DANY TERBECHE
(Enfer Magazine)

- Partie 2 -

 

Janvier 2010

Propos recueillis par Frank Berlez pour le compte de www.hardrock80.com
Photos : collection privée de Dany Terbeche - utilisées avec son aimable autorisation - copyright, toute reproduction ou utilisation interdite.

Mise en page Joel "JoeHell" Jusmet




Vu Fois





 

Pendant que je fais le point sur les photos, Patoche est en grande discussion avec Madame, le ton monte, tous deux s'avancent vers moi, avec une copie d'Eric Galinsky et m'invitent à la lire. J'ai du mal, Eric écrit comme un " cochon ", je ne comprends rien et c'est bourré de fautes.
-" Alors qu'est ce que t'en penses ? "
Je pince mes lèvres tout en hochant la tête, puis elle me tend le film de l'article d'Eric et me demande de comparer. Je ne dis rien. Elle ajoute que pour tous les autres articles c'est semblable et que l'on ne peut pas continuer comme ça.

Je ne le crois pas, mais pourtant, force est de constater que jusque là, elle a quelque peu remanié et corrigé tous les articles sans se plaindre. Impossible de lui donner tort. Je propose de lire et corriger tous les derniers articles, je récupère le " cadeau ". Je parcours rapidement l'enquête sur LED ZEP, la discographie sur AEROSMITH et le document sur MOTORHEAD, je les balance dare-dare à la compo, nous les utiliserons tels quels.
Je ne perds pas de temps non plus avec le rédigé sur ACCEPT, ça passe il n'y a que deux/trois broutilles à rectifier.
Pendant ce temps Patoche négocie avec une boîte de photocomposition pour nous épauler, il appelle aussi une copine à la rescousse pour taper des textes.
Disponible, il s'improvise coursier et file vers l'autre Société, porter les travaux sur LED ZEP, AEROSMITH et MOTORHEAD, sa conjointe a entamé ACCEPT.

Je me consacre hâtivement aux chroniques de disques, d'abord je les trie, j'entreprends celles de Garcia, puis de Labati et Jimenez, ça va, c'est pas trop prise de tête, je fais la découverte d'un autre nom celui de Philippe Touchard, une écriture pas des plus faciles à décrypter, mais je suis agréablement surpris, car il y a très peu de fautes d'orthographe. Depuis que nous avons de l'aide, nous travaillons à la chaîne et ça fonctionne super bien.

Patoche revient avec de quoi nous restaurer, sandwichs, fruits, pâtisseries, boissons, café et bonbons, de quoi tenir un siège de plusieurs jours.
Je jette un coup d'œil sur la pendule, il est déjà 14h. Je vais voir à la compo il y a quatorze chroniques de développées, aussitôt je les maquette, mais je ne peux faire que les pages 24 et 25.
Un coursier nous dépose une enveloppe avec la compo des futures pages 11 et 20, Pat va flasher les textes et passe au montage.

La sonnette retentit, c'est Marc il a des photos de DEF en noir et blanc. Il me signale que son frère Eric vient avec un de leurs amis Philippe Bascou.
Marc est libre et propose de donner un coup de pouce. Je lui suggère de travailler sur les news avec la " demoiselle ", il faut juste les classer par pays et lui faire des paquets.

NOTA.
A partir de ce jour, Marc devient mon principal acolyte et il est de toutes mes activités jusqu'au moment où je tire ma révérence au show biz en 1991.

Patoche me dit de bousculer Albumine et prévenir X et Y, que ce n'est plus possible de poursuivre dans ces conditions.
Je suis crevé et passablement énervé, je saute sur le combiné et je m'adresse assez méchamment au " baltringue ", je lui " crache " tout d'une traite :

-" Je te signale que pendant que tu glandes dans ton bouiboui, il y en a qui attendent après toi, on fait ton boulot, pour qu'en finale tu te la pètes quand le magazine paraitra, tu me dis oui ou merde, as-tu les photos d'ACCEPT, de MOLLY HATCHET, deux pochettes d'AEROS, mais aussi celles des chroniques et de quoi finir LED ZEP, je veux juste savoir si je dois me débrouiller seul ? "
Quand je repose le combiné, je m'adresse à tout le monde :

-" Nous n'avons rien pour ACCEPT mais ce n'est pas un problème, le gars qui s'occupe de l'international chez Polydor, Claude Ismaël est un copain. Y a rien non plus pour MOLLY HATCHET, mais ce n'est pas un souci non plus, je vais appeler aux States Pat Armstrong qui se trouve à Orlando, demain tout sera ok pour les deux groupes. Pour les pochettes de disques tout sera prêt aujourd'hui, vers 17h à Montpar' et pour les photos du ZEP il faut voir avec Lionel ".

