Pendant
que je fais le point sur les photos, Patoche est
en grande discussion avec Madame, le ton monte, tous deux
s'avancent vers moi, avec une copie d'Eric Galinsky
et m'invitent à la lire. J'ai du mal, Eric
écrit comme un " cochon ", je ne comprends
rien et c'est bourré de fautes.
-" Alors qu'est ce que t'en penses ? "
Je pince mes lèvres tout en hochant la tête,
puis elle me tend le film de l'article d'Eric et
me demande de comparer. Je ne dis rien. Elle ajoute que
pour tous les autres articles c'est semblable et que l'on
ne peut pas continuer comme ça.
|
|
Je
ne le crois pas, mais pourtant, force est de constater que
jusque là, elle a quelque peu remanié et corrigé
tous les articles sans se plaindre. Impossible de lui donner
tort. Je propose de lire et corriger tous les derniers articles,
je récupère le " cadeau ". Je
parcours rapidement l'enquête sur LED ZEP,
la discographie sur AEROSMITH et le document sur
MOTORHEAD, je les balance dare-dare à la compo,
nous les utiliserons tels quels.
Je ne perds pas de temps non plus
avec le rédigé sur ACCEPT, ça
passe il n'y a que deux/trois broutilles à rectifier.
Pendant ce temps Patoche négocie avec une
boîte de photocomposition pour nous épauler,
il appelle aussi une copine à la rescousse pour taper
des textes.
Disponible, il s'improvise coursier et file vers l'autre
Société, porter les travaux sur LED ZEP,
AEROSMITH et MOTORHEAD, sa conjointe a entamé
ACCEPT.
Je me consacre hâtivement aux chroniques de disques,
d'abord je les trie, j'entreprends celles de Garcia,
puis de Labati et Jimenez, ça va, c'est
pas trop prise de tête, je fais la découverte
d'un autre nom celui de Philippe Touchard, une écriture
pas des plus faciles à décrypter, mais je
suis agréablement surpris, car il y a très
peu de fautes d'orthographe. Depuis que nous avons de l'aide,
nous travaillons à la chaîne et ça fonctionne
super bien.
Patoche revient avec de quoi nous restaurer, sandwichs,
fruits, pâtisseries, boissons, café et bonbons,
de quoi tenir un siège de plusieurs jours.
Je jette un coup d'il sur la pendule, il est déjà
14h. Je vais voir à la compo il y a quatorze chroniques
de développées, aussitôt je les maquette,
mais je ne peux faire que les pages 24 et 25.
Un coursier nous dépose une enveloppe avec la compo
des futures pages 11 et 20, Pat va flasher les textes
et passe au montage.
La sonnette retentit, c'est Marc il a des photos
de DEF en noir et blanc. Il me signale que son frère
Eric vient avec un de leurs amis Philippe Bascou.
Marc est libre et propose de donner un coup de pouce.
Je lui suggère de travailler sur les news avec la
" demoiselle ", il faut juste les classer par
pays et lui faire des paquets.
NOTA.
A partir de ce jour, Marc devient mon principal acolyte
et il est de toutes mes activités jusqu'au moment
où je tire ma révérence au show biz
en 1991.
Patoche
me dit de bousculer Albumine et prévenir X et Y,
que ce n'est plus possible de poursuivre dans ces conditions.
Je suis crevé et passablement énervé,
je saute sur le combiné et je m'adresse assez méchamment
au " baltringue ", je lui " crache "
tout d'une traite :
-" Je te signale que pendant que tu glandes dans
ton bouiboui, il y en a qui attendent après toi,
on fait ton boulot, pour qu'en finale tu te la pètes
quand le magazine paraitra, tu me dis oui ou merde, as-tu
les photos d'ACCEPT, de MOLLY HATCHET, deux
pochettes d'AEROS, mais aussi celles des chroniques
et de quoi finir LED ZEP, je veux juste savoir si
je dois me débrouiller seul ? "
Quand je repose le combiné, je m'adresse à
tout le monde :
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|
-"
Nous n'avons rien pour ACCEPT mais ce n'est pas
un problème, le gars qui s'occupe de l'international
chez Polydor, Claude Ismaël est un copain.
Y a rien non plus pour MOLLY HATCHET, mais ce n'est
pas un souci non plus, je vais appeler aux States Pat Armstrong
qui se trouve à Orlando, demain tout sera ok pour les
deux groupes. Pour les pochettes de disques tout sera prêt
aujourd'hui, vers 17h à Montpar' et pour les photos
du ZEP il faut voir avec Lionel ".
