DANY TERBECHE
(Enfer Magazine)

- Partie 1 -

 

Décembre 2009

Propos recueillis par Frank Berlez pour le compte de www.hardrock80.com
Photos : collection privée de Dany Terbeche - utilisées avec son aimable autorisation - copyright, toute reproduction ou utilisation interdite.

Mise en page Joel "JoeHell" Jusmet



Vu Fois




 
Dany, fondateur d'ENFER MAGAZINE dans des conditions qui n'auront bientôt plus aucun secret pour vous, nous fait l'honneur de revenir sur un parcours consacré depuis toujours au développement de notre musique préférée. L'épisode d'ENFER en constitue évidemment le point d'orgue pour la plupart d'entre nous, bercés, élevés, éduqués à la lecture de ce précurseur de la presse Hard Rock mais cette aventure prend racine à une époque où le Hard n'était encore qu'une évolution en devenir du Rock. Un énorme et collégial MERCI à Dany pour nous faire entrer au plus près des joies et difficultés de la création d'un magazine…
Précisons que certaines personnes citées ont vu leur nom remplacé volontairement par une initiale à la demande du site Hard Rock 80, demande qui a été acceptée par Dany et nous l'en remercions.


INTRODUCTION


En 1960, quand Johnny Hallyday sort son 1er 45t, j'ai 12 ans et par chance je côtoie 4 étudiants fêlés de jazz qui me font découvrir Gene VINCENT, Buddy HOLLY ou Bo DIDDLEY. Leur discothèque est superbe, ils sont fourrés aux Puces tous les week-end à la recherche d'imports américains, à cette époque, ce marché c'est la " caverne d'Ali Baba ", certaines boutiques ne vendent que de l'import US (vêtements, disques, gadgets…).
En 1962, je traîne aux Puces avec mon cousin Abdallah BRAIK batteur des OUTLAWS. Alors que nous fouillons dans un bac, à la recherche d'un brûlot des COASTERS, un client demande à écouter un disque, et dès les premières notes une tornade m'arrive en pleine gueule, une voix sortie de nulle part, mais quelle voix ! Ca m'a soudainement donné l'envie de devenir chanteur. (Le groupe originaire de Baltimore avec le chanteur Frank BONARRIGO, THE LAFAYETTES avec le morceau Nobody But You). J'apprends tous les standards, Memphis Tennessee, Peggy Sue, Long Tall Sally, Hey Bo Diddley, etc…
Je me lance à la recherche de musiciens, je bouge beaucoup, les répétitions commencent et les premiers petits concerts aussi. Je n'arrête pas, je m'active encore et toujours, mais ça ne me convient pas.
En 1964, je découvre le Golf Drouot, mais n'y vais que de temps à autre faute de moyen et le métro fermant ses portes vers 1h du mat, je n'en profite que trois heures et reste sur ma faim.

Heureusement, pour me remonter le moral, il y a la bible du Rock, DISCO REVUE. On y trouve toute la mouvance de la New British Génération, les BEATLES et les ROLLING STONES bien sûr, mais aussi les KINKS, les ANIMALS, les YARDBIRDS, les SWINGING BLUE JEANS et j'en passe.

En 1965, avec Patoche mon ami d'enfance, nous fréquentons de plus en plus le Golf, nous ramenons des disques rares, que Jean Claude BERTHON passe sur une modeste platine nichée contre un poteau. Je croise des groupes, sympathise avec les 'sicos, je note des numéros de téléphone de photographes, de coiffeurs, de managers, mon répertoire ne me quitte plus et je le noircis autant que je peux. Mon " pote " Patoche a un an de plus que moi en 1966, il a 19 ans et bosse comme photograveur dans une imprimerie, où tout le monde l'aime bien.

1962, " on stage ", j'avais 14 ans.
En fin d'année scolaire, l'école de mon quartier organise une fête, plusieurs groupes et artistes se présentent, mais je veux être de l'affiche; alors Patoche me dit :

-" Tu vas y aller avec des photos format carte postale et des affiches 40 X 60, viens ce soir avec ton groupe, on fera des photos et je me charge du reste, t'auras pas une thune à cracher ".
Une semaine plus tard, je signe le contrat, étant le seul à proposer des affiches, ceci convenant bien financièrement au directeur, quelle aubaine, il suffisait juste de rajouter un bandeau pour annoncer le spectacle.