Patoche en colère veut les pochettes au plus vite. Mais comment les récupérer ?
Marc intervient aussitôt, il a des photos de MOLLY et il ajoute, puisque son frère doit venir, il pourra nous dépanner, car il est véhiculé.
Il est 16h quand je parle avec mon pote Claude, il possède des photos d'ACCEPT et nous les envoie par coursier.

Dix minutes plus tard, je contacte Lionel il a des photos du ZEP, il les déposera chez Albumine, puisque nous devons y passer. Eric et Philippe arrivent, nous avons à peine le temps de faire connaissance, Marc les avertit :
" Il y a le feu, il faut partir d'urgence à Montpar', je vous raconterai tout pendant le trajet mais là il faut se magner ".
Un coursier nous apporte des photos d'ACCEPT, avant de repartir il nous prie de téléphoner à Claude, j'ouvre la boîte il y a une dizaine de clichés tous de mauvaise qualité mais nous n'avons pas le choix, je fais le point avec Claude et salue son gars.

2 heures plus tard, j'aperçois mes trois " livreurs " du moment, Patoche se jette sur Marc, il lui arrache le colis des mains et regarde les pochettes une à une, le verdict tombe :
-" Pour certaines pochettes ça va être crade à cause des couleurs, puisque que nous faisons du noir et blanc, ce qui va nous sauver c'est que nous réduisons un max ".
Puis il ouvre l'enveloppe qui contient les photos du ZEP :
-" C'est mauvais, c'est étonnant de la part de Lionel, après ce que j'ai vu ".
Avant de filer dans son labo avec tout ce matériel, il donne un coup de fil pour savoir où en est la compo du ZEP, nous n'aurons le texte que vers 22h.

Je reçois vite fait Eric et Philippe, le courant passe super bien, je leur suggère de faire dès que possible des chroniques de disques pour le prochain numéro et si ça " gaze ", ils rallieront l'équipe. Marc nous assure les photos de MOLLY pour demain matin 10h.

Les filles me disent qu'en compo, il manque quelques chroniques de disques. Il en reste quelques unes à corriger, un bon coup de manivelle et c'est parti.
Je reprends les news et fais quelques corrections, je maquette les dernières pages disques et je poursuis sur le montage non stop. Patoche n'arrête pas, les moteurs tournent à fond. Les fenêtres sont toutes grandes ouvertes, mais il fait une chaleur étouffante.
Quand la compo du ZEP nous parvient, il est quand même 1h du mat, je la parcours, je trouve ça chiatique, dix lignes plus tard j'abdique, je la pose sur une table, laissant à Pat' le soin de faire la maquette.
Le compte à rebours commence, les films arrivent un par un, page 24, 25, 11, 10. Je découvre la page 23 avec la pub pour le concert ACCEPT/STOCKS, (ce dernier étant mon groupe chouchou du moment, je suis resté proche des musiciens, pendant quelque temps, je faisais assidûment l'aller et retour Paris/Lille), je trouve que Patoche a été inspiré et je le félicite.

