M.Z
Propos recueillis lors de l’entretien téléphonique accordé le 24 mars 2005 à Chosy.
Avec leur métal symphonique instrumental, les Lyonnais de M.Z. pourrait faire figure d’OVNI sur la scène hard française. Pourtant, contre vents et marées, le groupe poursuit son chemin avec sincérité et passion et propose avec ‘Romantic’ son quatrième album. Discussion à bâtons rompus avec Markus Fortunato, bassiste et leader de M.Z..

Avant d’évoquer ‘Romantic’ quatrième et dernier album en date de M.Z., pourrais-tu nous (re)présenter le groupe et son style musical ?
Au départ, M.Z. est un projet de deux personnes, Zan Dang, l’ancien guitariste et moi-même. Nous jouions ensemble dans un groupe qui s’appelait ‘Ashes and Dust’ et puis nous avons eu envie de faire quelque chose de « moins chanté », de totalement instrumental et donc d’aller vers l’orchestration et le symphonique, même si cela n’était pas très à la mode à l’époque. Ce style étant notre vraie source d’inspiration, nous avons enregistré quelques maquettes qui ont abouti au premier album ‘Blood is Life’ en 2000. Cet album a eu un sympathique succès d’estime et nous avons recruté d’autres musiciens pour faire des concerts et de fil en aiguille, nous avons réalisé les deux albums suivants ‘Next World Will Be Yours’ et ‘Under The Silver Cross’. Jusqu’à ce troisième album, le line-up est resté stable avec les cinq mêmes musiciens.

Tu disais que vous vouliez faire du symphonique. À ce sujet, j’ai encore pu lire ou entendre çà et là ton groupe être qualifié de ‘Rondo Veneziano Métal’. C’est d’ailleurs le même terme qu’a employé spontanément un ami à qui j’ai fait écouté ‘Romantic’. Est-ce que ce terme vous correspond vraiment ? N’en as-tu pas assez de ce comparatif réducteur et parfois péjoratif ?
Non, je ne prends pas cela du tout péjorativement, pour plusieurs raisons. Commercialement, Rondo Veneziano est un succès par rapport à n’importe quel groupe de métal. C’est un groupe qui a fait passé en son temps, de la bonne musique à la place de la variété un peu « pourrie ». De plus, nous ne prétendons pas faire de la grande musique classique car nous n’avons absolument pas le talent des grands compositeurs dont on va sans doute parler tout à l’heure. Mais dans un monde un peu robotisé et plein d’archétypes, Rondo Veneziano a jeté un bon pavé dans la mare de la variété et nous sommes relativement fiers d’être comparés à eux car ils ont su tirer leur épingle du jeu. Ce qui n’est pas du tout le cas de M.Z. entre parenthèses.

Pas encore, en tout cas. Mais cette remarque me permet de glisser vers la question de la promotion. J’ai pu constater que chaque membre du groupe, et toi notamment, était particulièrement investi dans la promotion de M.Z. et de ses albums. De fait, êtes-vous très sensibles aux critiques et y accordez-vous beaucoup d’importance ?
Avec la bouteille, on y accorde de moins en moins d’importance. Il est vrai que M.Z. est un groupe qui ne laisse pas indifférent, d’un sens comme dans l’autre. Si nous attachions vraiment beaucoup d’importance aux critiques, nous serions sans doute au creux de la vague car il y a des gens qui n’hésitent pas à nous assassiner. Il faut donc absolument se détacher, même si cela est vraiment difficile. M.Z. est mon bébé. C’est le groupe dans lequel je fais absolument tout ce que je veux. Je n’ai aucune limite. Je m’amuse de tout. Je prends plaisir à y créer et mes deux compères me laissent partir dans tous mes délires sans jamais me freiner. On peut les remercier pour cela. M.Z. est vraiment en moi et il y a des gens qui disent du mal de ce qui est en moi et cela fait mal, très mal. Il faut donc éviter de lire au premier degré car on a vraiment l’impression que certains écrivent des critiques uniquement pour faire mal aux auteurs. D’un autre côté, comme personne n’est indifférent à M.Z., certaines chroniques nous encensent et celles-là non plus ne doivent pas être prises au premier degré car au bout d’un moment, ce genre de choses doit faire tourner la tête. Donc, il faut essayer de rester lucide à tout point de vue, sinon ce serait trop dur à supporter.