1965, à gauche c'est Dany, au centre des copains colleurs d'affiches et autres…, à droite Patoche.
Grâce à l'idée de Patoche et le soutien des gars de sa boite, nous commençons à rendre des services à pas mal de groupes qui n'ont pas les moyens d'avoir leurs affiches. Du coup, après leurs journées de boulot, le soir je rejoins Patoche et l'équipe et me familiarise aux techniques de l'imprimerie. Ce n'est pas tout, il faut aussi coller les affiches, dès lors je forme une équipe avec quelques copains et la nuit nous allons couvrir les murs de Paris et sa banlieue, cela nous permet aussi de faire un peu de blé, car nous sommes souvent abordés par des gens qui nous sollicitent pour le collage de leurs affiches, les structures d'aujourd'hui n'existant pas.
Cette même année, Rock & Folk naît, annonçant la mort de Disco Revue et Jean Claude BERTHON entreprend l'ouverture de la LOCOMOTIVE. Les groupes poussent dans tous les coins de la capitale à la banlieue, c'est aussi la valse des musiciens, les line up changent semaine après semaine.
Je ne suis pas épargné, jusqu'au jour où les HOOLIGANS virent leur chanteur. Je regagne une formation qui tient la route, Francis le gratteux est considéré comme l'un des meilleurs et en plus il possède un matos d'enfer. Grâce à ce groupe, je réalise quand même mon rêve : monter sur la scène du Golf, je ne suis guère fier de ma prestation de ce jour, mais bon….
Dans le même temps avec mon carnet d'adresses, je mets les gens en relation, de plus en plus, on fait appel à mes services. Je vais voir des groupes en répét, certains me demandent des conseils sur leurs compos, d'autres recherchent un camion pour le matos, car il faut assurer un concert à 100 bornes. Je monte aussi des petits concerts et ayant besoin de louer fréquemment du matos, je fréquente les boutiques de Pigalle.

Les années suivantes, je chante plus dans notre salle de répét que devant un public, du coup je m'oriente davantage vers le management et des opérations de promo, j'écris mes premiers articles dans des fanzines confidentiels.

Après les évènements de 1968, Gérard BERNAR, le maquettiste du feu DISCO REVUE fonde BEST, dans les milieux musicaux, c'est l'effervescence, la jeunesse se libère.

En 1969, je suis de plus en plus sollicité, j'organise avec Adrien NATAFF le concert de SOFT MACHINE, dans une vulgaire salle de cinéma qui deviendra plus tard le BATACLAN.
C'est l'explosion du Rock, de plus en plus de groupes me demandent de les manager, les boites de nuits se multiplient, je deviens DJ, je reste 1 mois dans un club, 15 jours ou 3 mois dans un autre, parfois je suis pris comme public-relations, je suis même appelé à Vierzon où je deviens directeur d'une superbe boîte. En 1970, je rencontre Bernard Yves GUILCHER qui est pigiste chez BEST, ensemble nous faisons quelques papiers et organisons la venue de FREE à Paris.
Cette même année ce sont les Halles de Paris qui commencent leur déménagement pour Rungis, aussi des immenses bâtiments vont rester vides car l'évacuation doit durer jusqu'en 1973.
C'est Christian HASSINGER qui est chargé d'organiser tous genres de manifestations, dans ces grandes masures. Lorsqu'il me téléphone pour bosser ensemble sur le projet, je sais que là je tourne une page, c'est du sérieux, du béton, pas droit à l'erreur, pas de deuxième chance car la place est convoitée par tous les requins.
J'arrête donc le chant et je garde quelques groupes en management, parmi ces musiciens talentueux, certains ont ensuite fait parler d'eux.
Nous débutions par un festival rock, le premier du genre et il a lieu en plein centre de la capitale et ce, pendant trois jours, avec en clôture " The Big " DEEP PURPLE.
Cette même année, nous monterons toutes sortes de manifestations, j'apprends et j'apprends encore, chaque jour il y a quelque chose de nouveau.
D'autres concerts s'ensuivent, dont celui d'Alexis KORNER, avec en première partie Ferré GRIGNARD, dont je deviens le manager aussitôt après le concert.