Patoche en colère veut les pochettes au plus
vite. Mais comment les récupérer ?
Marc intervient aussitôt, il a des photos de
MOLLY et il ajoute, puisque son frère doit venir,
il pourra nous dépanner, car il est véhiculé.
Il est 16h quand je parle avec mon pote Claude, il
possède des photos d'ACCEPT et nous les envoie
par coursier.
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|
Dix
minutes plus tard, je contacte Lionel il a des photos
du ZEP, il les déposera chez Albumine, puisque
nous devons y passer. Eric et Philippe arrivent,
nous avons à peine le temps de faire connaissance,
Marc les avertit :
" Il y a le feu, il faut partir d'urgence à
Montpar', je vous raconterai tout pendant le trajet mais là
il faut se magner ".
Un coursier nous apporte des photos d'ACCEPT, avant
de repartir il nous prie de téléphoner à
Claude, j'ouvre la boîte il y a une dizaine de
clichés tous de mauvaise qualité mais nous n'avons
pas le choix, je fais le point avec Claude et salue
son gars.
2 heures plus tard, j'aperçois mes trois " livreurs
" du moment, Patoche se jette sur Marc,
il lui arrache le colis des mains et regarde les pochettes
une à une, le verdict tombe :
-" Pour certaines pochettes ça va être
crade à cause des couleurs, puisque que nous faisons
du noir et blanc, ce qui va nous sauver c'est que nous réduisons
un max ".
Puis il ouvre l'enveloppe qui contient les photos du ZEP
:
-" C'est mauvais, c'est étonnant de la part
de Lionel, après ce que j'ai vu ".
Avant de filer dans son labo avec tout ce matériel,
il donne un coup de fil pour savoir où en est la compo
du ZEP, nous n'aurons le texte que vers 22h.
Je reçois vite fait Eric et Philippe,
le courant passe super bien, je leur suggère de faire
dès que possible des chroniques de disques pour le
prochain numéro et si ça " gaze ",
ils rallieront l'équipe. Marc nous assure les
photos de MOLLY pour demain matin 10h.
Les filles me disent qu'en compo, il manque quelques chroniques
de disques. Il en reste quelques unes à corriger, un
bon coup de manivelle et c'est parti.
Je reprends les news et fais quelques corrections, je maquette
les dernières pages disques et je poursuis sur le montage
non stop. Patoche n'arrête pas, les moteurs tournent
à fond. Les fenêtres sont toutes grandes ouvertes,
mais il fait une chaleur étouffante.
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|
Quand
la compo du ZEP nous parvient, il est quand même
1h du mat, je la parcours, je trouve ça chiatique,
dix lignes plus tard j'abdique, je la pose sur une table,
laissant à Pat' le soin de faire la maquette.
Le compte à rebours commence, les films arrivent un
par un, page 24, 25, 11, 10. Je découvre la page 23
avec la pub pour le concert ACCEPT/STOCKS, (ce
dernier étant mon groupe chouchou du moment, je suis
resté proche des musiciens, pendant quelque temps,
je faisais assidûment l'aller et retour Paris/Lille),
je trouve que Patoche a été inspiré
et je le félicite.
3h, il n'y a plus une seule tasse de propre, je fais la vaisselle
et sers du café pour tout le monde. D'autres films
me sont transmis, pages 14, 15, 20, puis c'est autour des
news. " The boss " sort de son labo, il me tend
les dernières chroniques de disques, il a une tronche
de déterré, il tire un fauteuil, s'écroule
lourdement dedans et me demande le chemin de fer. Je lui file
en lui faisant un clin d'il optimiste, il esquisse un
sourire et parcourt le doc. Il relève la tête
et me questionne :
-" Tu penses que Marc sera vraiment là à
10h ?".
-" Il s'est engagé, faisons-lui confiance
".
-" Il ne reste plus grand-chose à dormir, je
finis tout demain, LED ZEP, MOLLY et la couv' avec les accroches.
Toi tu gères le n° d'ISSN et le prix de vente,
tu donneras le sommaire et l'ours aux filles, et tu te démerdes
pour l'édito. Allez, on ferme ! ".
Pendant que chacun s'apprête je demande confirmation.
