DANY TERBECHE
(Enfer Magazine)

- Partie 4 -

 

Septembre 2010

Propos recueillis par Frank Berlez pour le compte de www.hardrock80.com
Photos : collection privée de Dany Terbeche - utilisées avec son aimable autorisation - copyright, toute reproduction ou utilisation interdite.

Mise en page Joel "JoeHell" Jusmet




Vu Fois






Je sais déjà que le numéro 2 va avoir un peu de retard, par rapport à la date prévue par les NMPP. Par contre, pour le numéro 3 je n'ose même pas y penser, pas génial pour un début, ce n'est pas de cette manière que nous allons fidéliser notre clientèle.

Je demande à Pascal de fixer une date avec COMPO RELAIS, car il y a de quoi faire une vingtaine de pages.

Quand je rentre chez moi, mon épouse m'apprend que Fabienne Chambault (Phonogram), s'inquiète de ne plus avoir de mes nouvelles, je ne suis pas surpris de cet appel perso (le téléphone portable n'existait pas), c'est logique au bureau je ne reçois aucun coup de fil, ni message, ni courrier, ni disque.

De retour dans ma case, je 'phone à tous mes contacts, cette fois j'en ai les trois quart en direct, ils me racontent tous à peu près la même chose : ils m'ont rappelé dès qu'ils ont eu mon message et ils ont discuté avec mon proche collaborateur qui s'était engagé à me transmettre toutes les infos.
C'est nouveau, j'ai un collaborateur, pourquoi pas ! Ici plus rien ne m'étonne.
Le meilleur c'est pour la fin :
- Que penses-tu des disques que je t'ai envoyés ?
- Je n'ai jamais reçu de disques, tu as dû te tromper de canard !
- Ca a été livré par coursier à ENFER Magazine, 16 bis, rue de Romainville. 75019 Paris, c'est bien la bonne adresse ?
- Oui y a pas d'erreur mais je n'ai rien reçu, je peux te donner ma parole !
- J'ai en ma possession des bordereaux signés, tu peux venir les voir et je fais confiance à nos coursiers, ce serait un drôle de hasard, car c'est la première fois que nous rencontrons ce désagrément.


Hé ouais, quel " drôle de hasard ", surtout quand tous mes interlocuteurs ont le même discours. Les disques et divers paquets arrivent mais où sont-ils ?
Si quelqu'un cherche à couler le Mag' c'est bien joué. Le faible QI et le manque d'intelligence des gens qui arpentent les lieux, m'interdisent de croire que c'est le but. Mais cette connerie va coûter cher au journal, nous venons sérieusement de perdre en crédibilité, c'est vis-à-vis de Phonogram et Virgin que c'est le plus dommageable.
Sans perdre la moindre seconde, je descends les marches quatre à quatre et vais m'adresser à H, le directeur " en bois " de la publication.

- Peut-être pourrais-tu me présenter mon proche collaborateur, je viens d'apprendre que j'en avais un ?
Gêné, le sourire jaune et forcé, la gueule figée, il me répond :
- C'est quoi ces conneries ?
- Rien, juste que je viens d'avoir diverses personnes de maisons de disques, elles ont toutes parlé avec mon proche collaborateur, j'ai aussi appris, que plusieurs paquets qui m'étaient adressés sont bien arrivés, puisque quelqu'un les a interceptés, il a même signé un bordereau, tu ne trouves pas ça bizarre ?
Bien entendu, t'es au courant de rien ! Toute la bande qui squatte ici, vous êtes des sacrés losers, vous ne voyez même pas le tort que vous créez au " canard ", quand je pense qu'en plus tu es le Directeur de la publication, quelle misère ! Mon gars si les journalistes savaient tout ça, sans parler des kids, avec votre mentalité de m… et votre FHMA, vous ne pensez qu'à vos gueules.

Je suis sûr qu'il y a un mec qui n'est pas au courant de vos combines, c'est Y, dès que je le vois je lui en touche un mot, après j'aviserai !

Je claque la porte et rentre chez moi, aussitôt je recontacte les sociétés de disques et propose de me faire parvenir dorénavant les colis en direct, personne n'y voit d'inconvénient.
En préparant mon boulot pour le lendemain, je viens de me rendre compte, que dans la colère, j'ai omis de prendre le boulot pour Pascal.