1972, mon groupe Portrait, complètement à droite Gérard Lay, (RIP) (guitare) rejoint le Bonheur Des Dames, Le Splendid, Coluche…
Mais celui qui me marquera le plus, c'est celui de SUN RA, accompagné, contre toute attente, de membres des BLACK PANTHERS (Mouvement révolutionnaire Afro-américain créé en 1966).
Nous devons ouvrir les portes à 19h, mais SUN RA décide de retarder le concert sans donner de raisons. Le public est venu nombreux, c'est noir de monde, à 20h nous sommes sûrs d'être " sold out ", je l'annonce au manager de SUN RA, car nous craignons un problème.

1972, dernières photos sessions pour Pathé et Warner.
Aussitôt SUN RA descend avec ses musiciens vêtus de costumes extraordinaires, suivis des Black Panthers dans leurs tenues traditionnelles, tout ce monde emboîte, en silence, le pas de SUN RA, qui se dirige vers la sortie, un service d'ordre pas du tout improvisé ouvre les portes et forme une barrière humaine, et SUN RA calmement explique à son public que nous allons tous manifester, dans le calme, autour des halles " contre la ségrégation qui sévit aux States ". C'était unique, je crois que seul John LENNON aurait pu faire ça.
Le concert ne débute que vers 22h, mais il se termine très tard, en plus les B.P. ont amené plein de clips, à la sortie l'émotion est immense et palpable.

Pour conclure, en fin de cette année-là, Gérard BERNAR quitte BEST, il fonde avec son compère Jean Claude BERTHON un nouveau magazine au nom évocateur : EXTRA.
Je reste quelques mois encore aux Halles.

Fin 71, je bricole, fais le DJ par ci par là, du management…
Mi 72, je reforme un groupe. Pathé Marconi et Warner s'intéressent un peu à nous. En parallèle je change aussi complètement de métier. 6 mois plus tard, je quitte le groupe car il ne se passe plus rien.
Mes affaires vont bien, très bien et j'excelle dans d'autres domaines.
Pourtant en 75, je reprends du service avec un groupe qui deviendra BANG, en 77 c'est TRUST, aussitôt derrière TRASH jusqu'en 82 et arrive ENFER en 1983. Je pense qu'au vu de mes relations et expériences, c'est pour cela que l'on a fait appel à mes services, et notamment afin qu'un fanzine devienne magazine.

NAISSANCE DU MAGAZINE ENFER

Début 83, une relation du showbiz me téléphone et me dit :
-" J'ai rencontré des gens qui veulent mettre en forme un magazine de Hard Rock, qui se nomme ENFER (ce nom ne me plaisait pas du tout). Ils recherchent du monde pour les aider, je leur ai parlé de toi ".
Par correction, il ne leur a pas laissé mon numéro de téléphone, par contre, eux ont demandé que je les appelle.
Il m'a aussi donné un max d'infos sur le dossier, mais aussi sur les personnages qu'il avait rencontrés. Lors de cet entretien téléphonique je me trouve à Savigny sur Orge (91), dans les bureaux de la Société Avanti dont le big boss n'est autre que Patoche (voir intro), il est présent et son épouse aussi, car depuis plusieurs semaines je leur donne un coup de pouce (habitant dans le 92 je demeure chez eux).

Evidemment ils m'ont entendu au téléphone, aussitôt après avoir raccroché je leur fais le topo, comme je ne suis pas insensible à la proposition et que techniquement sans eux, c'est mission impossible, tout le restant de la journée nous ne parlons que de ça, nous pesons le pour et le contre.

NOTA.
Dans ce papier, vous constaterez que volontairement, je ne cite jamais le prénom de la femme de Patoche, il m'arrive de la nommer Madame.


Patoche
sait que j'ai encore chez moi, des journaux dont Disco Revue, Extra
Nous allons les chercher. Après avoir étudié minutieusement chaque publication, nous commençons à établir des devis selon les formats, la qualité du papier et son grammage, le nombre de pages quadri ou noires, les vis-à-vis…


1973, l'apprentissage de la production en studio, de gauche à droite : Max Walberg (ingé son), Roger Taylor (chant) rien à voir avec celui de Queen, Peter Van Hooke (batterie) Van Morrison, Mike & The Mechanics…, bibi, puis assis, Peter Zorn (Basse) le musicien de studio le plus convoité de l'autre côté de la Manche, toujours en activité et Colin Frechter (claviers et coproducteur) The Troggs, Elton John…
De même, il faut tenir compte du tirage et du nombre de pages pour savoir avec quelle machine il faut rouler, en somme évaluer toute la partie technique de la fabrication pour en déterminer le coût, bref un passage obligatoire avant d'émettre un jugement.
Dans la nuit, nous savons à quoi nous en tenir, il me faut impérativement rencontrer ces gens-là.

