Herman Rarebell
Scorpions

 

Interview par Gegers le 18.01.2007


Vu Fois


Herman Rarebell a été le batteur des Scorps de 1977 à 1996, et si il a depuis été remplacé avec brio par James Kottak il n’en reste pas moins pour beaucoup de fans de « véritable » batteur du groupe. La sortie de son nouvel album au printemps prochain, avec un nom évocateur, I’m back, et sa récente apparition avec les scorps lors du Wacken en août dernier sont l’occasion de s’entretenir avec le très sympathique Herman « Ze » German !

Interview réalisée par Gegers.
Entretiens téléphoniques réalisés les 30 novembre et 11 décembre 2006.


-Gegers : Tu vas sortir un nouvel album solo au printemps prochain, 20 ans après le précédent !

-Herman : Oui. Les gens peuvent déjà écouter quelques morceaux sur ma page myspace (http://www.myspace.com/HermanRarebell). J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à enregistrer ce nouvel album, et j’espère qu’il pourra sortir au début du printemps prochain, peut-être en mars. Je suis actuellement en pourparlers avec plusieurs maisons de disques afin que l’album soit distribué le plus largement possible, mais de toute manière l’album sera également distribué à travers mon site web (http://www.hermanrarebell.com). Normalement le mastering sera terminé pour Noël, et je mettrai des extraits de toutes les chansons sur mon site web afin que les gens puissent entendre ma musique avant de l’acheter.

-Avec tous tes projets de ces dernières années (Art meets music, Drum legends…), comment se fait-il que tu ais éprouvé le besoin de sortir un nouvel album solo ?

-Tout d’abord il faut savoir que ce n’est pas moi qui ai composé tous les morceaux de l’album. C’est moi qui ai produit l’album mais j’ai travaillé avec différents auteurs/compositeurs. J’ai demandé à certaines personnes que je connais dans le milieu musicales si elles seraient susceptibles d’avoir des morceaux à me proposer, et ensuite j’ai travaillé sur le mixage, les arrangements et la production afin que le résultat sonne comme un très bon album de hard rock moderne. Tu sais toute ma vie j’ai été un rocker, il n’y a que ça que je sais faire, et j’espère avoir accompli ma tâche une nouvelle fois avec ce nouvel album. Je ne voulais pas un album qui sonne daté, qui rappelle trop mes albums des années 80, je voulais faire un album résolument moderne !

-Eh bien pour avoir écouté l’album une dizaine de fois maintenant je peux te dire que le résultat est très bon ! Comment as-tu réussi à sonner aussi moderne dans la production et dans les compos tout en gardant l’essence du « vieux » Herman ?

-Un morceau comme Heya heya illustre très bien mon évolution musicale je trouve. C’est un très bon morceau heavy rock avec un son moderne.

C’est un morceau qui représente bien ce que j’aime faire et ce que je sais faire aujourd’hui. Quel est ton morceau favori de l’album ?

-J’aime beaucoup tout l’album, mais je dirais Backattack ou I’m back.

-Ce que tu dis me fais très plaisir, car jusqu’à maintenant toutes les personnes qui ont écouté l’album ne m’en ont dit que du bien !

-Quels sont les morceaux que tu as composé pour l’album ?

-Comme je te l’ai dit il y en a très peu. Il y a ce morceau, I’m back, que j’ai écrit il y a 6 ou 7 mois, lorsque j’ai réalisé que j’avais vraiment envie de revenir sur le devant de la scène. Il y a aussi Wipeout, qui est un morceau que j’avais composé dans les années 80, mais qui n’a atterri ni sur un album des scorps ni sur mes albums solo. Ce morceau sera présent comme bonus track sur mon nouvel album.
En fait je suis parti de ces deux morceaux, et ensuite je suis parti à la recherches de compositeurs de talent afin d’avoir un album solide. C’est pour ça que mes principaux emplois sur l’album sont producteur, batteur bien entendu, et aussi chanteur sur 3 morceaux (Take it as it comes, Heya Heya et Rock you like a hurricane). L’autre chanteur s’appelle Stefan Erz.

-Ton épouse Claudia Raab joue du saxophone sur 6 des 12 morceaux de l’album. On ne peut pas vraiment dire que le saxo soit un instrument typiquement hard rock, comment as-tu procédé pour l’intégrer aux morceaux ?


-C’est vrai que c’était un challenge, mais je pense vraiment que le saxophone apporte un plus aux morceaux. Ca leur donne une atmosphère vraiment spéciale, c’est vraiment génial !