3h, il n'y a plus une seule tasse de propre, je fais la vaisselle et sers du café pour tout le monde. D'autres films me sont transmis, pages 14, 15, 20, puis c'est autour des news. " The boss " sort de son labo, il me tend les dernières chroniques de disques, il a une tronche de déterré, il tire un fauteuil, s'écroule lourdement dedans et me demande le chemin de fer. Je lui file en lui faisant un clin d'œil optimiste, il esquisse un sourire et parcourt le doc. Il relève la tête et me questionne :
-" Tu penses que Marc sera vraiment là à 10h ?".
-" Il s'est engagé, faisons-lui confiance ".
-" Il ne reste plus grand-chose à dormir, je finis tout demain, LED ZEP, MOLLY et la couv' avec les accroches. Toi tu gères le n° d'ISSN et le prix de vente, tu donneras le sommaire et l'ours aux filles, et tu te démerdes pour l'édito. Allez, on ferme ! ".
Pendant que chacun s'apprête je demande confirmation.
-" Si j'ai bien compris, demain on boucle le n° 1 "
-" Ouais mais ça reste entre nous, il faut choper les autres avant, pour faire le point. Il y a le boulot qu'Albumine n'a pas fait, t'as vu la merde que ça a foutu, on ne va pas non plus s'asseoir sur les heures sups et la sous-traitance ".
-" Demain, je fixe un rendez-vous avec eux, et si possible dans un endroit neutre cette fois-ci. Vu ce qu'il reste à prendre en compo, on va vite terminer, ça va permettre à ta femme de préparer un dossier complet à leur présenter.
Après le bouclage on en discute, on se tape une bonne nuit de sommeil et on va les voir ".

A mon réveil j'ai la sensation d'avoir bien dormi, j'en conclus que tout le monde dort encore ?
J'enfile mon ben à toute vitesse (un pantalon en argot), et je songe aux photos de MOLLY, je vais jusqu'à la chambre de mes compères, je frappe à la porte, pas de réponse, je la pousse doucement, personne ! Je me mets à gueuler :
-" Patoche t'es là ? "
Sa femme est au rez-de-chaussée et me répond :
-" Non il est parti tout seul ce matin, mais j'ai trouvé un mot sur la table, il nous dit que le temps qu'il fasse les derniers films, notre présence n'était pas indispensable, il passe nous prendre pour déjeuner ".
Il est déjà midi, je cours vite fait à la salle de bains, quand j'en ressors, j'entends la voix de Pat'. Je lui crie :
-" Ca va espèce de fêlé, t'as les photos de MOLLY ? "
-" Ouais ".
-" Et alors, raconte, Marc était à l'heure ? "

Les retrouvailles avec une partie de l'équipe première de ENFER Mag, debout de gauche à droite le très fidèle ami Philippe Bascou, Max Poncelet le technicien en imprimerie et aussi fidèle ami, avec moi après ENFER, pour le mag gratuit Support, mais aussi Line Up, il est le père du crack pilote champion du monde de Karting Julien Poncelet. Au bout Bruno Labati, aujourd'hui il est chez Gibson France. Assis Olivier Garnier, Eric Galinsky l'un des créateurs de ENFER et du fanzine et Alex Mitram.
-" Heureusement qu'il a insisté, j'étais enfermé dans le labo, c'est parce que je voulais fumer une clope, que je l'ai entendu, je n'arrivais pas à mettre la main sur mon briquet, du coup je suis sorti pour en prendre un autre, quel pot ! Les clichés sont merdiques, ils sont trop noirs, tu verras, j'en ai mis plusieurs petits sur la page ".
-" Je suis prêt dans 5 minutes, sers-moi un grand café, j'arrive ".

Je descends, avale mon café d'une traite et nous voilà en route, les bureaux ne sont qu'à 7/8 minutes de la maison et nous nous rendons directement à notre troquet. Pendant le repas nous définissons les grandes lignes pour préparer la réunion avec X et Y.
En déduction, il faut une enveloppe supplémentaire pour payer un surplus de travail, il faut aussi qu'on nous remette le chèque avant pour l'imprimeur, car Patoche ne veut pas mettre sa société en difficulté, comme la confiance ne règne pas, inutile de prendre des risques, nous sommes tous les trois d'accord. Nous envisageons toutes les situations, car nous ne savons pas quelle va être leur réaction, mais nous avons un avantage, nous avons le " bébé " et il est bel et bien fini.

NOTA.
A part, Marc et Eric Villalonga, Philippe Bascou et Alex Mitram, personne d'autre n'a mis les pieds aux bureaux et ne connaissait la structure qui se trouvait à Savigny.
Ainsi tout le monde ignorait, si Avanti possédait, ou non, sa propre machine d'imprimerie.
Puis nous abordons l'avenir : Albumine n'est pas un rédac chef et nous devons leur dire franchement, il faut aussi une secrétaire de rédaction. Retour aux bureaux avec la rage, chacun de nous sait ce qu'il a à faire, mais avant je veux voir les derniers films, pas génial, mais bon….