-" Si j'ai bien compris, demain on boucle le n°
1 "
-" Ouais mais ça reste entre nous, il faut
choper les autres avant, pour faire le point. Il y a le boulot
qu'Albumine n'a pas fait, t'as vu la merde que ça a
foutu, on ne va pas non plus s'asseoir sur les heures sups
et la sous-traitance ".
-" Demain, je fixe un rendez-vous avec eux, et si
possible dans un endroit neutre cette fois-ci. Vu ce
qu'il reste à prendre en compo, on va vite terminer,
ça va permettre à ta femme de préparer
un dossier complet à leur présenter.
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|
Après
le bouclage on en discute, on se tape une bonne nuit de sommeil
et on va les voir ".
A mon réveil j'ai la sensation d'avoir bien dormi, j'en
conclus que tout le monde dort encore ?
J'enfile mon ben à toute vitesse (un pantalon en
argot), et je songe aux photos de MOLLY, je vais
jusqu'à la chambre de mes compères, je frappe
à la porte, pas de réponse, je la pousse doucement,
personne ! Je me mets à gueuler :
-" Patoche t'es là ? "
Sa femme est au rez-de-chaussée et me répond :
-" Non il est parti tout seul ce matin, mais j'ai
trouvé un mot sur la table, il nous dit que le temps
qu'il fasse les derniers films, notre présence n'était
pas indispensable, il passe nous prendre pour déjeuner
".
Il est déjà midi, je cours vite fait à
la salle de bains, quand j'en ressors, j'entends la voix de
Pat'. Je lui crie :
-" Ca va espèce de fêlé, t'as
les photos de MOLLY ? "
-" Ouais ".
-" Et alors, raconte, Marc était à l'heure
? "
|
Les
retrouvailles avec une partie de l'équipe première
de ENFER Mag, debout de gauche à droite le
très fidèle ami Philippe Bascou, Max
Poncelet le technicien en imprimerie et aussi fidèle
ami, avec moi après ENFER, pour le mag gratuit
Support, mais aussi Line Up, il est le père
du crack pilote champion du monde de Karting Julien
Poncelet. Au bout Bruno Labati, aujourd'hui il est
chez Gibson France. Assis Olivier Garnier, Eric Galinsky
l'un des créateurs de ENFER et du fanzine et
Alex Mitram. |
|
|
-"
Heureusement qu'il a insisté, j'étais enfermé
dans le labo, c'est parce que je voulais fumer une clope,
que je l'ai entendu, je n'arrivais pas à mettre la
main sur mon briquet, du coup je suis sorti pour en prendre
un autre, quel pot ! Les clichés sont merdiques, ils
sont trop noirs, tu verras, j'en ai mis plusieurs petits sur
la page ".
-" Je suis prêt dans 5 minutes, sers-moi un
grand café, j'arrive ".
Je descends, avale mon café d'une traite et nous voilà
en route, les bureaux ne sont qu'à 7/8 minutes de la
maison et nous nous rendons directement à notre troquet.
Pendant le repas nous définissons les grandes lignes
pour préparer la réunion avec X et Y.
En déduction, il faut une enveloppe supplémentaire
pour payer un surplus de travail, il faut aussi qu'on nous
remette le chèque avant pour l'imprimeur, car Patoche
ne veut pas mettre sa société en difficulté,
comme la confiance ne règne pas, inutile de prendre
des risques, nous sommes tous les trois d'accord. Nous envisageons
toutes les situations, car nous ne savons pas quelle va être
leur réaction, mais nous avons un avantage, nous avons
le " bébé " et il est bel et bien
fini.
NOTA.
A part, Marc et Eric Villalonga, Philippe Bascou et Alex Mitram,
personne d'autre n'a mis les pieds aux bureaux et ne connaissait
la structure qui se trouvait à Savigny.
Ainsi tout le monde ignorait, si Avanti possédait,
ou non, sa propre machine d'imprimerie.
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Puis
nous abordons l'avenir : Albumine n'est pas un rédac
chef et nous devons leur dire franchement, il faut aussi une
secrétaire de rédaction. Retour aux bureaux
avec la rage, chacun de nous sait ce qu'il a à faire,
mais avant je veux voir les derniers films, pas génial,
mais bon
.
Je dois absolument savoir si les journalistes sont, ou pas,
dépendants d'Albumine. Je les appelle pour leur signaler,
que leur magazine ne saurait tarder à voir le jour.
