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Dany,
fondateur d'ENFER MAGAZINE dans des conditions qui
n'auront bientôt plus aucun secret pour vous, nous fait
l'honneur de revenir sur un parcours consacré depuis
toujours au développement de notre musique préférée.
L'épisode d'ENFER en constitue évidemment
le point d'orgue pour la plupart d'entre nous, bercés,
élevés, éduqués à la lecture
de ce précurseur de la presse Hard Rock mais cette
aventure prend racine à une époque où
le Hard n'était encore qu'une évolution en devenir
du Rock. Un énorme et collégial MERCI à
Dany pour nous faire entrer au plus près des
joies et difficultés de la création d'un magazine
Précisons que certaines personnes citées ont
vu leur nom remplacé volontairement par une initiale
à la demande du site Hard Rock 80, demande qui
a été acceptée par Dany et nous
l'en remercions.
INTRODUCTION
En 1960, quand Johnny Hallyday sort son 1er 45t, j'ai
12 ans et par chance je côtoie 4 étudiants fêlés
de jazz qui me font découvrir Gene VINCENT,
Buddy HOLLY ou Bo DIDDLEY. Leur discothèque
est superbe, ils sont fourrés aux Puces tous les week-end
à la recherche d'imports américains, à
cette époque, ce marché c'est la " caverne
d'Ali Baba ", certaines boutiques ne vendent que de l'import
US (vêtements, disques, gadgets
).
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En
1962, je traîne aux Puces avec mon cousin Abdallah
BRAIK batteur des OUTLAWS. Alors que nous fouillons
dans un bac, à la recherche d'un brûlot des COASTERS,
un client demande à écouter un disque, et dès
les premières notes une tornade m'arrive en pleine
gueule, une voix sortie de nulle part, mais quelle voix !
Ca m'a soudainement donné l'envie de devenir chanteur.
(Le groupe originaire de Baltimore avec le chanteur Frank
BONARRIGO, THE LAFAYETTES avec le morceau Nobody
But You). J'apprends tous les standards, Memphis Tennessee,
Peggy Sue, Long Tall Sally, Hey Bo Diddley,
etc
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Je
me lance à la recherche de musiciens, je bouge beaucoup,
les répétitions commencent et les premiers petits
concerts aussi. Je n'arrête pas, je m'active encore et
toujours, mais ça ne me convient pas. |
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En
1964, je découvre le Golf Drouot, mais n'y vais
que de temps à autre faute de moyen et le métro
fermant ses portes vers 1h du mat, je n'en profite que trois
heures et reste sur ma faim.
Heureusement, pour me remonter le moral, il y a la bible du
Rock, DISCO REVUE. On y trouve toute la mouvance de
la New British Génération, les BEATLES
et les ROLLING STONES bien sûr, mais aussi les
KINKS, les ANIMALS, les YARDBIRDS, les
SWINGING BLUE JEANS et j'en passe.
En 1965, avec Patoche mon ami d'enfance, nous fréquentons
de plus en plus le Golf, nous ramenons des disques rares,
que Jean Claude BERTHON passe sur une modeste platine
nichée contre un poteau. Je croise des groupes, sympathise
avec les 'sicos, je note des numéros de téléphone
de photographes, de coiffeurs, de managers, mon répertoire
ne me quitte plus et je le noircis autant que je peux. Mon
" pote " Patoche a un an de plus que moi
en 1966, il a 19 ans et bosse comme photograveur dans une
imprimerie, où tout le monde l'aime bien.
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1962,
" on stage ", j'avais 14 ans.
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En
fin d'année scolaire, l'école de mon quartier
organise une fête, plusieurs groupes et artistes se
présentent, mais je veux être de l'affiche; alors
Patoche me dit :
-" Tu vas y aller avec des photos format carte postale
et des affiches 40 X 60, viens ce soir avec ton groupe, on fera
des photos et je me charge du reste, t'auras pas une thune à
cracher ".
Une semaine plus tard, je signe le contrat, étant le
seul à proposer des affiches, ceci convenant bien financièrement
au directeur, quelle aubaine, il suffisait juste de rajouter
un bandeau pour annoncer le spectacle. |
1965,
à gauche c'est Dany, au centre des copains colleurs
d'affiches et autres
, à droite Patoche.
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Grâce
à l'idée de Patoche et le soutien des
gars de sa boite, nous commençons à rendre des
services à pas mal de groupes qui n'ont pas les moyens
d'avoir leurs affiches. Du coup, après leurs journées
de boulot, le soir je rejoins Patoche et l'équipe
et me familiarise aux techniques de l'imprimerie. Ce n'est
pas tout, il faut aussi coller les affiches, dès lors
je forme une équipe avec quelques copains et la nuit
nous allons couvrir les murs de Paris et sa banlieue, cela
nous permet aussi de faire un peu de blé, car nous
sommes souvent abordés par des gens qui nous sollicitent
pour le collage de leurs affiches, les structures d'aujourd'hui
n'existant pas.
Cette même année, Rock & Folk naît,
annonçant la mort de Disco Revue et Jean
Claude BERTHON entreprend l'ouverture de la LOCOMOTIVE.
Les groupes poussent dans tous les coins de la capitale à
la banlieue, c'est aussi la valse des musiciens, les line
up changent semaine après semaine.