Je dois absolument savoir si les journalistes sont, ou pas, dépendants d'Albumine. Je les appelle pour leur signaler, que leur magazine ne saurait tarder à voir le jour. Par conséquent nous pouvons déjà étudier le sommaire du numéro 2.
Aussi à la prochaine réunion de rédaction, je les invite à me remettre une liste, d'artistes qu'ils aimeraient voir dans les numéros suivants, dont nous débattrons tous ensemble. Toute l'équipe est super motivée. En agissant de la sorte je court-circuite Albumine.

Conclusion, en quelques minutes, nous avons naturellement conçu le principal du sommaire du numéro 2 : il faut couvrir l'événement, en l'occurrence la venue d'ACCEPT à Paris avec STOCKS, mais aussi celle de Frank MARINO. Le groupe majeur qui s'impose pour la couv', c'est IRON MAIDEN. JUDAS PRIEST fera le complément. On entretient l'esprit " magique " issu du fanzine avec SATAN, ROCK GODDESS, JAGUAR, MANOWAR, LE GRIFFE, sans oublier les traditionnelles rubriques.

NOTA.
Lors de la préparation du numéro 2, il y avait aussi d'autres articles de prévus, mais ils ont servi pour la fabrication du numéro 3, notamment ACID, CROSSFIRE, VULCAIN un article que je n'ai jamais écrit, c'est Touchard qui en est l'auteur, pour lui faire plaisir je l'ai signé car selon lui, cela produirait plus d'impact !!!

J'obtiens facilement un rendez-vous avec X et consort, pour le lendemain, mais nous irons encore au Saint. Pour le numéro d'ISSN, je dois me débrouiller et le prix de vente est fixé à 10F, quant à l'ours j'apprends que le directeur de publication est H " plus has been tu meurs ".

Patoche avance sur la couv' finale, ce matin il a élaboré un sommaire, c'est exactement ça, je n'ai plus qu'à ajouter, les titres, les noms des journalistes et des photographes, sur ma lancée je compose l'ours. Patoche prend les devants, il téléphone à Albumime et lui demande s'il a fait un édito, l'autre lui répond :
-" Ouais je l'ai ici "
-" Tu le lis lentement, nous allons prendre ton texte ", il passe le combiné à son épouse, c'est une affaire qui marche.

Nous pouvons finir la couv'. Je règle les derniers détails avec l'imprimeur par téléphone. Pendant que Patoche termine, nous rangeons tout car c'est le " souk ". Vers 17h le numéro 1 d'ENFER Magazine est prêt pour être roulé.
Une bonne " bouffe " pour fêter ça et nous rentrons. Nous nous installons confortablement et reprenons la critique de notre " produit ", que nous avons commencé au resto. Il en résulte quelques bonnes choses, des moins bonnes, mais aussi des mauvaises.
Bilan : aucune autosatisfaction. Peut nettement mieux faire. Nous nous attardons surtout sur la mauvaise organisation, cette arête ne passe pas du tout et je sais que ce n'est pas de bonne augure.

Deuxième grasse mat', ça fait du bien mais je suis ensuqué et mou, pas de bruit dans la maison, je vais voir l'heure, nous avons rendez vous à 15h, il reste encore 4h devant nous. Patoche est égal à lui-même, cool, il traîne dans la maison, sort voir ses chiens dans le jardin, Madame est grincheuse, boude, rien ne lui convient, aujourd'hui je ne suis pas son pote, j'ai même un mauvais pressentiment. J'en parle à Pat, qui me rassure :
-" Mais non ça va bien se passer, c'est le stress ".

Au Saint, ça caille, ça pue le renfermé et le tabac froid, ce n'est pas l'accueil des grands jours ; On s'installe, nous sortons quelques banalités pour détendre l'atmosphère mais rien n'y fait. X la ramène le premier, il est soucieux de nous apprendre que nous n'avons plus de rédacteur en chef. On s'esclaffe. Je dis :
-" Première bonne nouvelle, j'espère qu'il y en a d'autres, ça un rédac ! ".
X me coupe la parole :
-" Comment on va faire, et les journalistes ? ".
-" Depuis quand vous vous sentez concernés ? " balance Madame sur un ton très désagréable, elle continue :
-" Vous vous êtes inquiétés jusqu'à maintenant ? Je ne me rappelle pas vous avoir vus. Qui parmi vous nous a donné un coup de fil pour prendre des nouvelles, ou se préoccuper de la situation ?
Vous savez ce que c'est un rédacteur en chef ? Certainement pas, ce mec-là c'est un hum hum, en tout cas nous, il nous a mis dans la merde et cette réunion elle est due en partie à cause de lui. ".
Personne ne bronche, Y dit ne pas comprendre ce qui se passe et s'il y avait un problème pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt.