Par conséquent nous pouvons déjà étudier
le sommaire du numéro 2.
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Aussi
à la prochaine réunion de rédaction,
je les invite à me remettre une liste, d'artistes qu'ils
aimeraient voir dans les numéros suivants, dont nous
débattrons tous ensemble. Toute l'équipe est
super motivée. En agissant de la sorte je court-circuite
Albumine.
Conclusion, en quelques minutes, nous avons naturellement
conçu le principal du sommaire du numéro
2 : il faut couvrir l'événement, en
l'occurrence la venue d'ACCEPT à Paris avec
STOCKS, mais aussi celle de Frank MARINO. Le
groupe majeur qui s'impose pour la couv', c'est IRON MAIDEN.
JUDAS PRIEST fera le complément. On entretient l'esprit
" magique " issu du fanzine avec SATAN, ROCK
GODDESS, JAGUAR, MANOWAR, LE GRIFFE,
sans oublier les traditionnelles rubriques.
NOTA.
Lors de la préparation du numéro 2, il y avait
aussi d'autres articles de prévus, mais ils ont servi
pour la fabrication du numéro 3, notamment ACID, CROSSFIRE,
VULCAIN un article que je n'ai jamais écrit, c'est
Touchard qui en est l'auteur, pour lui faire plaisir je l'ai
signé car selon lui, cela produirait plus d'impact
!!!
J'obtiens facilement un rendez-vous avec X et consort,
pour le lendemain, mais nous irons encore au Saint. Pour le
numéro d'ISSN, je dois me débrouiller et le
prix de vente est fixé à 10F, quant à
l'ours j'apprends que le directeur de publication est H "
plus has been tu meurs ".
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Patoche
avance sur la couv' finale, ce matin il a élaboré
un sommaire, c'est exactement ça, je n'ai plus qu'à
ajouter, les titres, les noms des journalistes et des photographes,
sur ma lancée je compose l'ours. Patoche prend
les devants, il téléphone à Albumime
et lui demande s'il a fait un édito, l'autre lui répond
:
-" Ouais je l'ai ici "
-" Tu le lis lentement, nous allons prendre ton texte
", il passe le combiné à son épouse,
c'est une affaire qui marche.
Nous pouvons finir la couv'. Je règle les derniers
détails avec l'imprimeur par téléphone.
Pendant que Patoche termine, nous rangeons tout car
c'est le " souk ". Vers 17h le numéro 1 d'ENFER
Magazine est prêt pour être roulé.
Une bonne " bouffe " pour fêter ça
et nous rentrons. Nous nous installons confortablement et
reprenons la critique de notre " produit ", que
nous avons commencé au resto. Il en résulte
quelques bonnes choses, des moins bonnes, mais aussi des mauvaises.
Bilan : aucune autosatisfaction. Peut nettement
mieux faire. Nous nous attardons surtout sur la mauvaise organisation,
cette arête ne passe pas du tout et je sais que ce n'est
pas de bonne augure.
|
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Deuxième
grasse mat', ça fait du bien mais je suis ensuqué
et mou, pas de bruit dans la maison, je vais voir l'heure,
nous avons rendez vous à 15h, il reste encore 4h devant
nous. Patoche est égal à lui-même,
cool, il traîne dans la maison, sort voir ses chiens
dans le jardin, Madame est grincheuse, boude, rien ne lui
convient, aujourd'hui je ne suis pas son pote, j'ai même
un mauvais pressentiment. J'en parle à Pat,
qui me rassure :
-" Mais non ça va bien se passer, c'est le
stress ".
Au Saint, ça caille, ça pue le renfermé
et le tabac froid, ce n'est pas l'accueil des grands jours
; On s'installe, nous sortons quelques banalités pour
détendre l'atmosphère mais rien n'y fait. X
la ramène le premier, il est soucieux de nous apprendre
que nous n'avons plus de rédacteur en chef. On s'esclaffe.
Je dis :
-" Première bonne nouvelle, j'espère
qu'il y en a d'autres, ça un rédac ! ".
X me coupe la parole :
-" Comment on va faire, et les journalistes ? ".
-" Depuis quand vous vous sentez concernés
? " balance Madame sur un ton très désagréable,
elle continue :
-" Vous vous êtes inquiétés jusqu'à
maintenant ? Je ne me rappelle pas vous avoir vus. Qui parmi
vous nous a donné un coup de fil pour prendre des nouvelles,
ou se préoccuper de la situation ?