Retour à la case départ sans prendre les 20 000, au ghetto une fois n'est pas coutume c'est bien calme. Normal, le truc qui me sert de bureau a été fouillé à fond, le peu que j'ai laissé la veille a été dépouillé, je vérifie juste si le dossier que j'ai oublié est toujours en état et qu'il n'y manque rien.
Derrière les autres portes, les toquards attendent ma réaction. Pauvres types, ils n'ont toujours pas compris qu'à mes yeux, seul le Magazine et ceux qui le font ont de l'importance. Je quitte la place sans rien dire, les laissant sur leur faim.
Des sujets de satisfaction, il y en a très peu à ENFER, mais il faut le cacher au maximum, il faut avancer car demain tout peut sourire.

Chez COMPO RELAIS, l'ambiance n'est pas la même, les gens sont cools et souriants, Pascal est déjà là et m'accueille avec une banane grande comme ça, p… , ça fait du bien. Yves se joint à nous, nous élaborons notre schéma d'action, avalons un café et hop c'est parti.
Z me fait demander au téléphone :
- Salut Dany excuse-moi de te déranger, mais j'ai besoin de toi pour finir le numéro 2, Avanti nous ont envoyé tous les films, il faut les vérifier et les porter à l'imprimerie, il faut aussi que je te voie de toute urgence, je ne peux rien te dire maintenant, mais c'est très sérieux.
- Désolé, mais là tout de suite je ne peux pas bouger, c'est impossible, nous en avons encore pour trois bonnes heures au minimum. Si tu veux, on se retrouve plus tard au bar sur la place à Romainville.
- Non je suis obligée de partir, c'est la merde.
- Que proposes-tu alors ?
- Demain matin 10h et je t'apporte les films.

Je reste planté là, je ne comprends rien, Pascal vient aux nouvelles, il me regarde :
- Qu'est ce qui se passe, t'es tout bizarre ?
- Je ne sais pas, j'ai été surpris par ce que vient de me dire Z, elle n'était pas comme d'habitude, ça ressemble à un appel au secours, j'ai rien compris mais c'est urgent. En tout cas elle ne m'a pas parlé du mag', à part qu'elle détient les films et qu'il faut les porter à l'imprimerie, point. J'ai rencard avec elle demain. J'en sais pas plus. J'en ai ras le c.. de toutes ces galères.

Tracassé j'appelle mon épouse, comme elle n'a aucun contact avec les gens d'ENFER, elle ne saisit pas non plus.

J'ai gambergé toute la nuit, pas moyen de dormir et pourtant je suis cuit.
A dix heures du mat' j'entre dans le rad', il n'y a encore personne ! Je m'installe à la première table, puis je vois Z approcher, elle a une tête de déterrée, elle n'a pas fermé l'œil non plus me raconte-t-elle, puis elle enchaîne :
- Au fait, avant d'oublier, j'ai les films dans la voiture.
Je lui coupe la parole :
- Alors qu'est ce qui se passe ?


Ce magazine n'a pas volé son nom, c'est vraiment l'enfer, il ne manquait plus que ça, c'est un vrai feuilleton, le numéro 2 n'est pas encore dans les kiosques que les deux directeurs financiers disparaissent de la circulation.

La parution du numéro 1 a été à peine fêtée et la sortie du prochain le sera encore moins, mais cette fois-ci, ça s'explique.

Deux jours après, j'accompagne Z, au rendez-vous prévu à l'imprimerie des Mureaux. Monsieur La Rochette est dans le hall de réception, je lui présente Z, puis nous filons directement dans son bureau où mon imprimeur en " chambre " est déjà confortablement installé. Sur un guéridon il y a du café et des boissons rafraîchissantes, nous nous servons puis prenons place. Je me tourne vers Z, nos regards se croisent nous ne sommes pas à l'aise.
Mr La Rochette attaque sèchement :
- Tout a déjà été dit et expliqué, le mode de fonctionnement, nos compétences, etc, etc… nous n'allons pas nous répéter, comme il a été convenu, aujourd'hui vous devez me remettre un chèque.


Avec Carl Canedy (batterie) The Rod's (Bernett Records), en France pour l'enregistrement de l'opus de Rhett Forrester et le Breaking Sound Festival….

Bonjour, l'entrée en matière, il a débité son laïus sans marquer une pause, quant au sourire il a dû l'oublier dans les WC (pour ne pas utiliser un terme plus cru). Dans ces moments-là, il ne faut pas être parano, à croire qu'il est au courant pour X et Y.

