MICHAEL SCHENKER
Réalisée le 20 avril 2006 par téléphone. Par Gegers
C’est un Michael Schenker enjoué et vraiment très content de son nouveau bébé qui me répond au téléphone en cette après-midi d’avril. De passage à Paris pour la promotion de son nouvel album, Tales of rock’n’roll, qui célèbre les 25 ans de son groupe MSG, le Mad Axeman semble très enclin à répondre à mes questions. Mais même au téléphone le sieur Schenker en impose, par chance ma timidité est rapidement effacée par l’aisance et le flux de paroles du rocker tout juste quinquagénaire.

Photographie et image tirées de http://www.michaelschenkerhimself.com

Gegers : Le nouvel album, Tales of rock’n’roll, sort dans une semaine. Comment te sens-tu ?
Michael Schenker : Je suis vraiment très impatient qu’il sorte. J’ai bossé sur pas mal de projets parallèles ces derniers temps (Adventures of the imagination, Dreams & expressions, les Thank you 3 & 4…) et maintenant je reviens à quelque chose de vraiment direct et de très rock, ce que j’affectionne le plus.
Mais en fait au départ cet album ne devait pas sortir sous le nom MSG. J’avais écrit la plupart des morceaux présents sur cet album en 2002, et ils étaient destinés à apparaître sur un album d’UFO. Seulement le problème c’est que Phil Mogg (ndGegers : le chanteur d’UFO) n’est jamais venu enregistrer ses parties vocales, son avion avait sans doute du être détourné par Al Qaida (rire ironique). Et puis quelques mois plus tard, fin 2002, j’ai quitté UFO, et ces compos sont restées bien sagement au fond d’un tiroir. Quelques temps après, j’ai enregistré l’album The plot, avec Pete Way ( le bassiste de UFO) et Jeff Martin (Badlands, …). J’ai profité de leur présence dans mon studio pour ressortir ces morceaux qui me tenaient à cœur et pour les enregistrer avec eux. Je sais que cela peut paraître étrange, j’ai quitté UFO il y a quatre ans et pourtant je collabore avec le bassiste d’UFO pour enregistrer le nouvel album de MSG. Mais bon, peu importe la manière, tout ce dont j’avais envie c’était de sortir un nouvel album de MSG avec de bonnes chansons, ce qui je crois est le cas.

Comment as-tu rencontré ton nouveau chanteur, Jari Tiura ?
Jari m’a tout simplement envoyé une demo par Internet. Au moment d’enregistrer l’album avec Pete Way et Jeff Martin, je suis tombé sur la démo de ce chanteur, et je me suis dit : « Il me faut cette voix sur mon album, ce chanteur est génial ! ». Jari s’est immédiatement impliqué dans le projet, et après 4 – 5 mois de travail, il m’a appelé et m’a dit : « Je crois que j’ai trouvé un super nom pour ce nouvel album : Tales of rock’n’roll ! ». C’était parfait. Et c’est ce nom qui m’a ensuite donné l’idée et l’envie d’inviter tous les anciens chanteurs qui ont fait partie de MSG depuis 1980 (ndGegers : soit 6 au total !) à venir chanter sur cet album


Chris Logan (ndGegers : chanteur sur les deux albums précédents du groupe, Be aware of scorpions et Arachnophobiac) ne fait donc plus partie du groupe. Quelle en est la raison ?
J’ai malheureusement été obligé de me séparer de lui en 2004, pour des raisons tout simplement pratiques.

Malgré tes 32 ans de carrière, tu parviens à ne pas te répéter, et des morceaux comme Dust to dust ou Setting sun sonnent vraiment « neufs ». Ou as-tu puisé l’inspiration pour ce nouvel album ?

Je puise l’inspiration en moi-même, tout simplement. Je peux comprendre que cela fasse un peu cliché, mais c’est pourtant la vérité. Lorsque j’ai eu 17 ans, j’ai su qu’il était temps pour moi d’arrêter de copier ce que faisaient les autres, de puiser au fond de moi-même et de créer ma propre musique. Depuis lors l’inspiration m’est toujours venue facilement.

Certains morceaux comme Human child ou Voice of my heart sont plus sombres et moins mélodiques que ce que tu as pu faire auparavant. Cette évolution est-elle volontaire ?
La raison pour laquelle j’aime autant cet album, c’est parce qu’il est très varié. C’est vraiment un concept-album, dans lequel chaque morceau raconte une histoire. Avec tout le matériel à ma disposition, j’aurais eu largement de quoi faire trois albums, mais j’ai préféré conserver uniquement les morceaux les plus pertinents dans ma démarche de faire un concept-album. Je trouve que les morceaux sont dans l’ensemble assez mélodiques et « simples », faciles à assimiler. Ils sont également assez courts, donc même s’il y a des morceaux que les gens n’aiment pas, ils auront à peine le temps de s’en rendre compte que le morceau sera déjà terminé !