Le gâteau pour fêter les 26 ans, c'est la couverture du premier numéro dans le moindre détail, ce soir-là il a été difficile de découper ce chef d'œuvre, en plus il était tellement bon que nous l'avons terminé sans problème.
Patoche toujours aussi flegmatique prend la parole.
-" Qu'est ce que vous auriez changé ? Foutre un peu plus le bazar ? On a l'habitude de gérer ce genre de situations. Vous vous êtes complètement plantés sur le mec, c'est bien qu'il se casse de lui-même, car nous ne pouvons, ni ne voulons travailler encore avec lui, il nous a coûté de l'argent et nous sommes là pour vous l'annoncer, car nous ne pouvons en subir les conséquences ".
Patoche tend la main vers sa femme, pour qu'elle lui remette le dossier dans lequel il y avait toutes les infos que nous avions préparées, elle ouvre une chemise et contre toute attente balance une facture sur la table en direction de X.
Patoche lève les yeux vers le plafond. Malgré le froid, en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, je viens d'entrevoir la solitude en plein désert. X sourit jaune, il fait suivre la note à Y qui regarde uniquement le total, souffle un grand coup, avant de transmettre le document à sa compagne qui fait des yeux gros comme des pastèques, H est là mais il fait banquette. Patoche n'ose même plus me regarder, il ne peut pas lâcher sa femme, ils vont défendre leurs intérêts et ils détiennent les films.
Est-il conscient que c'est du gagne-petit et qu'à court terme ils vont dégager ?
Je suis dupé, mais je pense avant tout au magazine dont je fais ma bataille, en tout cas, il faut quelqu'un pour diriger le Mag, et personne autour de moi n'en est capable.

La discussion fait rage, je ne dis rien, ne défends personne et ne prends pas position, Y n'entre pas dans la bataille non plus, il observe. Les arguments des uns et des autres ne changent rien, on parle de n'importe quoi, c'est du grand guignol, une vraie cour de récréation.
Petite pause, Y se tourne vers moi et me demande mon avis.
Je vais tenter un truc :
-" Je croyais que nous étions venus boire un coup, car le canard est prêt à partir à l'imprimerie, la photogravure est terminée, alors je ne comprends pas pourquoi tout ce ramdam, nous sommes entre adultes, nous pouvons trouver un arrangement sans s'énerver ! ".
Mes deux compères sont mal à leur tour, Y annonce la couleur, faut revoir la facture à la baisse, il me demande si je connais le montant.
-" Non je n'étais même pas au courant de cette démarche ".
Il me montre la note, je manque de m'étouffer et je m'emporte.
-" C'est du délire ! Un véritable cauchemar ! Vous n'argumentez pas, par-contre vous balancez connerie sur connerie, comme si je n'avais jamais été là. On va reprendre tout depuis le début et c'est moi qui vais arbitrer le coût du surplus. Faut peut-être pas oublier que j'ai aussi bossé, pas question que ce soit vous qui empochiez ma part ! ".
Y saute sur l'occasion ce sera donnant/donnant les films, contre l'oseille.
Madame rétorque, faisant mine de ne plus être associée :
-" Pas question ! C'est Dany qui possède les parts, vous nous devez toute la photocompo et la photogravure, sans oublier qu'il y a encore le journal à rouler et que nous voulons être payés d'avance ".
Je reprends aussi sec :
-" Arrêtez ! Vous n'avez pas d'imprimerie et pour ça je peux me démerder tout seul, après ce coup bas, plus question de vous rétrocéder quoi que ce soit ".

Incroyable, pour un peu de fric, je viens de perdre mon meilleur ami, avec lequel j'ai grandi depuis le berceau.