Z ne pipe pas un mot, elle pose sa sacoche sur les genoux, l'ouvre et en sort un petit sac plastique bourré de billets de banque. Je n'en crois pas mes yeux. La Rochette se lève brusquement. Mon collègue ne réagit pas, ça le dépasse. Z surprise est paralysée, quant à moi je me demande si ce cauchemar va prendre fin un jour.

Calmement La Rochette invite Z à ranger tout ça dans son sac, il se rassoit :
- Vous avez de la chance, que le patron n'ait pas assisté à tout cela, point. Je ne vous demande aucune explication, mais si vous voulez travailler avec nous ce sera avec des chèques pas autrement. Avez-vous une proposition à me faire ?
Z ne sait trop quoi répondre, elle bafouille.
Je propose de reporter ça à un autre jour. Nous sommes tous d'accord sur le principe. Mr La Rochette précise que si cela peut faciliter les choses, il sera toute la semaine sur Paris et qu'il aimerait bien, pour repartir sur de bonnes bases, qu'on lui donne cette fois-ci un chèque de banque, voilà qui est clair. L'art et la manière de se discréditer une fois de plus.

Durant les dix jours qui suivent, ma relation avec Z s'est nettement améliorée, la nouveauté c'est que nous communiquons tous les jours.
Elle découvre petit à petit les magouilles qui se trament dans le ghetto de la rue de Romainville.
Nous avons aussi revu Mr La Rochette et tout est rentré dans l'ordre, (mais pour combien de temps ?).


NOTA.
A dater de ce jour je n'ai plus jamais revu Y et je le regrette, car s'il était resté aux commandes du magazine, je suis convaincu qu'ENFER existerait toujours aujourd'hui et j'ajoute même que j'y serais encore, n'en déplaise à certains. Quel gâchis!


Lars Ulrich (Metallica) _ ENFER N° 7 (Novembre 1983)

Dans la page des P.A. dès le numéro 3 puis les suivants, il y a des petits mots destinés à Y, du genre " message de l'au-delà " avec en incruste " IZGOUD MILOUD " (sa phrase du moment), ou encore " ce numéro est dédié à… ", " amitiés "….

Pendant la confection du numéro 3, j'ai un peu plus de temps car l'équipe technique est fiable, Pascal assure et ça me fait un bien fou.
Ainsi, pour aider des groupes, je rends visite aux compagnies discographiques et organisateurs de concerts, ce n'est pas l'euphorie. METALLICA, VENOM, VIRGIN STEELE... font sourire et je ne remporte aucun succès.
Cela ne m'a pas empêché d'essayer de prendre des paris sur METALLICA, malheureusement aucun ne s'est risqué, d'après eux, plus pour me protéger que la peur de perdre leur mise.

Après quinze jours d'éloignement X réapparait, nous nous réjouissons, mais je l'avoue honnêtement si j'avais eu le pouvoir, je l'aurais échangé contre Y sans hésiter une seule seconde.
En moins de temps qu'il faut pour l'écrire, le climat est revenu à la suspicion, l'atmosphère se pourrit à nouveau.
J'en informe Z et lui réclame un endroit plus adapté, car tout le monde en a marre et nous voulons tous faire évoluer ENFER. Le numéro 3 bénéficiant d'un cahier su
pplémentaire de 16 pages, nous avons besoin de sérénité.
Les " scribouillards " souhaitent qu'AC/DC soit en couverture du numéro 4, à la réunion du comité de rédaction cette idée fait l'unanimité. Dix minutes plus tard, le sommaire qui est soumis, fait plus de 150 pages, un tri s'impose.
Après délibération les principaux écrits seront consacrés à BLACK SABBATH - AC/DC - B.Ö.C. (le band est annoncé pour bientôt avec Aldo NOVA) - TWISTED SISTER (concert prévu à Paris) - MAMA'S BOYS - SORTILEGE - la chronique débranchée sera pour MOTORHEAD, une large place sera occupée par le Aardschok Festival 83 qui a lieu en Hollande, sans oublier les rubriques habituelles.