Tu évoquais des réactions extrêmement contradictoires par rapport à M.Z. Aurais-tu une explication rationnelle à cela ?
J’ai bien essayé de tourner le problème dans ma tête, en long et en large, mais j’avoue que je n’ai jamais trouvé aucune réponse satisfaisante. Il y a sans doute énormément de motivations chez les gens qui disent du mal de nous ou inversement. Peut-être que quelqu’un qui dit du mal est un peu jaloux car il aurait lui aussi voulu faire des disques. Moi, j’ai pris le problème à bras le corps car je voulais vraiment faire un truc qui m’est personnel : j’ai monté mon studio, j’ai mis beaucoup de temps à bien m’entourer depuis 20 ans que je joue de la basse. Je voulais arriver à mes fins et j’y suis arrivé, peut-être pas en termes de succès, mais en termes artistiques. Sans doute que cela suscite des jalousies. C’est une explication que je donne. Il y a en sans doute d’autres. Nos disques ont aussi des défauts, notamment pour ce qui est de la production car nous n’avons pas les moyens de nos ambitions. Et certains mettent tout de suite le doigt là-dessus. Effectivement, ce serait génial d’avoir un véritable orchestre, un chorale et une personne supplémentaire comme Vangelis qui nous fasse des arrangements grandioses. Certains se disent peut-être qu’avec nos moyens, nous n’arriverons pas à aller plus loin et que donc, il ne sert à rien de nous soutenir. De l’autre côté, les gens qui apprécient la musique de M.Z. voient, je pense, le côté original de la chose. Nous faisons de la musique instrumentale, à peu de choses prés, mais pas celle de musiciens « heroes » où il y a toujours LE guitariste ou LE claviériste qui vient faire ses petites démonstrations. Ce qui nous intéresse, c’est de faire passer des sensations. Une mélodie se doit d’être bonne, qu’elle soit interprétée à la guitare, aux claviers, à la voix, ou à la batterie même ou à la basse. C’est ce que nous essayons de faire. À partir de là, nous avons sans doute une manière originale d’interpréter, d’enregistrer, etc. Et les gens qui apprécient M.Z. sentent ce côté original. Ils retrouvent le métal qu’ils aiment et d’un autre côté, ils n’ont jamais vraiment entendu cela ailleurs et c’est aussi sans doute pour cela qu’ils nous écoutent.

Venez en maintenant, si tu veux bien, à ‘Romantic’. Peux-tu nous raconter comment se sont passés son écriture et son enregistrement ?
Quand ‘Under The Silver Cross’ est sorti, nous nous sommes dits qu’il allait être difficile de faire aussi bien, voire mieux, car tous les morceaux dans cet album nous satisfaisaient pleinement. Donc, il nous fallait quelque chose d’original pour le quatrième disque. Plein d’idées ont fusé et nous sommes arrivés au fait qu’il fallait partager ce disque en deux, comme pour rappeler les deux faces des bons vieux vinyles, avec une moitié de compositions personnelles et une moitié d’adaptations. D’autre part, nous voulions mettre des voix sur nos morceaux personnels. Non pas un chanteur, mais des choeurs en harmoniques ou en canons. Nous avons donc travaillé les compositions dans ces deux optiques et puis les avons enregistrées dans mon studio, entre novembre 2002 et juillet 2003. Cela nous a pris du temps car il y a eu des passages difficiles à mettre en oeuvre. Ensuite, il y a eu deux mois de mixage et mastering dans le studio de notre producteur, Yvan Barreyre.