Tu es annoncé à l’affiche du Wacken Open Air en août prochain. Scorpions, Uli Jon Roth (ndGegers : guitariste de Scorpions de 1973 à 1978) et Herman Rarebell (batteur de Scorpions de 1977 à 1995) seront également de la partie. Peut-on espérer qu’il y aura un concert spécial avec toute la famille Scorpions pour l’occasion ?
Il y a énormément de choses en pourparlers actuellement. Pour le moment je suis uniquement concentré sur la promotion de mon nouvel album, je laisse donc mon manager s’occuper des évènements « externes ». C’est d’ailleurs un gars que j’ai rencontré au Wacken, dans les années 90. C’est lui qui gère à présent tout ce qui me donne des cauchemars : le fisc, les factures et les nanas ! (rires) J’ai en général un mauvais souvenir des festivals que j’ai pu faire, notamment un festival Américain il y a quelques années, où à la fin du concert mon passeport m’a été supprimé et où j’avais du passer la nuit en prison.
De par le passé j’ai toujours été un solitaire, j’ai toujours tout fait moi-même, mais il est vrai que si nous nous y mettons tous sérieusement il serait possible d’organiser un truc sympa pour le Wacken.

Parlons maintenant si tu veux bien de tes différents séjours dans Scorpions. Nous savons pourquoi tu as quitté le groupe en 1972 (ndGegers : Michael avait été approché par UFO), mais les raisons de ton second départ en 1979 restent assez obscures…
Reprenons les choses au début. Fin 1978, j’ai quitté UFO car la situation avec Phil Mogg devenait invivable : il était de plus en plus violent, et m’avait même frappé une fois, sans réelle raison. J’ai donc préféré partir. De son côté, les Scorpions cherchaient un guitariste pour remplacer Uli Roth qui venait de les quitter. A cette époque et dans ce contexte, c’etait la meilleure chose à faire que mon frère et moi collaborions de nouveau, car nous étions tous les deux très prolifiques au niveau musical, les idées nous venaient par dizaines. J’ai également accepté de partir avec Scorpions en tournée, car je trouvais qu’il était temps pour moi de vaincre enfin ma timidité sur scène. Je n’ai jamais été très à l’aise sur scène, je suis plus le genre de gars qui aime rester backstage.
Mais à la fin des années 70, j’étais plutôt instable. Je ne savais plus trop ce que je faisais, à quoi rimait ma vie, et il m’arrivait souvent de terminer mes soirées à l’hôpital.
Et c’est également à cette époque que je me suis mis à penser que la musique n’était pas si importante que ça. La musique est un remède, qui peut aider dans les moments difficiles, mais c’est aussi un compagnon, un peu comme une petite amie : quelque chose de très important, mais pas forcément indispensable.
C’est tout cela qui a fait que j’ai préféré quitter le navire Scorpions de nouveau plutôt que de le faire couler par ma faute.
En fait, ce n’est que très récemment que j’ai réalisé que la musique était finalement tout pour moi. A chaque fois que je lis tous ces messages de fans sur mon site web, je suis vraiment époustouflé. Tu vois, je suis devenu moins con avec l’âge ! (rires)


 

Que penses –tu des deux guitaristes qui t’ont succédé dans Scorpions, Uli Jon Roth en 1973, et Matthias Jabs en 1979 ?
Uli est un guitariste vraiment phénoménal. Il est techniquement parfait et a un feeling extraordinaire. Je n’accroche pas trop en revanche au trip électrico-classique dans lequel il est depuis plusieurs années. Mais c’est un guitariste exceptionnel, c’est d’ailleurs pour cela que je l’avais présenté à mon frère en 1972 lorsque j’ai quitté Scorpions une première fois.
Je ne sais pas trop quoi dire sur Matthias. J’aime bien ce qu’il a fait sur Unbreakable. Je n’ai pas envie de le critiquer, mais pour être honnête il est vrai que je trouve que son jeu manque un petit peu de relief et d’émotion. Mon frère, par exemple, n’est pas un guitariste exceptionnel, même s’il est très bon, mais il met énormément d’émotion dans chaque note qu’il joue. Et l’émotion est tellement plus importante que la technique !
Mais bon, je prends plaisir également à écouter certains guitaristes qui aiment en mettre plein la vue, comme Yngwie Malmsteen, même si au bout d’une heure ils ont tendance à m’ennuyer… Quand tu es un guitariste qui privilégie la technique, tu peux très bien faire un concert sans entendre ce que tu joues, tout est très mécanique. Lorsque tu privilégies l’émotion, il faut que tu entendes ce que tu joues, sinon tu es totalement perdu ! Il m’est déjà arrivé de passer à côté d’un concert parce que je ne m’entendais pas correctement dans les retours.