Très déçu, suite aux visites effectuées chez les divers majors, je repars à la quête de maisons de disques et vais faire un tour chez le distributeur Musidic, qui abrite plusieurs labels indépendants. Je vois quelques personnes mais rien de bien transcendant. Avant de sortir, je me dirige vers une machine à café, quand soudain, quelqu'un me tapote sur l'épaule, je me retourne.
- Qu'est ce que tu fous là ? Entends-je.
- Ben hé toi, jusqu'à preuve du contraire ici tu n'es pas sur tes terres ?
La personne avec qui je discute se nomme Jean-Patrick Fillet, à cet instant je crois qu'il travaille toujours avec Claude Ismaël à l'international chez Polydor.
- Y a un bout de temps que j'ai quitté Polydor !
- Qu'est ce que tu fous maintenant ?
- Suis-moi je vais te montrer mes nouveaux bureaux !
Sur la porte d'entrée il y a un autoadhésif sur lequel apparaît en gros " Bernett Records ", ça m'interpelle.
- Bernett Records ! C'est quoi ce truc, vous produisez quoi ?
- C'est la boîte de Sam Bernett, tu connais ?

Tournée Mama's Boys / Tokyo Blade. Nantes avec de gauche à droite, mon ami Tommy McManus (RIP) (batterie) Mama's Boys, bibi, Joe Wynne (manager) Mama's Boys puis Winter's Reign, Jean-Patrick Fillet (label manager) Bernett Records, la personne avec j'ai directement travaillé pour tous les groupes signés en 83/84/85.

 

- Bien sûr que je connais Sam, La Tour De Nesle, Le Rock'N'Roll Circus, tiens d'ailleurs c'est lui qui m'a présenté Johnny Hallyday, Sam est ici ou pas ?
- Non, si tu veux le voir il faut que tu ailles ce soir au nouveau Rock'N'Roll Circus, qui se trouve sous l'Olympia.
- A la place du Rose Bonbon ?
- Exact !
- Je n'irai pas ce soir mais bientôt !
- Alors c'est quoi le catalogue Bernett ?
- Pas grand chose pour toi, mais nous avons mis sur le marché un maxi de Marc TOBALY et un single de Joe LEBB.
- Non je te crois pas, tu déconnes, Marc et Joe des VARIATIONS ?
- Tu connais ?
- VARIATIONS, j'ai bossé avec eux en 1968, le manager c'était Alain, le frangin de Marc, et c'est Magda la frangine qui s'occupait de la promo et du fan club. Sur un des 45 tours il y a même une chanson qui porte son prénom, leur agent c'était Jean Pierre Bertola. Ca fait un bail, j'aimerais bien revoir Marco, si son maxi sonne bien je passe la chronique dans ENFER.

- Pourquoi, tu as tes entrées à ENFER ? Enfin un vrai mag HARD, j'en avais ras le bol de " Bette " et " Rock'n'folle " (titres généralement donnés par ceux qui étaient gavés).
- C'est vrai que t'es branché HARD, toi, j'avais zappé. Ben ENFER c'est un peu mon bébé, au numéro 1 j'étais associé et maintenant j'en suis le directeur de la rédaction. Justement comment ça se passe avec Sam, As-tu carte blanche ? La boîte, elle a les moyens ?
- Pourquoi tu me demandes tout ça ?

- Parce que si vous avez un peu de thunes et des cojones, j'ai des bombes et je recherche des compagnies, pour mettre seulement les disques en place. Le reste je m'en occupe, je sais faire, j'ai le mag et des journalistes en béton, ensuite petit à petit tout le monde viendra nous manger dans la main, ça complètera le plan promo, idem pour les agents de concerts. Fais-moi confiance, je te parais prétentieux, mais je sais de quoi je parle. Je te donne juste un nom, retiens-le bien METALLICA, mais il n'y a pas que ça, des groupes qui tiennent la route, il y en a une bonne trentaine. Qu'est-ce-que tu en penses ?
- C'est sûr que c'est génial, moi ça me branche, mais je dois voir avec Sam, ce ne sera pas facile le HARD ce n'est pas sa tasse de thé.
- Vois avec Sam et si tu sens que ça peut être bon, tu organises une réunion, je viens avec plaisir. Bon passe-moi tes deux galettes de Joe et Marco. Tiens, ça c'est mon numéro perso, tu tomberas sûrement sur ma femme mais ça roule. Dernière chose, j'ai déjà fait le tour et vu tes " toquards " de concurrents, tous des frileux qui n'entendent rien au HARD, en plus ils ne voient rien venir, si vous marchez, vous avez un boulevard.