Vous avez effectivement toujours le souci de prendre le temps de bien faire les choses. Mais par la suite, un autre long délai s’est écoulé entre la fin de l’enregistrement et la distribution de ‘Romantic’. Quelles sont les raisons à l’origine de ce délai ?
Il y a une raison énorme en fait : nous étions distribués par Wagram et épaulés au niveau de la promotion par NTS. Comme le label a déposé le bilan, il a fallu cherché quelqu’un d’autre. J’avais ma petite idée et je me doutais que cela allait bien passé avec Laurent Bocquet de Thundering Records / Manitou Music, parce que nous avions déjà eu des échanges avec lui. Mais j’ai tout de même contacté beaucoup d’autres labels et j’ai eu quelques réponses positives en Europe. C’est celle de Laurent Bocquet qui m’a finalement convaincu. C’est comme cela que nous avons signé avec ce label. Le temps que NTS nous informe de leur dépôt de bilan, le temps de faire des envois bien ficelés (mise à plat de l’album, biographie qui se tienne, etc.), le temps d’obtenir les réponses expliquent ce délai de pratiquement un an puisque M.Z. a signé avec Thundering en novembre 2004. Finalement, cela représente peu de temps après la fin de l’enregistrement de ‘Romantic’.

Je suppose que tu as dû envoyé à tour de bras la dernière mouture de l’album avant de décrocher un contrat, sans t’appuyer uniquement sur la discographie passée.
Exactement, j’attendais d’envoyer un produit fini. J’avais envie de faire entendre l’évolution entre ‘Silver Cross’ et ‘Romantic’.

Justement, l’une de ces évolutions est l’intégration de lignes de chœur, qui plus est en plusieurs langues, notamment en latin. Pourquoi ce choix et comment avez-vous procédé pour l’écriture des textes et de la mélodie ?
Pour la mélodie, cela fut relativement simple car l’expérience nous permet aujourd’hui de travailler facilement une mélodie avec plusieurs harmonies sur un riff. Par contre, j’ai fait appel à ma mère pour le texte en latin, car elle a pratiqué cette langue dans sa jeunesse et m’a donc aidé à ne pas dire trop de conneries (rires). Pour l’anglais, Julien m’a filé un coup de main car il manie très bien cette langue. Et pour le français, le morceau est un peu plus spécifique car il s’agit d’une ballade qui s’inspire des chansons de geste du Moyen Age. En fait, j’ai voulu faire des mélodies en canon, qui se répondent avec des harmonies et des mélodies principales à l’intérieur. Ce titre fut plus difficile à mettre en place au niveau harmonique. Le texte en français fut bien sûr simple à écrire car composer dans la langue maternelle est toujours un petit plaisir… Même si certains trouvent ce titre ‘Epic Poem of Middle Age’ complètement hors propos dans le disque. Tant pis, je trouve ce titre vraiment chouette et donc on l’a mis et puis voilà (rires).

En fait, je trouve qu’il apporte un souffle à l’album car il explore d’autres voies, notamment avec le passage acoustique.
C’est vrai qu’il permet de respirer. Et les voies françaises sont originales car elles ne sont pas mixées comme les autres voies. C’est un titre moins rentre-dedans mais qui je pense, peut aussi attirer l’oreille.

Ce titre montre aussi que vous essayez dans chacun de vos titres, de caler une atmosphère particulière ou de raconter une histoire précise. Sur l’album précédent, vous avez essayé de les présenter dans le livret avec un texte d’accompagnement. Vous ne l’avez pas fait sur ‘Romantic’. Y a-t-il une raison particulière ?
Simplement parce que nous avons décidé de remercier beaucoup de gens sur le livret (rires). En fait, nous l’avions déjà fait une fois et nous pensions que cela ne servait à rien de le refaire. De plus, il y a dans cet album de vrais textes, mais nous avons estimé qu’il n’était pas nécessaire de faire comme tout le monde et de les mettre dans le livret, surtout pour le titre en latin incompréhensible pour la plupart d’entre nous. Ceci représente aussi une perte de place car il doit y avoir une personne sur cent qui se donne la peine de lire les paroles en même temps que la musique. Si des gens veulent vraiment se pencher sur les textes en anglais et en français, je pense qu’en tendant l’oreille, ils devraient les comprendre. Ce n’est donc pas la peine de les écrire. Et puis tu as vu, notre livret est très petit et nous voulions vraiment y remercier tous les gens qui nous aident. Sans boutade, nous avons privilégié les remerciements aux textes.