Vous savez ce que c'est un rédacteur en chef ? Certainement
pas, ce mec-là c'est un hum hum, en tout cas nous,
il nous a mis dans la merde et cette réunion elle est
due en partie à cause de lui. ".
Personne ne bronche, Y dit ne pas comprendre ce qui se passe
et s'il y avait un problème pourquoi ne pas l'avoir
dit plus tôt.
|
Le
gâteau pour fêter les 26 ans, c'est la
couverture du premier numéro dans le moindre
détail, ce soir-là il a été
difficile de découper ce chef d'uvre,
en plus il était tellement bon que nous l'avons
terminé sans problème. |
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|
Patoche
toujours aussi flegmatique prend la parole.
-" Qu'est ce que vous auriez changé ? Foutre
un peu plus le bazar ? On a l'habitude de gérer ce
genre de situations. Vous vous êtes complètement
plantés sur le mec, c'est bien qu'il se casse de lui-même,
car nous ne pouvons, ni ne voulons travailler encore avec
lui, il nous a coûté de l'argent et nous sommes
là pour vous l'annoncer, car nous ne pouvons en subir
les conséquences ".
|
|
Patoche
tend la main vers sa femme, pour qu'elle lui remette le dossier
dans lequel il y avait toutes les infos que nous avions préparées,
elle ouvre une chemise et contre toute attente balance une
facture sur la table en direction de X.
Patoche lève les yeux vers le plafond. Malgré
le froid, en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire,
je viens d'entrevoir la solitude en plein désert. X
sourit jaune, il fait suivre la note à Y qui regarde
uniquement le total, souffle un grand coup, avant de transmettre
le document à sa compagne qui fait des yeux gros comme
des pastèques, H est là mais il fait banquette.
Patoche n'ose même plus me regarder, il ne peut
pas lâcher sa femme, ils vont défendre leurs
intérêts et ils détiennent les films.
Est-il conscient que c'est du gagne-petit et qu'à court
terme ils vont dégager ?
Je suis dupé, mais je pense avant tout au magazine dont
je fais ma bataille, en tout cas, il faut quelqu'un pour diriger
le Mag, et personne autour de moi n'en est capable.
La discussion fait rage, je ne dis rien, ne défends
personne et ne prends pas position, Y n'entre pas dans la
bataille non plus, il observe. Les arguments des uns et des
autres ne changent rien, on parle de n'importe quoi, c'est
du grand guignol, une vraie cour de récréation.
|
Petite
pause, Y se tourne vers moi et me demande mon avis.
Je vais tenter un truc :
-" Je croyais que nous étions venus boire un
coup, car le canard est prêt à partir à
l'imprimerie, la photogravure est terminée, alors je
ne comprends pas pourquoi tout ce ramdam, nous sommes entre
adultes, nous pouvons trouver un arrangement sans s'énerver
! ".
Mes deux compères sont mal à leur tour, Y annonce
la couleur, faut revoir la facture à la baisse, il me
demande si je connais le montant.
-" Non je n'étais même pas au courant
de cette démarche ".
Il me montre la note, je manque de m'étouffer et je m'emporte. |
|
-"
C'est du délire ! Un véritable cauchemar
! Vous n'argumentez pas, par-contre vous balancez connerie
sur connerie, comme si je n'avais jamais été
là. On va reprendre tout depuis le début et
c'est moi qui vais arbitrer le coût du surplus. Faut
peut-être pas oublier que j'ai aussi bossé, pas
question que ce soit vous qui empochiez ma part ! ".
Y saute sur l'occasion ce sera donnant/donnant les films, contre
l'oseille.
Madame rétorque, faisant mine de ne plus être associée
:
-" Pas question ! C'est Dany qui possède les
parts, vous nous devez toute la photocompo et la photogravure,
sans oublier qu'il y a encore le journal à rouler et
que nous voulons être payés d'avance ".
Je reprends aussi sec :
-" Arrêtez ! Vous n'avez pas d'imprimerie et
pour ça je peux me démerder tout seul, après
ce coup bas, plus question de vous rétrocéder
quoi que ce soit ".
Incroyable, pour un peu de fric, je viens de perdre mon meilleur
ami, avec lequel j'ai grandi depuis le berceau.
NOTA.