-Je pense que la plus belle prestation du saxo est sur Rock you like a hurricane, ou on a remplacé le solo de guitare par un solo de saxo qui calme vraiment le morceau avant que le refrain dévastateur ne redémarre, un peu comme le calme avant la tempête en quelques sortes.

-En parlant de ça, comment t’es venue l’idée d’enregistrer une version rap de Rock you like a hurricane ?

-J’écoutais le morceau et je me disais : « bon, qu’est-ce que tu pourrais faire avec ça ? » Je voulais vraiment remettre Rock you like a goût du jour, lui donner une touche moderne. Du coup j’ai décidé de « parler » (ou de raper si tu préfères) sur les couplets, il n’y a en fait que le refrain auquel je n’ai pas touché. J’ai aussi rajouté des paroles de Blackout, Dynamite et Now dans le morceau car je trouve que toutes ces paroles se marient superbement bien. Ca m’a vraiment éclaté de réenregistrer ce morceau. Et j’ai hâte de voir la réaction des fans de Scorpions, leur opinion est très importante pour moi et j’espère que mon album va leur plaire.

-Il était prévu que tu fasses quelques dates en France l’été dernier, qui finalement n’ont pas eu lieu…

-Effectivement j’avais été contacté par un promoteur qui voulait que je fasse une mini-tournée chez vous. J’étais okay seulement je lui ai demandé de me verser la moitié du fric avant la tournée afin que je puisse payer mes musiciens, mon équipement, etc…Je n’ai jamais reçu un centime, les concerts n’ont jamais été confirmés, et lorsque mon avocat a essayé de prendre contact avec le promoteur il s’est avéré que son entreprise n’existait plus ! C’est pour cela que je n’ai pas pu venir finalement. Mais j’espère rattraper ça avec la sortie du nouvel album, si des promoteurs français me contactent bien entendu.


-Pourquoi ne pas partir en tournée avec les scorps, étant donné qu’eux aussi vont sortir un nouvel album au printemps ?

-Ca pourrait être fun c’est vrai. Pour l’instant l’idée évoquée était d’essayer de faire quelques shows ensemble l’été prochain aux Etats-Unis. Une autre possibilité serait que je fasse leur première partie sur leur prochaine tournée. Nous n’en avons pas encore vraiment discuté pour le moment vu qu’ils sont très occupés mais il est possible que quelque chose de ce genre se fasse.

-Il y a quelques années tu as écrit ton autobiographie. Que peux-tu nous en dire ?

-Elle n’est disponible pour le moment qu’en Allemand. En fait je raconte tout simplement toute ma vie, de mes débuts jusqu’au moment ou j’ai rejoint les Scorps. Je raconte bien entendu mes 20 années passées avec eux, comment nous sommes devenus gros aux states, etc…et puis je raconte bien entendu ma vie après les Scorps. Je pense que ce bouquin est un excellent résumé de ma vie jusqu’à maintenant.

-Tu viens de dire « de ma vie jusqu’à maintenant ». Cela veut dire que tu as beaucoup de projets pour le futur ?

-Pour le moment je n’en ai qu’un : finir mon nouvel album, puis partir en tournée rapidement. En fait la musique régit ma vie tu sais. Ecrire, composer, enregistrer, tourner, c’est ce que je fais le mieux !

-Partir en tournée semble primordial pour toi.


-Tu sais, après 20 ans passés dans les scorps, avec certaines tournées qui duraient parfois deux ans, comme le Crazy world tour, je ne voulais plus faire de concerts, j’en avais ras-le-bol. Mais aujourd’hui cela fait 10 ans que je n’ai pas fait de vraie tournée et je sens qu’il est temps de revenir sur les routes et de faire partager ma musique. En fait ma philosophie est très simple : si tu n’as rien à dire, alors reste chez toi et ne dis rien ! Si tu as quelque chose à dire, alors sors et dis-le. Et là je sens vraiment que j’ai de nouveau quelque chose à dire.

-Parlons maintenant, si tu le veux bien, de ton passé dans les scorps. Tu n’as pas joué sur l’album Pure instinct (1996), mais te rappelles-tu de cette émission de télé nommée Taratata dans laquelle tu as joué des extraits de cet album avec les scorps ?

-Ah Taratata ! C’est vraiment une super émission, et on avait fait une bonne prestation ce soir-là. C’était ma dernière apparition avec les scorps. Je me rappelle que je n’étais plus sous contrat avec eux, mais ne m’avaient pas encore remplacé (c’est un batteur de studio qui joue sur l’album) et l’album avait besoin de promotion. C’est une faveur que je leur ai fait, mais je leur avais dit que j’aimerais beaucoup que ma dernière prestation avec eux se fasse lors de cette émission télé. Nous ne voulions surtout pas nous quitter en mauvais termes, mais ils avaient compris qu’il était temps pour moi de prendre une direction différente. A cette époque je vivais en France à Monaco, et j’étais donc très heureux que mon dernier concert avec les scorps ait lieu lors de cette émission.