Sur ‘Romantic’, tu le disais, il y a une moitié d’adaptations d’extraits classiques. Comment avez-vous sélectionné ces différents morceaux et qu’est-ce qui vous a semblé le plus difficile à faire dans ces adaptations ?
L’idée est en fait venue de l’Andantino de Schubert. J’avais envie d’adapter cette sonate au piano avec de la basse, de la batterie, etc. mais cela ne semblait pas évidement de prime abord. Un jour, après une répétition, j’ai fait écouté ce morceau aux autres qui l’ont vraiment trouvé terrible. Je leur ai donc dit que j’allais en faire une adaptation mais que je ne leur promettais rien. J’ai fait un premier essai avec une boite à rythme et les autres membres ont vraiment accroché. Tout est donc parti de là. Nous avons plus tard travaillé une douzaine d’adaptations pour n’en retenir au final que cinq, au goût simplement. Il n’y a pas eu vote, mais presque, pour finalement nous accorder sur les morceaux de Vivaldi (il y a en plusieurs parce que nous adorons ce compositeur), de Beethoven, de Schubert et de Mozart, peut-être parce qu’ils étaient plus faciles à adapter et d’écoute plus abordable. Le plus difficile a été d’adapter les sonates au piano de Schubert et de Beethoven, simplement parce qu’il fallait rajouter pleins d’instruments sur une partition faite pour deux mains. Par ailleurs, Julien et Zan ont rencontré quelques difficultés sur l’Hiver de Vivaldi car il y a des passages techniquement infernaux. Comment les violonistes arrivent à jouer vite et nickel des morceaux aussi complexes ! Nos trois difficultés ont été celles-là !

Cette aventure des adaptations ne vous a-t-elle pas fait peur, car d’autres avant vous comme Patrick Rondat s’y sont essayés ? N’aviez-vous pas peur de la comparaison ?
C’est clair, mais nous y avons pensé trop tard (rires). Une fois que cela était fait, on s’est dit que certains allaient nous comparer avec le mec d’At Vance ou Rondat. Et puis finalement, tant pis. Ce sont des fous, les mecs dont on parle. Patrick est un vrai tueur. Le mec d’At Vance est un fou furieux. Uli Jon Roth, je ne t’en parle même pas. Il y a des vraies pointures qui ont déjà fait le truc. Mais bon, ils ne sont pas là donc je peux dire que Zan et Julien sont aussi super forts. Et puis, j’avoue que l’on ne pense pas à tout, pris parfois dans notre trip et nos délires. Ce n’est qu’après que l’on se pose des questions, mais tant pis. Nous avons pris plaisir à enregistrer ces morceaux et à les adapter et c’est le principal.

Vous n’avez donc pas pensé qu’il y avait de votre part, une certaine prise de risques par rapport à ces reprises classiques, au titre de l’album que vous avez finalement retenu et à un visuel qui ne correspondent pas forcément à l’univers métal.
Quand on y repense, c’est vrai que nous avons fait la totale. C’est incroyable comme nous avons pris des risques ! C’est toi qui a raison mais j’avoue que l’on ne s’en soucie pas. C’est aussi con que cela. On sait que nous ne gagnerons jamais notre vie avec la musique et qu’il y aura toujours des mecs qui vont nous balancer des pétards à la gueule. Tant pis pour eux, ils passeront à côté de quelque chose. Mais allez, tant qu’on y est, allons-y à fond. À plus de 30 ans, nous savons que notre avenir ne viendra pas de la musique. Donc autant s’amuser et ne pas penser au côté commercial. Cela ne sert à rien de réfléchir à ces choses-là. Quand on s’appelle Stratovarius ou Maiden, je ne dis pas, il faut faire un minimum attention. Ils ne peuvent pas se permettre de faire des blagues sur leurs disques. S’ils vendent un million de disques de moins, cela va se ressentir et leurs femmes vont gueuler. Mais pour nous, cela n’a pas grande importance. Il n’y a pas un directeur artistique pour nous dire que l’on ne va pas dans la bonne direction. Nous faisons les choses comme on les ressent. Tu me fais réfléchir à tout cela et c’est vrai que des gens n’acceptent pas que le disque s’appelle ‘Romantic’ car ce sentiment n’a rien à voir avec le hard rock, ou ne comprennent pas que l’on y mis les claviers très forts et la guitare parfois derrière. Effectivement, cela n’est pas toujours très heureux, je te l’accorde. Mais cela correspond aussi à une volonté de notre part. Il faut parfois tendre l’oreille pour entendre la guitare rythmique et cela ne correspond pas à l’esprit métal, c’est sûr, mais c’est que l’on voulait sur le moment. Nous estimions dans certains passages, avoir des choses à mettre en avant par rapport à la guitare rythmique.