Dany présentant MOLLY HATCHET quelques années plus tard à l'Elysée Montmartre, avec dans la main le N°1 d'ENFER, pour rappeler qu'un article leur était consacré et s'intitulait "Super Molly est de retour".
Rendez-vous est pris et donc je me rends au Saint, night club qui se trouve à Saint Michel dans le 6ème arrondissement.
Je rencontre X le proprio des lieux, Y et sa compagne Z.
Les gaillards sont tous deux propriétaires de discothèques, sur le moment je ne saisis pas pourquoi ils veulent créer ce Mag, je n'apprends rien de plus de ce que je savais déjà :
-I°) Qu'il y a une petite équipe de jeunes, mordus de hard, dont quelques-uns font un fanzine déjà nommé ENFER.
-II°) Qu'ils sont entourés d'un " super " rédacteur en chef, Jean Claude dit Albumine.

-Avec le recul je trouve que ce surnom lui va à ravir-.

-III°) Que tout est prêt pour sortir le n°1 - articles, photos etc… et le nerf de la guerre, la monnaie -.

Conclusion, il ne faut plus qu'un imprimeur, car la parution doit avoir lieu rapidement.
En quittant les lieux, je ne suis pas du tout convaincu, je suis sûr qu'il ne manque pas que l'imprimeur et que ces gens n'y connaissent rien.

Par contre il y a un côté positif, c'est que se profilent plusieurs options concernant la structure juridique puisqu'elle est inexistante. De retour chez Avanti, je fais mon compte-rendu :
-" Ils n'ont pas grand-chose, certainement des brouillons d'articles et apparemment de l'argent, une chose est sûre, je ne leur fais pas confiance, au premier abord.
S'il subsiste une solution c'est dans le juridique
"
-" Pas gai " s'exclame Patoche.
Le soir même, nous dînons avec mon avocat accompagné d'un conseiller financier.
Le lendemain nous recevons un fax nous recommandant de créer une S.A.R.L. dont nous serions associés à 33%.
Sans perdre de temps nous partons tous les trois à la rencontre de X et Y, quelques jours plus tard j'étais associé.

Si vous le possédez, voir ENFER n°1, l'ours en page 3 (le cadre en bas de page).

Dans la même semaine, une réunion a lieu au Saint, car je voulais faire connaissance de l'équipe.
Il y a quelques griffonneurs issus du fanzine, des cooptés, des photographes du dimanche, des proches de X.… mais pas d'Albumine. Si je veux le voir il me faut aller jusqu'à son magasin à Montparnasse ; Super, c'est cool ! Je me présente et j'expose le plan. Je m'aperçois vite que tout le monde s'en fout. Le bras droit de X, H, me coupe la parole toutes les deux secondes, à chaque fois il est hors sujet.

Avec Olivier Garnier, quelques temps plus tard il fera partie de l'équipe.
Je garde mon calme, mais je me demande déjà dans quelle galère je me suis embarqué, je n'ai même pas vu le moindre article que l'autre me parle d'organisation de concerts, de t.shirt, d'un bar rock, d'une association…STOOOP.
Je reprends le contrôle :
-" Quelqu'un connait le sommaire du premier numéro ? ".
Aucune réponse, je continue :
-" Qui a un un article de prêt ? "
Eric Galinsky me tend des feuilles de cahier, c'est un sujet sur HELLION, Bruno Lincy, un papier sur Randy RHOADS, quelques-uns me répondent qu'Albumine a leurs chroniques, d'autres qu'ils n'ont pas fini, je n'en crois pas mes oreilles.

Passons aux photos, deux ou trois gars possèdent des clichés, je ne sais pas encore ce dont j'ai besoin pour ce numéro, mais de toute évidence ce que je vois ne m'emballe pas, ça commence mal.
Avant de partir, je demande aux garçons de coucher sur une feuille, leur identité ainsi que leur n° de téléphone.
Je fonce direction Montparnasse et je fais la connaissance d'Albumine. Au premier abord sympa, son associé est là, il garde le magasin, Albumine m'invite à aller boire un coup. Pendant que je m'installe, il va chercher les rubriques. Je m'attends à recevoir des chroniques tapées à la machine et corrigées, mais quelle douche, que nenni, heureusement je suis assis, j'avale mon Vittel menthe d'un trait, en recommande deux autres et un double express bien serré.