-Que penses-tu de l’album ?

-C’est un album vraiment mauvais. Ce n’est pas le vrai Scorpions. Ils ont décidé de changer de direction, et tout ce que ça leur a apporté c'est que l’album à fait un flop terrible.

-Si tu as quitté le groupe, ce n’est donc pas uniquement parce que tu en avais marre des tournées.

-Non, mais en grande partie tout de même. Lorsque vers 92-93 les scorps parlaient déjà de Face the heat, il était clair pour moi que le groupe devait faire une pause au lieu de renquiller directement sur un nouvel album. Et puis j’avais vraiment besoin de prendre l’air. Et tu sais, plusieurs mois avant que je ne décide de quitter le groupe, nous avions déjà arrêté de composer ensemble. Klaus et Rudolf composaient de leur côté, donc je me disais : « vu que ta créativité ne manque à personne, pourquoi rester ? Pars et vas faire autre chose ! »

-Pourquoi justement n’as-tu pas pris pars au processus de composition de Face the heat ?

-Eh bien c’est peut-être dur à croire, mais c’est tout simplement parce que personne ne m’a demandé si j’avais des idées et si je voulais participer à la composition de l’album ! J’avais vraiment l’impression que Klaus et Rudolf n’avaient plus besoin de moi.

-Avant ça, entre 1978 et 1992, il y avait trois principaux compositeurs dans le groupe : Klaus, Rudolf et toi. Comment le processus de composition était-il organisé à l’époque ?

-Eh bien comme tu le sais je suis à l’origine de pas mal de paroles de chansons du groupe, comme Loving you Sunday morning, Rock you like a hurricane, et ces morceaux sont vraiment un travail commun de l’équipe Rudolf/Klaus/Herman. Je suis aussi l’auteur de quelques titres d’album comme Animal magnetism ou Blackout. Nous étions vraiment une équipe créative, et c’est pour cela qu’après 1992, lorsque personne ne m’a demandé de participer à la composition du nouvel album, je me suis senti rejeté. J’étais vraiment surpris par leur attitude, mais bon nous sommes toujours d’excellents amis aujourd’hui, et c’est le principal.

-Quel est à ton avis le meilleur morceau que tu ais écrit pour les scorps ?

-Sans hésitation Rock you like a hurricane. Je ne pense pas avoir écrit de meilleures paroles depuis ni avant.

-Beaucoup des paroles de chansons que tu as écrit pour les scorps parlent de sexe. Est-ce que pour toi les années 80 respectaient la célèbre expression « sex, drugs and rock’n’roll ? »

-Ben ,j’ai vraiment tout essayé tu sais (rires). J’ai eu une très bonne vie de rockeur et j’ai profité de tous les plaisirs de la vie. Mais les drogues n’étaient à l’époque pas aussi dangereuses qu’aujourd’hui, et puis j’avais autour de moi des personnes de confiance qui m’ont toujours soutenu, donc pour moi c’était vraiment une période géniale !

-Que faisais-tu avant de rejoindre les scorps ?

-J’habitais en Angleterre à l’époque, et j’étais un batteur studio. Un jour j’ai rencontré Michael Schenker qui m’a dit que le groupe de son frère cherchait un nouveau batteur. Je suis donc allé passer une audition, et après quelques jours Rudolf m’a dit qu’il serait très heureux de me voir rejoindre le groupe. Moins d’une semaine après l’audition je déménageais en Allemagne ! Je me rappelle de la date exacte ou j’ai rejoint les scorps : le 18 mai 1977.

-Te rappelles-tu de ton premier concert avec eux ?

-Oui c’était quelque part en Allemagne. Le concert n’était pas très bon, tout le monde était stressé et on avait des problèmes techniques. Les premiers « gros » concerts que nous avons fait furent ceux de la tournée japonaise en 78.

-Comment te sentais-tu avant de monter sur scène la première fois avec eux ?

-J’avais un sacré mal de ventre ! ! Et puis au fil du temps on s’habitue à cette sensation, et puis après tout jouer devant autant de monde, c’était ce dont j’avais toujours rêvé ! Et au fil des ans les spectateurs étaient toujours de plus en plus nombreux, c’était génial !

-Te rappelles-tu de ce concert à Paris Bercy en 1984, durant lequel Klaus perdit sa voix sur Always somewhere ?