Justement, la présence d’Yvan à la production et aux manettes de ‘Romantic’ vous a-t-elle facilité ces choix ?
Effectivement, nous en avons beaucoup discuté avec lui. Je lui avais fait des mises à plat qui étaient très révélatrices de ce que l’on voulait au niveau des mélanges. Ensuite, il a embelli tout cela et a proposé aussi d’autres choses. Nous avons la chance de nous connaître depuis plus de 20 ans et d’avoir les mêmes goûts. Donc, ce n’est pas la peine de parler des heures pour se comprendre. Nous savions que dans certains passages, c’était le côté symphonique qu’il fallait faire ressortir. À partir de là, nous n’avions pas peut-être pas les moyens de le faire ressortir convenablement, tout simplement car toute notre musique « classique » est basée sur des samples. Parfois cela n’est pas très heureux mais l’on ne s’en aperçoit qu’un an plus tard. On a pris des risques certes, mais il est aussi logique qu’il y ait des choses payantes.

Malgré ces « défauts » que vous auriez pu améliorer avec le recul et les moyens, je pense que globalement, vous êtes satisfaits du résultat ?
Bien sûr. De toute façon, ce n’est pas le son de synthé ou le son général qui fait un disque. Le disque est là parce qu’il est porteur d’idées que l’on défend. Toutes nos sept compositions nous satisfont car elles portent quelque chose. Nous sommes fiers d’avoir pu placer une belle mélodie à tel ou tel endroit. C’est surtout cela qui nous importe. Nous sommes donc très fiers de ce disque.

Si on essaie de prendre du recul, comme juges-tu la progression de M.Z. entre ‘Blood is Life’ où vous n’étiez que deux et ce dernier ‘Romantic’ ?
Tu vois, je commence à arriver à ce que je voulais au départ : écrire et jouer des morceaux « complexes » sans que cela soit progressif (je n’aime absolument pas le progressif) mais avec une espèce d’ambiance directrice. Je souhaite qu’un morceau ne comporte pratiquement pas de répétitions, pas de refrains car cela ne m’intéresse pas, mais que l’on sente du début à la fin, la même ambiance, mélancolique ou plus violente selon les cas, mais sans cassure, sauf celles que l’on voulait comme sur ‘Storm on the Ocean’ par exemple. On arrive maintenant à jouer des morceaux « compliqués » sans collage. Sur ‘Blood is Life’, je trouve certains morceaux un peu trop « simplets » dans leur structure et leur progression d’accords. ‘Next World’ est tout le contraire puisque certains morceaux partent dans tous les sens et cela fait un peu collage. ‘Silver Cross’ commence à être vraiment bien et je trouve que ‘Romantic’ contient vraiment quelque chose, un truc qui fait qu’il n’y en a ni trop ni pas assez. Je suis arrivé à un équilibre qui me satisfait.

Sur leurs albums instrumentaux, les guitar heroes auxquels vous vous référez tels Vinnie Moore ou Tony McAlpine, construisent leurs morceaux différemment avec des mélodies qui se répètent comme dans un chanson. Ceci offre des repères qui permettent à l’auditeur de ne pas être dérouté.
La difficulté est là justement et c’est le pas que l’on vient de franchir. Ne pas tomber dans la facilité de la répétition pour ne pas se sentir dérouté. Lorsque tu écoutes un morceau comme ‘Sanctus Benedictus’, la deuxième plage de ‘Romantic’, tu trouves dans ce morceau long et complexe, un fil conducteur du début à la fin. Plutôt qu’un simple refrain qu’on répète 5 ou 6 fois dans le morceau, tu y entends des adaptations de riffs qui permettent au morceau de se tenir. Cela ne fait pas progressif ni « je pars dans tous les sens, je m’appelle Dream Theater et je suis le meilleur musicien du monde ». Pas du tout. Bien sûr, je ne nous comparerais pas aux compositeurs classiques et à leur génie, mais je trouve qu’au bout de 20 ans d’effort, le petit truc commence à venir. On ne prend plus les mêmes facilités qu’avant.