A aucun moment je ne pouvais prévoir cette stratégie,
nous n'en avions même pas discuté dans notre
préparation avant de venir, car ça coule de
source c'est purement du suicide. |
départ
de la tournée, Mama's Boys et Scorpions.
|
|
En tant qu'associé, je viens de recevoir le coup de
grâce et la société Avanti aussi, (lors
de la signature chacun de nous s'est vu remettre ses parts
sous seing privé, je n'avais pas signé les miennes,
je les avais déposées dans un coffre à
ma banque, pour partager avec Patoche et son épouse).
Avec cette facture, nous serions contraints d'augmenter le
capital de la S.A.R.L. ENFER, et ce n'est pas ce que
nous recherchions en prenant 33% des parts. En utilisant cette
tactique, mes " amis " me plantent un couteau dans
le dos pour récupérer les 33% et me mettre hors
du coup, je suis archi piégé. Même si
j'accepte de payer 1/3 de cette facture, je suis le dindon
de la farce, j'ai trimé gratuitement et pire on me
demande de payer mon tribut, en somme chaque jour, chaque
nuit, passés aux bureaux pour créer ENFER,
j'aurais dû payer avant de commencer à travailler.
Je connais tous les systèmes économiques qui
se trouvent sur cette terre, mais pas encore celui-là.
J'imagine un lascar qui cherche un bizness - " Bonjour
c'est l'ANPE qui m'envoie pour du boulot, combien je dois
payer par jour ? " - " 100€ "
- " C'est tout, j'comprends pas pourquoi y m'envoillent,
chez eux j'paye plus cher, si vous n'avez rien d'autre, j'ai
pas l'droit d'le prendre, ben j'rentre chez ouam ". Je
propose à X et Y de nous isoler car j'ai besoin de
leur parler. Poliment ils se tournent vers Patoche et sa femme pour savoir s'ils n'y voient pas d'inconvénient.
Nous nous éloignons, avec Z, dans un autre coin du
club et je m'explique :
|
|
-" Chez Avanti il n'y a jamais eu de machine à
imprimer, ce poste est sous traité, cette partie je
l'ai moi-même gérée, grâce à
une personne de ma connaissance, un imprimeur en " chambre
" qui a pignon sur rue dans la profession. Fermons la
parenthèse et allons à l'essentiel. Effectivement
j'ai gardé les parts et c'est heureux. Voici ma proposition,
je vous rends ces parts, mais je tiens à ce que ça
reste entre nous. En échange, vous faites ce qu'ils
ont réclamé, contre la remise des films, vous
réglez intégralement, les frais de la photocomposition
et de la photogravure. Il vous reste à payer l'imprimeur
directement. Je me charge de tout le reste et vous garantis
que le " bébé " arrivera dans les
kiosques. La facture du surplus, doit indubitablement être
revue à la baisse, il y a entre autres, ma part de
boulot à déduire, mais il faut la jouer fine
à cause du prochain numéro, il faut le commencer
de toute urgence et le faire avec eux. Ils n'ont pas les moyens
de refuser, vous êtes en retard et vous ne pouvez trouver
quelqu'un aussi rapidement, à partir de maintenant
vous avez des délais à respecter vis à
vis des NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne).
Vous devez vite prendre une décision car nous sommes
pressés par le temps, je vais vous laisser vous concerter,
à moins que vous ayez une autre idée ? ".
-" Et toi dans tout ça, après la sortie
du n° 1 tu fais quoi ?". Répond Y.
-" Ca dépend de vous, vous n'avez jamais eu
de rédac'chef et vous ne pouvez continuer comme ça
avec Avanti, si ça vous intéresse je peux assurer
le poste de directeur de la rédaction, et je me charge
de toute la fabrication, dans moins d'une semaine une nouvelle
équipe sera constituée, elle comprendra la gestion
complète des articles et des photos, la photocompo,
la maquette, le montage, la photogravure, les plaques et l'imprimerie.
Pour ma part, je ne vous cache pas que je souhaiterais bien
obtenir ce poste, car le pari est tentant bien sûr et
depuis le premier numéro j'en fais aussi une affaire
de cur, car au début ça n'a pas été
facile, mais le plus dur a été fait ".
Alors que je me lève pour qu'ils puissent se consulter
tranquillement, sans hésiter et sans prendre l'avis de
qui que ce soit Y me confirme à ce poste.