-C’était vraiment incroyable de voir et d’entendre le public chanter si fort le morceau. Je crois que j’ai sincèrement pleuré sur scène ce soir-là. Nous étions tellement touchés ! C’est ce genre de moments qui restent gravés à vie, c’était tellement incroyable !

-Quelle est la chose la plus étrange qui te soit arrivée alors que tu étais dans les scorps ?

-Je raconte beaucoup d’anecdotes dans mon autobiographie, donc c’est difficile d’en isoler une ici. Je me rappelle néanmoins de cette fois où, à la sortie d’un hôtel, un gars m’a braqué un revolver sur la tempe, m’a fait mettre à genoux, puis a sorti un baladeur cassette et m’a ordonné d’écouter et de produire sa musique ! C’était vraiment horrible !


-Dans une interview daté de 2004 Klaus fait l’apologie de tes qualités de compositeurs et dit qu’il ne serait pas impossible que vous composiez de nouveau ensemble dans le futur.

-Oui j’ai lu ça. Ce serait sympa c’est vrai, mais bon j’attends qu’il me demande. S’ils veulent faire de nouveau quelque chose avec moi c’est à eux de me contacter.

-Parle-nous du concert du Wacken.

-C’était vraiment génial. Après toutes ces années passées loin les un des autres c’était un peu comme une réunion de famille. Je pense qu’on devrait faire des concerts de ce style plus souvent, d’autant plus que l’ambiance était excellente, et tout s’est super bien passé avec James Kottak et Pawel Maciwoda. Nous avons juste pris notre pied tous ensemble sur scène. Je pense que ça nous a motivé pour organiser d’autres événements comme cela, et pourquoi pas à écrire et composer ensemble de nouveau. Et ce serait ensuite aux fans de décider s’ils préfèrent le Scorpions actuel ou le vieux Scorpions. Ce serait très simple d’avoir l’avis des fans.


© Scorpions / Wacken

Mais bon les scorps tiennent la forme actuellement, ils enregistrent avec Desmond Child qui est vraiment un très bon gars, et j’espère qu’ensemble ils vont nous sortir de nouveaux tubes !

-Qu’avais –tu pensé d’Unbreakable ?

-C’était un album encourageant, car il a remis les Scorps dans le droit chemin. Comme je te l’ai dit je n’aime pas Pure instinct, et encore moins Eye to eye, que je ne peux même pas écouter jusqu’au bout. Donc avec Unbreakable les scorps ont repris les rênes, mais cet album manque quand même de hits. Ou est Dynamite, ou est Rock you like a hurricane, ou est Blackout ?
-Revenons au Wacken. Cela faisait-il longtemps que tu n’avais pas vu Michael et Uli ?

-Cela faisait 8 ou 9 ans que je n’avais pas vu Michael, mais il était de passage à Munich pour un concert juste avant le Wacken, nous avons donc partagé quelques bières ce soir là et m’a dit qu’il était très impatient de me revoir à Wacken.

-Quelle était l’ambiance durant les répétitions ?

-Incroyablement bonnes ! Nous étions tous heureux de nous retrouver après tant d’années, nous avons bien picolé à l’hôtel, c’était super sympa ! (rires). J’espère que l’an prochain le management des scorps et la maison de disques organiseront au moins un autre événement comme celui-là, ce serait vraiment bien et pour nous et pour les fans.

-Tu sembles être en très bons termes avec ton remplaçant James Kottak.

-J’aime beaucoup James, c’est d’ailleurs moi qui l’ait fait embaucher dans les scorps, car je l’avais remarqué en 88 alors qu’il jouait encore avec Kingdom Come. J’avais dit à Rudolf qu’il serait très bien pour eux, étant donné qu’il était capable de faire tout ce que je faisais. Il fallait quelqu’un qui puisse en quelques sortes m’imiter, qui soit capable d’avoir un jeu très lourd, car les scorps voulaient quelqu’un qui joue les morceaux comme je les jouais avant. James a donc longtemps écouté comment je jouais, afin de pouvoir m’imiter, et ensuite il a bien entendu intégré son propre style dans les morceaux. C’était moi également qui avais fait embaucher Ralph Rieckermann à la place de Francis Buchholz en 1992.

-Pour conclure, un petit mot pour tes fans français ?

-Je suis vraiment impatient de vous voir sur ma prochaine tournée, et de vous faire rocker like a hurricane ! Essayez si vous en avez la possibilité d’écouter ma musique et de visiter mon site web, j’ai hâte je jouer en France de nouveau !

 

 


 

Site Web :
http://www.hermanrarebell.com

Myspace :
http://www.myspace.com/HermanRarebell

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