Quel est ton avis sur les albums de Scorpions sortis dans les années 90 ainsi que du dernier, Unbreakable ?
Les Scorpions ont sorti de très bons albums dans les années 90, parce qu’ils ont toujours pris le temps de faire les choses correctement et de réfléchir. C’est d’ailleurs à mon avis ce qui a permis à leur carrière de durer aussi longtemps.
D’autre part, mon frère pratique depuis longtemps la méditation, qui lui apporte beaucoup d’idées de chansons ainsi que des réponses aux questions qu’il se pose sur la carrière de Scorpions, ce qu’ils devraient faire ou ne pas faire. Mon frère et les Scorps ont actuellement une situation saine qu’ils n’auraient jamais eu si j’étais resté avec eux en 1979. Si je n’avais pas quitté le groupe, j’en serais aujourd’hui le leader, et Rudolf et moi serions sans doute en train de nous tirer dans les pattes. Je ne sais pas si mon frère a une vie réussie en tous points, je sais qu’elle est en tout cas au niveau musical. Lorsque des gens me demandent ce que je pense du succès de mon frère, je réponds tout le temps : « Tant qu’il est heureux, tout le reste je m’en fiche ».

Quelle est ta chanson de Scorpions favorite ?
Je dirais In trance, c’est vraiment un morceau que j’adore.

Dans une plus vieille interview, tu avais cité In search of the piece of mind…
Effectivement, c’est un morceau qui m’est vraiment très cher, pour la simple raison que ce morceau est ma première composition ! C’est une compo techniquement assez ardue à interpréter, car toute en « picking ». J’ai du pas mal bosser pour pouvoir la rejouer lors de ma tournée rétrospective pour mes 25 ans de carrière en 1997.
Et puis, ce qui me plait également dans ce morceau, ce sont les paroles. En écrivant les paroles de ce morceau, Klaus (Meine) a, sans le savoir, écrit sur moi et sur ma vie ! C’est extraordinaire. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais quelques années plus tard, alors que j’étais au fond du gouffre. Ce morceau a été ma première composition, et il est un parfait résumé de ma vie. C’est incroyable !

diverses rumeurs affirment que tu vas enregistrer des parties de guitare sur le prochain album des Scorps. Qu’en est-il réellement ?
Rudolf et moi avons énormément de projets actuellement : un show commun au Wacken, une éventuelle apparition effectivement de ma part sur le prochain Scorpions, un album des frères Schenker, et Rudy et moi avons récemment crée un prototype de guitare, qui si tout va bien sera bientôt sur le marché. Je n’ai pas accès au web lorsque je suis en promo, je ne peux donc pas te dire pour l’instant où en sont tous ces projets.
Ce qui est drôle, c’est que ces temps-ci toute la famille Scorpions revient en Allemagne : Uli est de retour, moi également…c’est comme si c’était la fin d’un cycle, et pourquoi pas le début d’un nouveau…

Rudolf et toi jouez sur une Flying V depuis plus de 30 ans maintenant. Que représente exactement cet instrument pour toi ?
Dès que j’ai touché à une Flying V, j’ai tout de suite adoré la combinaison du son de la guitare et de l’ampli Marshall. Etant jeune, mon frère jouait sur une Flying V et moi non. Lors d’un concert en 1972, j’ai cassé une corde. Rudolf m’a prêté sa guitare pour que je puisse assurer la suite du concert, et je ne la lui ai jamais rendue !
Récemment la marque Dean nous a contacté par Internet, Rudolf et moi, pour que nous soyons les représentants d’un nouveau modèle de Flying V, qui porte notre nom. Je ne vais pas très souvent sur le net, je ne suis pas très au courant des nouveaux modèles de guitares, je vais surtout sur les sites de charme (rires). C’est une façon saine d’expérimenter le sexe je trouve. Et puis, si ce que tu vois en face ne te plaît pas, tu peux toujours te déconnecter ! Au moins, pas de risques d’attraper des maladies, et, pour moi qui suis divorcé, c’est toujours mieux que rien ! (rires)

Pour conclure, un petit mot pour tes fans français ?
Tu sais déjà ce que je vais dire : Keep rocking ! Et surtout venez tous au concert de Paris, l’éclairage et la mise en scène seront superbes, vous verrez quelque chose que vous n’avez jamais vu avant !