NOTA.
A aucun moment je ne pouvais prévoir cette stratégie, nous n'en avions même pas discuté dans notre préparation avant de venir, car ça coule de source c'est purement du suicide.

départ de la tournée, Mama's Boys et Scorpions.

En tant qu'associé, je viens de recevoir le coup de grâce et la société Avanti aussi, (lors de la signature chacun de nous s'est vu remettre ses parts sous seing privé, je n'avais pas signé les miennes, je les avais déposées dans un coffre à ma banque, pour partager avec Patoche et son épouse).
Avec cette facture, nous serions contraints d'augmenter le capital de la S.A.R.L. ENFER, et ce n'est pas ce que nous recherchions en prenant 33% des parts. En utilisant cette tactique, mes " amis " me plantent un couteau dans le dos pour récupérer les 33% et me mettre hors du coup, je suis archi piégé. Même si j'accepte de payer 1/3 de cette facture, je suis le dindon de la farce, j'ai trimé gratuitement et pire on me demande de payer mon tribut, en somme chaque jour, chaque nuit, passés aux bureaux pour créer ENFER, j'aurais dû payer avant de commencer à travailler. Je connais tous les systèmes économiques qui se trouvent sur cette terre, mais pas encore celui-là.
J'imagine un lascar qui cherche un bizness - " Bonjour c'est l'ANPE qui m'envoie pour du boulot, combien je dois payer par jour ? " - " 100€ " - " C'est tout, j'comprends pas pourquoi y m'envoillent, chez eux j'paye plus cher, si vous n'avez rien d'autre, j'ai pas l'droit d'le prendre, ben j'rentre chez ouam ".
Je propose à X et Y de nous isoler car j'ai besoin de leur parler. Poliment ils se tournent vers Patoche et sa femme pour savoir s'ils n'y voient pas d'inconvénient. Nous nous éloignons, avec Z, dans un autre coin du club et je m'explique :
-" Chez Avanti il n'y a jamais eu de machine à imprimer, ce poste est sous traité, cette partie je l'ai moi-même gérée, grâce à une personne de ma connaissance, un imprimeur en " chambre " qui a pignon sur rue dans la profession. Fermons la parenthèse et allons à l'essentiel. Effectivement j'ai gardé les parts et c'est heureux. Voici ma proposition, je vous rends ces parts, mais je tiens à ce que ça reste entre nous. En échange, vous faites ce qu'ils ont réclamé, contre la remise des films, vous réglez intégralement, les frais de la photocomposition et de la photogravure. Il vous reste à payer l'imprimeur directement. Je me charge de tout le reste et vous garantis que le " bébé " arrivera dans les kiosques. La facture du surplus, doit indubitablement être revue à la baisse, il y a entre autres, ma part de boulot à déduire, mais il faut la jouer fine à cause du prochain numéro, il faut le commencer de toute urgence et le faire avec eux. Ils n'ont pas les moyens de refuser, vous êtes en retard et vous ne pouvez trouver quelqu'un aussi rapidement, à partir de maintenant vous avez des délais à respecter vis à vis des NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne). Vous devez vite prendre une décision car nous sommes pressés par le temps, je vais vous laisser vous concerter, à moins que vous ayez une autre idée ? ".
-" Et toi dans tout ça, après la sortie du n° 1 tu fais quoi ?". Répond Y.
-" Ca dépend de vous, vous n'avez jamais eu de rédac'chef et vous ne pouvez continuer comme ça avec Avanti, si ça vous intéresse je peux assurer le poste de directeur de la rédaction, et je me charge de toute la fabrication, dans moins d'une semaine une nouvelle équipe sera constituée, elle comprendra la gestion complète des articles et des photos, la photocompo, la maquette, le montage, la photogravure, les plaques et l'imprimerie. Pour ma part, je ne vous cache pas que je souhaiterais bien obtenir ce poste, car le pari est tentant bien sûr et depuis le premier numéro j'en fais aussi une affaire de cœur, car au début ça n'a pas été facile, mais le plus dur a été fait ".
Alors que je me lève pour qu'ils puissent se consulter tranquillement, sans hésiter et sans prendre l'avis de qui que ce soit Y me confirme à ce poste.
Je suis surpris de sa décision, à la fois rapide et autoritaire par rapport à ses associés.
Je suis heureux à l'idée de continuer ENFER, mais toujours écœuré, par le comportement de " mes chers amis " et ne sachant pas quelle va être ma réaction, je ne préfère pas me trouver seul face à eux, je vais faire un tour aux toilettes.
Quelques minutes plus tard nous sommes à nouveau réunis. Y s'adressant directement à Patoche :
-" Voilà ce que nous vous proposons, nous allons vous payer vos prestations, cependant suite à ce qui a été dit ici, vous ne pouvez démentir qu'il vous faut revoir votre dernière facture, c'est nous qui payerons l'imprimerie directement. Maintenant c'est à vous de voir, mais cela ne nous empêche pas de continuer à travailler ensemble, si ça vous intéresse, vous devez nous donner une réponse rapide, ainsi qu'un devis photocompo/photogravure, le reste on s'en occupe ".
Patoche brûle la politesse à son épouse, dépité il reprend les factures et accepte le deal :
-" Nous refaisons toutes les factures et vous préparons aussi un devis pour demain matin. Fournissez-nous les articles, le plus rapidement possible. "
Le lendemain c'est Z qui s'occupe de la transaction, l'affaire est vite classée. De mon côté je fixe, avec l'imprimeur, le rendez-vous pour rouler le premier numéro d'ENFER Magazine et préviens mon imprimeur en " chambre " qui se doit d'être là, bien entendu.