Je suis surpris de sa décision, à la fois rapide
et autoritaire par rapport à ses associés. |
|
Je
suis heureux à l'idée de continuer ENFER, mais
toujours écuré, par le comportement de "
mes chers amis " et ne sachant pas quelle va être
ma réaction, je ne préfère pas me trouver
seul face à eux, je vais faire un tour aux toilettes.
Quelques minutes plus tard nous sommes à nouveau réunis.
Y s'adressant directement à Patoche :
-" Voilà ce que nous vous proposons, nous allons
vous payer vos prestations, cependant suite à ce qui
a été dit ici, vous ne pouvez démentir
qu'il vous faut revoir votre dernière facture, c'est
nous qui payerons l'imprimerie directement. Maintenant c'est
à vous de voir, mais cela ne nous empêche pas
de continuer à travailler ensemble, si ça vous
intéresse, vous devez nous donner une réponse
rapide, ainsi qu'un devis photocompo/photogravure, le reste
on s'en occupe ".
Patoche brûle la politesse à son épouse,
dépité il reprend les factures et accepte le
deal :
-" Nous refaisons toutes les factures et vous préparons
aussi un devis pour demain matin. Fournissez-nous les articles,
le plus rapidement possible. "
Le lendemain c'est Z qui s'occupe de la transaction, l'affaire
est vite classée. De mon côté je fixe,
avec l'imprimeur, le rendez-vous pour rouler le premier numéro
d'ENFER Magazine et préviens mon imprimeur en
" chambre " qui se doit d'être là,
bien entendu.
Cette situation m'oblige à prendre possession de mes
nouveaux quartiers et je dois, non sans douleur, m'installer
dans les locaux sordides de la rue de Romainville. Côtoyer
tous les jours la bande à X, dont le médiocre
H, c'est une véritable punition. Péjorativement,
en ces lieux, ENFER mérite parfaitement son
nom.
|
|
NOTA.
Jusqu'à aujourd'hui, c'est à dire, à l'aube
de ma soixante et unième année, je ne me suis
jamais rendu à mon travail à reculons, sauf en
cette occasion. Dès le réveil j'étais malade
à l'idée de me rendre là-bas, imaginez
mes journées.
Le mag' et les journalistes OUI, l'entourage NON.
Par bonheur, cela n'a pas duré longtemps, à partir
du numéro 4bis j'ai pu déménager le canard,
chez un pote à Boulogne, youpiiiiiii, méga ambiance.
Je revois pour une dernière fois mes anciens " collègues
" à l'imprimerie le jour du calage
ENFIN CA Y EST, JE TIENS LES 32 PAGES DU PREMIER NUMERO D'ENFER
MAGAZINE !!!
J'en profite pour informer mon imprimeur en " chambre ",
du revirement de la situation et lui signifie par la même
occasion, qu'il y a automatiquement une nouvelle équipe
de fabrication à mettre en place.
NOTA.
Ce fut le bon choix. Aujourd'hui encore je ne regrette absolument
pas d'avoir pris cette décision. Ce Monsieur a toujours
été de bon conseil, je l'ai couramment consulté,
jusqu'à la stabilisation de notre équipe de
fabrication, je suis le seul à l'avoir fréquenté,
il est tout le temps resté dans l'ombre d'ENFER magazine.
Je veux lui rendre hommage car nous lui devons beaucoup.
|
Avec
Klaus Meine, backstage à Strasbourg, tournée
Scorpions / Mama's Boys.
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|
|
La
première semaine je consacre mon temps au numéro
deux, je récupère aux plus vite articles et
photos et les fais parvenir à Avanti. Mon imprimeur
en " chambre " organise plusieurs rendez-vous, où
il m'accompagne pour composer cette nouvelle équipe
de fabrication.
Le reste du temps je planche dans ma " cellule "
:
BILAN.
I°) - Pourquoi il y a une course contre la montre :
a) - Parce que X (monsieur moi je, à l'ego surdimensionné)
annonce partout qu'il a monté un canard tout seul,
il a peur de passer pour un mytho, et attend avec impatience
que le journal paraisse.
b) - Parce que c'est la FHMA, chère à X, qui
organise le concert d'ACCEPT, qui ne bénéficie
d'aucune pub à l'exception de celle qui se trouve page
23. Le concert ayant lieu le 29 avril, le journal doit paraître
avant, (un fiasco financier serait fatal, idem la peur
du qu'en-dira-t'on, insupportable pour une personne dotée
d'un tel ego). Répétition et insistance
très volontaires.