Sur le chemin du retour, je me dis que ces retrouvailles ne sont pas insignifiantes et j'ai le profond sentiment, qu'il va se passer quelque chose de sérieux dans peu de temps.

A la maison comme chaque soir je consulte mon bloc sur lequel ma moitié a consigné tous les messages, il y en a deux importants :
I°) - Eric Cook le manager de VENOM vient à Paris il désire me rencontrer et sera accompagné de David Wood, le boss de Neat Records qui est aussi le label de RAVEN.
II°) - Michel Kilhofer souhaite me parler d'un festival HARD, qu'il projette d'organiser en septembre à Mulhouse.

Rue de Romainville, il y a moins de bruit, mais pas plus de respect, l'endroit qui m'est réservé, est inspecté chaque jour, le moindre objet que je laisse, disparaît. Heureusement pour l'essentiel, tout arrive à mon domicile.


Couverture ENFER N°4

Je prends contact avec Eric Cook, nous bloquons instantanément un rdv, car il a des photos de VENOM, en exclusivité mondiale pour le mag'.
Puis je communique avec Joëlle Kilhofer, qui confirme qu'un festival est bien prévu à Mulhouse mi septembre et qu'elle souhaite un partenariat avec ENFER, il y a déjà plusieurs groupes de pressentis, dont BLACK SABBATH - B.Ö.C - TWISTED SISTER - MAMA'S BOYS, quelle étrange coïncidence c'est le tiers de notre sommaire, si nous collaborons, nous pourrons compléter le contenu du " canard ", avec les autres groupes qui feront partie de l'affiche.

X est déjà au courant, depuis son retour il ne s'est pas trop montré, mais là il est fermement décidé à associer la FHMA avec le festival, il m'informe qu'il a déjà négocié avec les Kilhofer, ce dont Joëlle ne m'a pas avisé.
Les deux parties ont certainement bien avancé dans le deal, puisqu'il ne reste plus qu'à fixer une date pour se rendre à Mulhouse. J'apprends dans le même temps que je dois obligatoirement accompagner X.
Nous sommes dans l'urgence, car l'info doit paraître dans le numéro 4. Je consulte mon agenda et donne mes dates de disponibilité.

En milieu de semaine, Max me téléphone pour savoir où sont stockées nos bobines de papier, je ne décrypte pas sa requête. En fait l'usage veut que le propriétaire du titre achète directement le papier chez un grossiste et le dépose chez l'imprimeur. N'étant pas au parfum de cette pratique, je me trouve dans le " caca " et n'ai aucune solution.
Je laisse le soin à Max de débloquer la situation, quelques heures plus tard il a trouvé une issue, mais Monsieur La Rochette émet certaines conditions pécuniaires, à régler, dès le lundi matin, avant la mise en route des machines.

Avec Pascal ça tourne et j'ai pris mes marques avec COMPO RELAIS, tout le montage est terminé, prochaine étape la photogravure.
Comme je l'avais prévu, nous avons pris du retard pour ce numéro 3, par chance, Alain a anticipé et réglé le problème avec Paris Match, la photogravure est reportée d'une semaine.
Pour gagner du temps Pascal est passé chez PRS, déposer les photos qu'il avait calibrées pour être scannées rapidement.
A mon arrivée chez PRS, Alain me présente Monsieur Roland Chicot (un super bonhomme, dont je garde un immense souvenir) il faut que je reste auprès de lui car il a besoin d'infos, c'est Roland qui va s'occuper de tous les films photos.
Au fur et à mesure, je fais connaissance du personnel et découvre d'autres machines, ici tout va très vite, c'est affolant.
Il est 20h, chez Paris Match, il y a quelques difficultés insolubles dans l'immédiat, sans hésiter Alain stoppe la production et crie : " tout le monde passe sur ENFER ", puis il m'agrippe le bras et m'emmène au premier, il y a 10 tables de montage, dont 7 sont occupées, je fais connaissance des gars un par un, arrivé au dernier Alain me dit : " lui c'est Philippe, il vérifiera chaque page avec toi, si tu es d'accord tu signes le B.A.T, sinon tu lui expliques, ce qui ne va pas, jusqu'à ce que tu obtiennes satisfaction ".