Cette situation m'oblige à prendre possession de mes nouveaux quartiers et je dois, non sans douleur, m'installer dans les locaux sordides de la rue de Romainville. Côtoyer tous les jours la bande à X, dont le médiocre H, c'est une véritable punition. Péjorativement, en ces lieux, ENFER mérite parfaitement son nom.
NOTA.
Jusqu'à aujourd'hui, c'est à dire, à l'aube de ma soixante et unième année, je ne me suis jamais rendu à mon travail à reculons, sauf en cette occasion. Dès le réveil j'étais malade à l'idée de me rendre là-bas, imaginez mes journées.
Le mag' et les journalistes OUI, l'entourage NON.
Par bonheur, cela n'a pas duré longtemps, à partir du numéro 4bis j'ai pu déménager le canard, chez un pote à Boulogne, youpiiiiiii, méga ambiance.


Je revois pour une dernière fois mes anciens " collègues " à l'imprimerie le jour du calage…
ENFIN CA Y EST, JE TIENS LES 32 PAGES DU PREMIER NUMERO D'ENFER MAGAZINE !!!
J'en profite pour informer mon imprimeur en " chambre ", du revirement de la situation et lui signifie par la même occasion, qu'il y a automatiquement une nouvelle équipe de fabrication à mettre en place.

NOTA.
Ce fut le bon choix. Aujourd'hui encore je ne regrette absolument pas d'avoir pris cette décision. Ce Monsieur a toujours été de bon conseil, je l'ai couramment consulté, jusqu'à la stabilisation de notre équipe de fabrication, je suis le seul à l'avoir fréquenté, il est tout le temps resté dans l'ombre d'ENFER magazine. Je veux lui rendre hommage car nous lui devons beaucoup.

Avec Klaus Meine, backstage à Strasbourg, tournée Scorpions / Mama's Boys.
La première semaine je consacre mon temps au numéro deux, je récupère aux plus vite articles et photos et les fais parvenir à Avanti. Mon imprimeur en " chambre " organise plusieurs rendez-vous, où il m'accompagne pour composer cette nouvelle équipe de fabrication.
Le reste du temps je planche dans ma " cellule " :

BILAN.

I°) - Pourquoi il y a une course contre la montre :
a) - Parce que X (monsieur moi je, à l'ego surdimensionné) annonce partout qu'il a monté un canard tout seul, il a peur de passer pour un mytho, et attend avec impatience que le journal paraisse.
b) - Parce que c'est la FHMA, chère à X, qui organise le concert d'ACCEPT, qui ne bénéficie d'aucune pub à l'exception de celle qui se trouve page 23. Le concert ayant lieu le 29 avril, le journal doit paraître avant, (un fiasco financier serait fatal, idem la peur du qu'en-dira-t'on, insupportable pour une personne dotée d'un tel ego). Répétition et insistance très volontaires.
II°) - A travailler dans l'urgence, a eu deux effets :
L'un ultra négatif - Les problèmes avec Avanti, Albumine, les coquilles, un démarrage avec des mauvaises fondations, une équipe dirigeante (dont moi) qui n'a absolument pas les mêmes intérêts et dont les personnalités sont diamétralement opposées.
L'autre positif - Un line up composé de jeunes loups au feeling indéniable, connaisseurs, sympas, dévoués pour la plupart, certains sont quelque peu naïfs, d'autres irresponsables, voire jean-foutre.
III°) - Après ce premier exemplaire, ce sont surtout les chroniques de disques qui m'ont aidé à me faire une petite idée sur quelques journalistes.