Au Hellfest 2009 en backstage avec Alex Mitram et un super gars, que je n'avais pas revu depuis 1990, Senior Bruno Bages le spécialiste du Rock Sudistes à ENFER et qui a beaucoup apporté dans Line Up de part sa culture, son goût pour l'art en général, l'ouverture d'esprit de Bruno fait qu'il s'intéresse à beaucoup de choses.
Le dossier que vient de me remettre, ce soi-disant rédacteur en chef, ressemble tout bonnement à un paquet de feuilles sorti d'une poubelle.
Cerise sur le gâteau, il n'a pas encore le sommaire et doit aussi faire les news, une discographie sur AEROSMITH et un papier sur ACCEPT…. je lui demande :

-" Qui sera en couverture, quand me fourniras-tu les photos pour maquetter, qui me procurera les pochettes de disques pour habiller les chroniques ? " j'ajoute " j'espère que tu sais que nous sommes obligés d'ouvrir les pochettes pour les scanner ? ".

Il est blême. Pour mieux l'achever, car moi je venais d'avoir ma dose, je lui annonce que je suis associé et lui donne une deadline, puis dans la foulée je lui balance en pleine tronche qu'on ne se nomme pas rédac chef comme ça, que c'est un métier. Je sais que la nuit va être longue et qu'à mon retour au bureau je vais pourrir l'ambiance.
NOTA.
La société AVANTI et moi-même, nous nous portons acquéreurs de 33 % des parts de la Sarl ENFER MAGAZINE.
Pour régler notre part, nous devons fournir l'équivalent en travail et donc nous avons à notre charge, la maquette, le montage et la photocomposition.
Pour ce dernier travail, les articles doivent être rendus parachevés, c'est-à-dire vus par le rédac chef qui a, au préalable, vérifié l'authenticité des faits, des dates, des line up, parfois il a besoin de remanier le contenu, de changer les tournures de phrases, il corrige l'orthographe et la conjugaison, et remet au propre un document dactylographié.
A chaque retrouvaille, il y a beaucoup d'émotion, un ami, avec Eric Villalonga, auquel je tiens beaucoup ...

Au Raismesfest avec Phil Bascou et Pat un fan de hard d'Orléans.
Toutes ces tâches ne sont pas réalisées, au vu des écrits que l'on nous remet, nous n'avons pas le temps de le faire, plusieurs pages sont indéchiffrables et incompréhensibles, en plus de cela qui va relire et corriger les copies terminées.
La Société Avanti n'a pas les moyens financiers de faire plus, que ce dont elle est chargée.


J'étale sur les tables de montage ce que j'ai ramené et j'observe discrètement le visage de mes deux compagnons et très vite je comprends que tôt ou tard il y aura un clash avec X et Y.
Je sais que Patoche ne me laissera pas tomber, il bossera nuit et jour s'il le faut, il n'a pas hérité du surnom de " brave " pour rien, malheureusement ce n'est pas la qualité de sa femme.
Personne ne dit rien et chacun se met au boulot. Patoche a commencé par ce que l'on appelle un chemin de fer, sur sa page il croque 32 rectangles par groupes de 8, alignés sur 4 rangées situées les unes en dessous des autres, il se tourne vers moi et me dit :
-" Nous ne pouvons pas faire mieux que 32 pages, dont 8 seulement en quadri ".

NOTA. Le chemin de fer :
On tire cinq traits horizontaux, séparés de 5cm sur une feuille de papier format A/3 et ensuite on trace des traits verticaux, tous les 3cm, on obtient 32 rectangles, chaque rectangle correspond à une page.
De la manière dont nous avons fait le premier numéro, nous aurions pu avoir 16 pages quadri et 16 pages noires, car c'est ce qu'il nous en a coûté, mais matériellement nous ne pouvions pas faire mieux, il n'y avait ni la matière, ni le temps.

Nous avons peu dormi et nous savons que ce sera notre quotidien pendant quelques temps. Au petit dèj' Patoche me dit qu'il faut remplir le chemin de fer, selon les articles que nous avons. Je m'attelle à la tâche et lui dis que nous avons 9 pages seulement. Du tac au tac son épouse répond :
-" Certainement pas, même en grossissant les caractères nous n'avons que 7 pages, si nous trouvons des photos, sinon nous descendons à 5 ".