II°) - A travailler dans l'urgence, a eu deux effets :
L'un ultra négatif - Les problèmes avec Avanti,
Albumine, les coquilles, un démarrage avec des mauvaises
fondations, une équipe dirigeante (dont moi) qui
n'a absolument pas les mêmes intérêts et
dont les personnalités sont diamétralement opposées.
L'autre positif - Un line up composé de jeunes loups
au feeling indéniable, connaisseurs, sympas, dévoués
pour la plupart, certains sont quelque peu naïfs, d'autres
irresponsables, voire jean-foutre.
III°) - Après ce premier exemplaire, ce sont surtout
les chroniques de disques qui m'ont aidé à me
faire une petite idée sur quelques journalistes. |
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RESOLUTIONS.
I°) - Agrandir l'équipe.
II°) - Future stratégie :
- Priorité : être présent sur tous les
événements, tournées, concerts et venue
des artistes (visite ou promo).
- Créer l'événement auprès des
compagnies discographiques et des promoteurs de tournées
ou concerts.
- Continuer à découvrir de nouveaux groupes,
c'est la qualité première du journal. Il faut
garder son concept de base qui fait son originalité,
en y ajoutant une bonne dose de créativité,
ça séduira le lectorat.
- Traiter de toutes les formes de Hard sans discrimination,
en intégrant des journalistes spécialisés
dans chaque genre.
- Introduire régulièrement des groupes français,
malgré le manque immense de structures en tous genres.
- Retracer la carrière complète des groupes
dinosaures avec un disque à disque et un article de
fond, si possible agrémenté d'une interview.
III°) - Aider les nouveaux groupes étrangers à
s'implanter dans l'hexagone, grâce à des deals
discographiques, distribution ou production.
IV°) - Prendre des contacts avec des confrères
étrangers, échange de bons procédés,
implantation des mag's (import/export), infos diverses.
CONCLUSIONS.
I°) - Même si leurs photos ne sont pas toutes de
super qualité, c'est à cause de leur dévouement
que je désigne Marc Villalonga et Lionel
Bertin (Prism) principaux photographes du mag, Lionel
ayant déjà ses entrées, c'est Marc
qui profitera de toutes les exclus.
II°) - Selon leurs disponibilités, ce sont Philippe
Bascou, Eric Villalonga, Bruno " Téquila
" Khaled et Philippe Touchard que je veux
solliciter le plus.
III°) - Il faut que je rencontre un à un, tous
les garçons qui veulent rejoindre la bande et dont
les noms et compétences sont encore inscrits sur une
interminable liste, il y a de tout, même des dessinateurs
ou des graphistes.
NOTA.
Avec regret la gente féminine ne s'est jamais manifestée
pour apporter son concours, dommage, je suis sûr que
cela aurait apporté un plus.
INTERROGATIONS A RESOUDRE RAPIDEMENT.
I°) - Qu'est-ce que la douteuse FHMA et quel lien avec
le mag ?
II°) - Vu le vacarme et le va et vient, pour pouvoir me
consacrer tranquillement à ma fonction, pourrais-je
avoir un bureau avec une porte qui se ferme à clef
?
III°) - Albumine démissionnaire, fournira-t-il
une suite sur LED ZEP, et les disques pour les chroniques
?
Mon schéma terminé, j'arrange deux réunions,
l'une avec les responsables, l'autre avec les actifs dont
certains proposent déjà des articles pour le
numéro 3.
Les labels managers et directeurs artistiques ont reçu
notre premier exemplaire, parmi eux il y en a quelques-uns
qui se manifestent, dont celui qui travaille pour le compte
de KROKUS chez Arista.
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Le
numéro deux n'est pas encore dans les kiosques, que
déjà nous obtenons une exclusivité, pour
annoncer l'arrivée du dernier album de KROKUS.
On nous propose de faire une interview des musicos, par téléphone,
pendant leur tournée US (en compagnie de DEF LEP
et Gary MOORE), mais aussi d'organiser un concours.
Que demander de mieux pour un début, donc je décide
que pour le numéro 3, c'est KROKUS qui fera
la couv', la photo en pages centrales et l'article principal
leur seront consacrés, il y aura aussi la grande interview
et un concours avec un super premier prix.
Au total 8 pages et la chronique du disque ce qui revient à
1/6 du magazine, celui-ci passant de 32 à 48 pages.
A SUIVRE
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