que ça… Prend par exemple « That Was Yesterday » sur Thunderdome, les paroles sont clichèsques !! Mais dans le fond, je pense sincèrement que le plus important est d’être intelligent dans ce que l’on raconte. Plus encore, le plus important est d’ETRE.

Koffl’, en tant que guitariste, comment décrirais-tu ton évolution au sein du groupe ?
A.K : C’est vrai que dans les 80’s, la guitare était là surtout pour poser des solos !! (rires) On se marre, mais c’est vrai. Désormais, je suis plus intéressé par la composition, car je pense que la guitare soutient la chanson, elle la supporte au même titre que la batterie et la basse.
Penses-tu que ton style ait à voir avec l’évolution musicale de Pink Cream 69 ?
A.K : Disons plutôt que le style « Vintage » du groupe (sourire + clin d’œil) vient du fait que nous apportons tous notre pierre à l’édifice. Chacun a son propre style, et, si tu mélanges bien, tu obtiens donc une Pink Cream !! (sourire)
Quel regard portez-vous sur les 80’s ??
A.K : Les 80’s… Je dirais que ces années furent colorées ! On cherchait à épater tout le monde avec les fringues, la musique.. « Ouais, t’as vu, je vais aussi vite qu’Eddie Van Halen ! », tu vois, ce genre de trucs. Maintenant, je recherche plutôt la simplicité.
D.R : Tout le monde vieillit, donc évolue, change sa façon de penser. J’ai changé ma façon de penser, de chanter aussi. Je ne me suis pas dit « Je vais écouter du Heavy Metal toute ma vie », non, j’ai ouvert mon esprit à d’autres choses. D’ailleurs, je pense que c’est le propre du musicien que de s’ouvrir sur différentes musiques…

Quels sont vos plus grands souvenirs avec Pink Cream 69 ?
A.K : Il y en a tellement ! Bien sûr, tous les groupes ont des hauts et des bas. Mais je dirais plutôt que je réalise ce dont j’ai toujours rêvé : jouer de la musique pour les gens. Et puis, je ressens toujours le même plaisir qu’au début.
D.R : Je dirais notre tournée au Japon. On était des Rock Stars pendant quatre jours !! Grosses voitures, grandes chambres d’hôtel… Rock N Roll !!!
A.K : Je regrette juste que l’on ait jamais pu vraiment tourner aux Etats-Unis. Mais ça devrait bientôt arriver, donc…

Le Rock a 50 ans cette année. Que diriez-vous à ceux qui disent que le Rock est mort et enterré ?
A.K : Le Rock n’est pas seulement une musique, c’est un style de vie, une façon d’être… Tous les groupes de VRAI Rock te le diront…
Que pensez-vous de toutes ces émissions TV qui font de vous une star en 10 minutes ?
A.K : C’est nul. Où est le travail ? Où est l’échange là-dedans ? C’est vraiment chiant. D’accord, certains ont quelque talent, mais le principe m’emmerde vraiment. C’est juste un concept de merde.
D.R : Je sais pas.. Ouais, je pense que je le ferais..

Ah ??
D.R : Ouais, je tenterais ma chance. Si j’avais 17 ans aujourd’hui, je pense que je ferais ça..
Tu le ferais juste pour lever des filles, en somme… (rires)
D.R : (sourire) Non, j’ai ma copine, et crois-moi, elle suffit amplement à mon bonheur.
Dernière question : D’après vous, que représente la musique ? Qu’apporte t’elle aux gens ?
D.R : De la joie, de la déprime, des envies de meurtre.. (sourire) Elle t’apporte tout ce dont tu as envie, en fait.
A.K : Pareil !Où vous situez-vous là-dedans ?
D.R : Je dirais qu’on est là pour détendre les gens à la fin de la semaine !!! (rires)
A.K : Pareil !!


Merci à Philouze pour avoir éffectué cet interview ainsi qu'au groupe pour avoir répondu aux questions