Cette progression sur les albums, avez-vous envie de l’éprouver sur la scène ?
Oui, bien sûr. Maintenant que nous sommes trois, le rendu scénique est meilleur. De plus, une seule guitare est plus simple à sonoriser et Julien est un vrai « guitar hero » sur scène. Il fait le mec qui sue, qui fait des petites pauses, etc. Le visuel de M.Z. est super sur scène grâce à lui. Les gens réagissent également différemment à nos concerts qu’à un concert de métal « typique ». Ils écoutent vraiment la musique, plus qu’ils ne bougent et nous ressentons cela sur scène. Certains « headbangent » et c’est aussi une marque de sympathie, mais la plupart des spectateurs écoutent de manière attentive. C’est auditif, c’est vraiment le sens qui est mis en éveil. Cela fait plaisir car l’on ressent ce genre de choses.

On pense parfois qu’il s’agit d’un manque de réceptivité. C’est pourquoi, je me disais qu’un vrai clavier plutôt que des samples, pourrait donner une envergure supplémentaire à vos prestations. Un vrai musicien ne vous manque-t-il pas sur scène ?
En fait, pas spécialement, non. Nous avons fait des répétitions avec Raphaël, notre clavier studio, et je dois avouer que cela ne m’a pas complètement satisfait. Il manque toujours des choses, puisqu’il y a beaucoup de claviers dans notre musique. Il faudrait 4 ou 5 claviers pour tout faire exactement sur scène, ce qui ferait beaucoup de musiciens. Un clavier apporte surtout au niveau des solos, qui sont différents des solos de guitare. Nous avons finalement appris à nous en passer. Je préfère d’ailleurs ne pas avoir de claviers sur scène pour que l’attention se porte vraiment sur le guitariste. C’est une opinion personnelle. Effectivement, d’autres groupes font le contraire et c’est bien aussi. Mais tu vois, si un groupe comme Rhapsody a son claviériste, il utilise aussi des samples. Le batteur joue au clic pour ajouter des sons en plus. Nous serions aussi obligés de jouer ainsi, même avec un clavier, pour reproduire non pas toute l’ambiance de l’album mais au moins le principal.

Je pensais effectivement à l’apport du clavier et la possibilité de solos, comme celui de ‘Storm on the Ocean’. Ce sont des éléments que l’on ne retrouvera pas sur scène…
Effectivement, on ne laissera pas le solo de clavier en bande. Donc, soit on supprime cette partie, soit on rajoute un solo de guitare supplémentaire. Cela passe bien ainsi et donne un côté plus « rentre dedans » aux morceaux. La configuration actuelle en trio compte beaucoup d’avantages et peu d’inconvénients à mon avis, à la fois artistiquement, scéniquement et matériellement (pour les déplacements par exemple). Ceci permet de vivre pleinement les choses ensemble. Personne ne se retrouve à l’écart. On est tout le temps ensemble, c’est ce qui est génial. On vit les choses à trois. Dans trente ans, je suis sûr que mes petits enfants auront envie que je leur raconte le temps où j’étais bassiste et faisais des concerts. Eh bien, j’ai envie que mes deux comparses puissent raconter la même chose (rires). De plus, nous n’avons pas de moyens colossaux, en tout cas pas de ceux qui permettent de sonoriser correctement deux guitares. Un guitare seule, même avec un son moyen, passera toujours mieux que deux guitares qui se « mangent » au détriment de la musique. De même, si c’est mal sonorisé, les accords graves plaqués par un clavier vont « manger » la basse et cela se fait au détriment de la musique.