NOTA.
Nous avons vite lié une très grande amitié avec Phil., nos familles se fréquentaient, nous partions dès que possible au vert chez ses parents qui possédaient une immense villa. Un p… de matin pas comme les autres, un coup de fil de sa petite femme Fabienne, m'annonce que mon pote venait d'avoir un accident de moto, Phil. y a laissé son bras droit…


Au New Morning avec Pat McManus, une vingtaine d'années plus tard, ici avec son " Band ". © Alex Mitram

Habituellement à 22h, la moitié du personnel va manger, au retour à 23h c'est l'autre partie qui prend son break.
Paris Match étant en panne, Alain s'adresse à sa bande : " si tout le monde s'y met, ENFER est bouclé à minuit, je ferme la boutique et nous pouvons tous aller grignoter ensemble! " tout le monde est d'accord.
Il propose un restaurant qu'ils ont l'air de tous connaître, dans la foulée il réserve, (du côté de Bastille, le W. E. il est possible de trouver quelques endroits qui servent assez tard).

Comme tous les vendredis, je sais que je peux joindre Z dans son Night Club. Je lui donne des nouvelles et lui explique le plan " bouffe ", que nous sommes une douzaine et que ce serait sympa de prendre l'addition à notre charge, je reçois un oui bien franc.
Avant de la quitter, je lui rappelle, que lundi je dois déposer un chèque à l'imprimerie, pour le papier.

Pendant que nous nous apprêtons, Alain s'active à préparer le paquet qui doit être livré dans la nuit aux Mureaux, pour façonner les plaques.

Lundi matin à 8h, le chèque en poche, je prends un taxi direction les Mureaux. On se tape tous les bouchons, bien entendu je vais me pointer en retard au calage, j'ai les b…. le chauffeur m'annonce que pour lui aussi la journée a mal commencé et que si j'ai personne pour me ramener sur Panam, il veut bien m'attendre, mais pas plus d'une heure.
J'y suis enfin, Max s'avance vers moi, il a la banane :
- Salut Dany, t'inquiète, y pas l'feu, ton " canard " roule, ça se passe super bien, suis-moi.
Sans attendre je lui file le règlement, en échange il me remet une copie du numéro 3, que je dois comparer avec les cromalins placés sur la table. Je vais directement page 4 voir la belle Lita FORD et dévore le reste, je n'ai rien à redire, je ne reste pas très longtemps, prends quelques numéros, serre la main à Max et saute dans la voiture.

Le retour parait moins compliqué, l'autoroute est vide, je vais rentrer plus tôt, ça m'arrange, c'est ce soir que je vois Eric Cook et David Wood.

19h tapantes, ça sonne à la porte, j'ouvre, ce sont nos invités. La soirée se passe bien, Eric me décrit en long et en large ce qu'est VENOM, il ne me vante pas la musique, mais son concept, son schéma est sensationnel.
Il a construit une réputation autour du groupe, aujourd'hui il lui donne une image, il cherche à créer l'évènement en dehors de la musique, il souhaite faire connaître VENOM et marquer les esprits que l'on apprécie ou non les morceaux que jouent Cronos, Abadon et Mantas.
Après un bon repas, nous regagnons le salon, pour prendre le café. Nous abordons d'autres sujets, David me parle de Neat et des artistes qu'il produit, il me donne des disques, des badges, des autocollants…
Eric se lève pour prendre une valise, il en ressort des vinyles en tous genres et des t-shirts de VENOM, puis il prend une chemise et me la tend, il y a deux photos l'une de Mantas et l'autre de Cronos, cette dernière me scotche, interdit de laisser passer cette chance. Nous intègrerons VENOM au sommaire du numéro 4 (photos pages 12/13). Je m'engage vis-à-vis d'Eric de développer son groupe en respectant sa démarche, car je la trouve géniale et je suis convaincu. A David, je promets un deal avec un label.


Cronos (Venom)

Quand nos gaillards prennent congé il est 4h du mat', je suis naze, je regarde mon agenda il n'y a pas d'urgence, je décide de rester un peu plus longtemps au pieu.

La sonnerie du téléphone nous réveille, c'est Jean-Patrick Fillet, il veut me voir le plus vite possible, il comprend à ma voix qu'il vient de me sortir du lit, lui c'est le contraire il est survolté. Finalement nous avons rencard dans l'heure, j'ai le temps de passer sous la douche et de prendre mon p'tit déj.

A SUIVRE… .



 

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