J'en informe aussitôt Albumine et lui annonce aussi que le premier numéro ne fera que 32 pages, et que si ça lui paraît peu, moi je me demande bien comment on va le remplir.
Illico nous commençons un sommaire approximatif, et instantanément, je prends un coup de masse sur la tête, il vient de m'avertir que les journaleux ont tous remis leurs papiers, c'est-à-dire que nous possédons déjà tout, excepté les chroniques de disques, car il ne leur a pas encore fait parvenir les lps.
Je hausse le ton en lui demandant où sont les autres rubriques et si enfin il a une idée pour la couv', pour la 4ème de couv', et pour la page centrale ? Il ne me répond pas.
Déçu, je le presse de bouger son c...

Sachant que je vais passer ma journée au téléphone, je commence par les gars rencontrés au Saint. Je ne les alarme pas, je leur dis que tout va bien et que très vite j'aurai des pages à leur montrer. C'est seulement après que je les questionne, pour savoir s'ils ont des photos ou autres docs des groupes, sur lesquels ils ont écrit; là-dessus aucun problème tous ont quelque chose; dans le même temps je leur demande s'ils connaissent des photographes ou d'autres gribouilleurs, pareil ça fonctionne, je récupère noms et contacts.
Avant de raccrocher, je leur dis que s'ils ont déjà des idées pour le numéro prochain, qu'il m'en fasse part, car il faudra remettre les articles, dans dix jours au plus tard.
Avec la liste que l'on vient de me fournir, j'appelle les lascars, dans le souhait d'agrandir l'équipe. Je suis surpris par l'accueil, c'est chaleureux, chacun me redonne des noms, je convoque à tout va, les trois quarts des mecs approchés veulent en être, ils préviennent leurs potes, qui à leur tour etc…

ENFER MAG, en plein bouclage à bosser toute la nuit, là il devait être 9/10h du mat, pas frais le mec.
A chaque fois que je dis que nous sommes en Essonne, je " tousse ", mais surprise, " pas d'problème m'sieur je peux venir ", et là le moral remonte à grande vitesse. Au bureau c'est le défilé, il y a de tout, c'est le reflet de la société, je reçois tour à tour des vedettes en bois, des hardos avec le t.shirt de "Vilaine fermière" et consort, des photographes sans appareil, ni photos, des journalistes plus proches de Hit magazine ou Podium… Bref, pas de quoi jubiler, mais quand même quelques satisfactions.

Je ne peux plus attendre après Albumine, à la fin de la journée je décide que c'est DEF LEPPARD qui fera la couv' et la page centrale, les photos de Lionel BERTIN et Marc VILLALONGA, venus en fin de journée, me séduisent.
Il manque quand même l'article sur DEF LEPP, mais tant pis, si besoin je le ferai et c'est Patoche qui le signera.
Je craque sur une photo de MOLLY HATCHET que j'adore. Je ne sais même pas qui est l'auteur du texte, pourtant il y a un nom posé en bas de la page.
Plus tard nous retrouvons une photo de Fabienne SHINE, la rubrique LA BOMBE DU MOIS vient de naître.
Patoche me dit : " ça y est mon grand (je fais deux mètres) je peux commencer la photogravure j'ai de la matière ". En décodant ça veut dire nuit blanche, je m'en fous la machine est en marche.
Je laisse un message pour le rédacteur en chef car il n'est pas dans son magasin, afin qu'il soit informé des décisions que j'ai prises sans son avis.

Il est 6h du mat, nous allons au café, juste en face, nous restaurer un peu.
-" Comment tu te sens ? " me demande Patoche.
-" Pourquoi ? "
25 ans plus tard : mais de quoi peuvent ils encore bien parler aussi sérieusement ? ... de Hard Rock peut-être ?...

Au Raismesfest backstage avec un autre de mes " fils " Marc Villalonga, nous ne nous étions plus adressés la parole depuis Line Up en 1990, aujourd'hui je peux à nouveau compter sur Marco, nous avons récemment collaboré à la fabrication des cartes postales pour Pat McManus, les fans seront ravis lorsqu'ils demanderont des autographes.

Avec le " superbe " Eric Villalonga chez lui, 19 ans plus tard, un membre de " ma " famille.
-" Si t'es pas trop naze pour attendre, dans 2 heures, j'ai la couv' avec le logo d'ENFER, il restera la mise en page à choisir et les textes à ajouter ".
-" Après ce que tu viens de me dire tu crois que j'ai envie d'aller me pieuter ".