Au final, le recours aux samples ne vous enferme donc pas dans une prestation prédéfinie et immuable…
Tout cela est en fait le problème de Laurent, notre batteur. Il joue en permanence avec le clic et il doit toujours être dans le bit du clic, pour déclencher les samples automatiquement. Comme il est toujours dedans, les samples se déclenchent toujours au bon moment. C’est donc la batterie qui nous indique à quelle vitesse jouer, et Julien et moi n’avons qu’à suivre. De plus, comme il n’y a pas de guitare rythmique, je peux improviser à la basse pendant que Julien fait son solo. Cela m’amuse d’autant plus de pouvoir être créatif sur scène.

À ce propos, en tant que bassiste, quelles sont tes influences et quel joueur actuel apprécies-tu particulièrement ?
J’ai toujours apprécié les choses très mélodiques et parmi tous les grands bassistes de ces dernières années, j’ai un faible pour les musiciens de jazz comme Stanley Clarke ou Jaco Pastorius, ce genre de mecs fou furieux (et je n’ai pas de loin leur niveau). Mais au bout d’un moment, cela me gonfle. C’est trop glauque ou trop free. Ce qui m’inspire le plus, c’est de travailler des morceaux classiques, par exemple des parties de violons à la basse, ou des parties de basse des albums d’Yngwie Malmsteen ou même certains de ses solos de guitares. Par exemple, mon solo de basse sur scène est ‘Far Beyond The Sun’. Mon influence au niveau technique, c’est vraiment Yngwie. J’adore les gammes qu’il fait, ses montées et j’aimerais être son alter-ego à la basse.

Tu disais lors d’une autre interview, que votre rêve serait justement de faire la première partie de Yngwie et d’être produit par Sacha Paeth. Est-ce toujours le cas ?
Bien sûr, si nous avons l’opportunité de faire tout cela, on le fera. Ce serait génial. Faire des grandes premières parties ou jouer devant beaucoup de monde dans des conditions correctes, c’est ce qu’il y a de mieux au monde. Se faire produire par quelqu’un de connu, qui fait du bon travail et qui a les mêmes goûts musicaux que nous, ce serait vraiment top aussi. Mais bon, pour un petit groupe comme nous, ce genre de prestations n’est pas gratuit. Or, on ne peut pas se permettre de prendre 10 ans de crédits supplémentaires pour se payer ces luxes. Par contre, si l’opportunité artistique se présente, évidemment qu’on la saisira. Mais notre loisir passionné nous satisfait pleinement tel qu’il est. On veut continuer comme cela car pour aller plus loin, il faudrait faire trop de sacrifices.

Peux-tu nous parler alors du futur de M.Z. et de ses projets ?
Le cinquième album est pratiquement terminé pour ce qui est des compositions. Mais je ne sais pas encore si nous allons le sortir directement après ‘Romantic’. Nous avons fait récemment un très bon concert qui a été filmé. Cela pourrait se transformer en DVD mais il faut d’abord que l’on voit l’enregistrement et qu’on juge de la faisabilité. Par contre, il est sûr que nous allons continuer à travailler avec Thundering Records car Laurent Bocquet est vraiment un mec génial et le label ne nous prend pas la tête. Alors, est-ce que ce sera pour un disque studio, un DVD, un live ou un autre truc spécial ? Je ne sais pas encore, mais en tout cas, nous avons le matériel pour continuer.

Voilà, j’ai épuisé ma liste de questions. Je voulais encore te remercier de m’avoir fait confiance pour cette interview, de m’avoir consacré autant de temps et d’avoir répondu aussi franchement.
C’est moi qui te remercie. Il en faut des gens comme toi et hardrock80.com pour nous soutenir.

Juste une question supplémentaire. Un festival comme le ‘Guardians of Metal’, qui a lieu à l’automne à Strasbourg depuis deux ans,vous tenterez ?
Oui, bien sûr. Si tu connais quelqu’un, n’hésites pas, fonce. Ce n’est pas l’argent qui nous intéresse mais de pouvoir jouer dans des conditions correctes avec un bon son, quelques retours et une batterie sonorisée. Donc faire des festivals avec des gens connus, c’est vraiment le top.