RESOLUTIONS.


I°) - Agrandir l'équipe.
II°) - Future stratégie :
- Priorité : être présent sur tous les événements, tournées, concerts et venue des artistes (visite ou promo).
- Créer l'événement auprès des compagnies discographiques et des promoteurs de tournées ou concerts.
- Continuer à découvrir de nouveaux groupes, c'est la qualité première du journal. Il faut garder son concept de base qui fait son originalité, en y ajoutant une bonne dose de créativité, ça séduira le lectorat.
- Traiter de toutes les formes de Hard sans discrimination, en intégrant des journalistes spécialisés dans chaque genre.
- Introduire régulièrement des groupes français, malgré le manque immense de structures en tous genres.
- Retracer la carrière complète des groupes dinosaures avec un disque à disque et un article de fond, si possible agrémenté d'une interview.
III°) - Aider les nouveaux groupes étrangers à s'implanter dans l'hexagone, grâce à des deals discographiques, distribution ou production.
IV°) - Prendre des contacts avec des confrères étrangers, échange de bons procédés, implantation des mag's (import/export), infos diverses.

CONCLUSIONS.

I°) - Même si leurs photos ne sont pas toutes de super qualité, c'est à cause de leur dévouement que je désigne Marc Villalonga et Lionel Bertin (Prism) principaux photographes du mag, Lionel ayant déjà ses entrées, c'est Marc qui profitera de toutes les exclus.
II°) - Selon leurs disponibilités, ce sont Philippe Bascou, Eric Villalonga, Bruno " Téquila " Khaled et Philippe Touchard que je veux solliciter le plus.
III°) - Il faut que je rencontre un à un, tous les garçons qui veulent rejoindre la bande et dont les noms et compétences sont encore inscrits sur une interminable liste, il y a de tout, même des dessinateurs ou des graphistes.

NOTA.
Avec regret la gente féminine ne s'est jamais manifestée pour apporter son concours, dommage, je suis sûr que cela aurait apporté un plus.


INTERROGATIONS A RESOUDRE RAPIDEMENT.

I°) - Qu'est-ce que la douteuse FHMA et quel lien avec le mag ?
II°) - Vu le vacarme et le va et vient, pour pouvoir me consacrer tranquillement à ma fonction, pourrais-je avoir un bureau avec une porte qui se ferme à clef ?
III°) - Albumine démissionnaire, fournira-t-il une suite sur LED ZEP, et les disques pour les chroniques ?

Mon schéma terminé, j'arrange deux réunions, l'une avec les responsables, l'autre avec les actifs dont certains proposent déjà des articles pour le numéro 3.
Les labels managers et directeurs artistiques ont reçu notre premier exemplaire, parmi eux il y en a quelques-uns qui se manifestent, dont celui qui travaille pour le compte de KROKUS chez Arista.
Le numéro deux n'est pas encore dans les kiosques, que déjà nous obtenons une exclusivité, pour annoncer l'arrivée du dernier album de KROKUS.
On nous propose de faire une interview des musicos, par téléphone, pendant leur tournée US (en compagnie de DEF LEP et Gary MOORE), mais aussi d'organiser un concours.
Que demander de mieux pour un début, donc je décide que pour le numéro 3, c'est KROKUS qui fera la couv', la photo en pages centrales et l'article principal leur seront consacrés, il y aura aussi la grande interview et un concours avec un super premier prix.
Au total 8 pages et la chronique du disque ce qui revient à 1/6 du magazine, celui-ci passant de 32 à 48 pages.
A SUIVRE…

 

- Partie 1 -
- Partie 2 -
- Partie 3 -
- Partie 4 -


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