De retour au bureau, nous planchons sur la maquette de la couv' et à 11h, je tiens enfin, entre les mains, le cromalin de la couverture du premier numéro d'ENFER Magazine. Excité comme un gamin, je " gueule " de joie, j'étreins Patoche, je l'embrasse, lui dis que c'est magnifique et que je pense aussi aux " mômes ", l'émotion est très forte !

Je passe sous la douche vite fait, saute dans un taxi et fonce à Montpar' avec la couv' et les films en positifs des pages 6, 7, 9 et 22.
Je pénètre dans le magasin avec la couv' placée devant mon torse, Albumine sourit et découvre que ça devient réalité. Nous allons déjeuner ensemble, je lui montre le reste et lui fais part de tout ce qui s'est passé, j'ajoute qu'aucune pochette de disque ne sera découpée, car ces pages-là, ne seront pas en quadri, donc nul besoin de les scanner.

A ma grande surprise, il me remet un dossier, je découvre la pub que s'offrent X et Y pour leurs discothèques (pourquoi pas), la discographie d'AEROSMITH et un article indigeste sur LED ZEP et un autre tout aussi lourd sur MOTORHEAD, des news éparpillées sur plusieurs feuilles, une vraie salade, enfin les chroniques de disques et la 4ème de couverture dont personne ne sait rien, excepté X. et sa cour.

NOTA.
Pourquoi être allé aussi rapidement voir " Albumine " ? Parce que je trouvais son comportement suspect, je doutais de son investissement et l'avenir m'a donné raison. Donc en allant le voir avec la couv' et les films, je voulais lui envoyer un message fort : Avec ou sans lui, ENFER arrivera dans les kiosques.
C'est la dernière fois que je mettais les pieds dans cette boutique.

Sur le chemin du retour je gamberge, je reviens encore avec des manuscrits, je pense déjà que c'est la goutte de trop.
A mon arrivée, je fonce dans notre troquet habituel, je téléphone à Patoche et lui demande de me rejoindre boire un jus, mais sans sa femme.
Il est défoncé et je ne suis guère mieux. Je lui tends les pages en faisant une grimace. " Merde " dit-il, sur un ton désabusé en les découvrant.

Nous buvons notre café sans dire un mot, je connais mon " brave ", il cherche une idée pour ne pas brusquer Madame.
En remontant, il me dit " tu me laisses faire pour ça " tout en me montrant la chemise que je lui avais remise. Je me demande combien de temps il reste encore avant le clash. Pour éviter des tensions supplémentaires, Patoche nous propose de rentrer, car nous sommes vraiment au bout du rouleau. Après une bonne nuit de sommeil, nous débutons par une petite réunion, pour faire le point, Patoche en profite pour remettre à sa moitié le paquet empoisonné, lui comme moi serrons les fesses. Ouf, pour le moment ça passe.

Sur la table il y a une boîte de films format A/3, Pat l'ouvre, il y a le cromalin de la jolie Fabienne SHINE, celui de MOLLY HATCHET, de LEMMY et le meilleur, la double page ELLIOT/COLLEN, je regarde cette photo avec des yeux d'enfant, quel cliché !

Def Leppard, pour le n°1 d'ENFER.
Je retombe vite sur terre, quand le chemin de fer vient recouvrir soudainement cette belle image, " faut le noircir " entends-je, je m'exécute aussitôt, puis je fais le bilan à haute voix :

-" En compo il manque les pages 10, 11, 18, 19, 20, les chroniques de disques, en pages 24, 25, 26, 27 et les pages 28, 30 et 31, tous ces textes sont ici ".
Je continue :

-" Je pense qu'il faut commencer par les chroniques de disques pour pouvoir les maquetter, car il en faudra peut-être d'autres, aucune ne fait la même taille. Il manque l'article sur DEF LEPP et enfin la page 3 comprenant le sommaire, l'édito et l'ours.
En photogravure quadri il ne reste à faire que la page sur LED ZEP, mais nous n'avons pas encore les photos, sinon pour les traits, en tout il manque 17 pages, mais rien ne peut être fait tant que la compo n'est pas tombée, il faut aussi que je vérifie si on a toutes les photos et de toute manière on a aucune pochette de disque
".

A SUIVRE ...


 

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