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Je
ne suis pas épargné, jusqu'au jour où
les HOOLIGANS virent leur chanteur. Je regagne une
formation qui tient la route, Francis le gratteux est considéré
comme l'un des meilleurs et en plus il possède un matos
d'enfer. Grâce à ce groupe, je réalise
quand même mon rêve : monter sur la scène
du Golf, je ne suis guère fier de ma prestation
de ce jour, mais bon
.
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Dans
le même temps avec mon carnet d'adresses, je mets les
gens en relation, de plus en plus, on fait appel à
mes services. Je vais voir des groupes en répét,
certains me demandent des conseils sur leurs compos, d'autres
recherchent un camion pour le matos, car il faut assurer un
concert à 100 bornes. Je monte aussi des petits concerts
et ayant besoin de louer fréquemment du matos, je fréquente
les boutiques de Pigalle.
Les années suivantes, je chante plus dans notre salle
de répét que devant un public, du coup je m'oriente
davantage vers le management et des opérations de promo,
j'écris mes premiers articles dans des fanzines confidentiels.
Après les évènements de 1968, Gérard
BERNAR, le maquettiste du feu DISCO REVUE fonde
BEST, dans les milieux musicaux, c'est l'effervescence,
la jeunesse se libère.
En 1969, je suis de plus en plus sollicité, j'organise
avec Adrien NATAFF le concert de SOFT MACHINE,
dans une vulgaire salle de cinéma qui deviendra plus
tard le BATACLAN.
C'est l'explosion du Rock, de plus en plus de groupes me demandent
de les manager, les boites de nuits se multiplient, je deviens
DJ, je reste 1 mois dans un club, 15 jours ou 3 mois dans
un autre, parfois je suis pris comme public-relations, je
suis même appelé à Vierzon où je
deviens directeur d'une superbe boîte. En 1970, je rencontre
Bernard Yves GUILCHER qui est pigiste chez BEST,
ensemble nous faisons quelques papiers et organisons la venue
de FREE à Paris.
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Cette
même année ce sont les Halles de Paris qui commencent
leur déménagement pour Rungis, aussi des immenses
bâtiments vont rester vides car l'évacuation doit
durer jusqu'en 1973.
C'est Christian HASSINGER qui est chargé d'organiser
tous genres de manifestations, dans ces grandes masures. Lorsqu'il
me téléphone pour bosser ensemble sur le projet,
je sais que là je tourne une page, c'est du sérieux,
du béton, pas droit à l'erreur, pas de deuxième
chance car la place est convoitée par tous les requins.
J'arrête donc le chant et je garde quelques groupes
en management, parmi ces musiciens talentueux, certains ont
ensuite fait parler d'eux.
Nous débutions par un festival rock, le premier du
genre et il a lieu en plein centre de la capitale et ce, pendant
trois jours, avec en clôture " The Big " DEEP
PURPLE.
Cette même année, nous monterons toutes sortes
de manifestations, j'apprends et j'apprends encore, chaque jour
il y a quelque chose de nouveau.
D'autres concerts s'ensuivent, dont celui d'Alexis KORNER,
avec en première partie Ferré GRIGNARD,
dont je deviens le manager aussitôt après le
concert.
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1972,
mon groupe Portrait, complètement à
droite Gérard Lay, (RIP) (guitare) rejoint
le Bonheur Des Dames, Le Splendid, Coluche
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Mais
celui qui me marquera le plus, c'est celui de SUN RA,
accompagné, contre toute attente, de membres des BLACK
PANTHERS (Mouvement révolutionnaire Afro-américain
créé en 1966).
Nous devons ouvrir les portes à 19h, mais SUN RA
décide de retarder le concert sans donner de raisons.
Le public est venu nombreux, c'est noir de monde, à
20h nous sommes sûrs d'être " sold out ",
je l'annonce au manager de SUN RA, car nous craignons
un problème.
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1972,
dernières photos sessions pour Pathé et Warner.
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Aussitôt
SUN RA descend avec ses musiciens vêtus de costumes
extraordinaires, suivis des Black Panthers dans leurs
tenues traditionnelles, tout ce monde emboîte, en silence,
le pas de SUN RA, qui se dirige vers la sortie, un
service d'ordre pas du tout improvisé ouvre les portes
et forme une barrière humaine, et SUN RA calmement
explique à son public que nous allons tous manifester,
dans le calme, autour des halles " contre la ségrégation
qui sévit aux States ". C'était unique,
je crois que seul John LENNON aurait pu faire ça.
Le concert ne débute que vers 22h, mais il se termine
très tard, en plus les B.P. ont amené
plein de clips, à la sortie l'émotion est immense
et palpable.
Pour conclure, en fin de cette année-là, Gérard
BERNAR quitte BEST, il fonde avec son compère
Jean Claude BERTHON un nouveau magazine au nom évocateur
: EXTRA.
Je reste quelques mois encore aux Halles.
Fin 71, je bricole, fais le DJ par ci par là, du management
Mi 72, je reforme un groupe. Pathé Marconi et
Warner s'intéressent un peu à nous. En
parallèle je change aussi complètement de métier.
6 mois plus tard, je quitte le groupe car il ne se passe plus
rien.
Mes affaires vont bien, très bien et j'excelle dans d'autres
domaines.
Pourtant en 75, je reprends du service avec un groupe qui
deviendra BANG, en 77 c'est TRUST, aussitôt
derrière TRASH jusqu'en 82 et arrive ENFER
en 1983.
Je pense qu'au vu de mes relations et expériences,
c'est pour cela que l'on a fait appel à mes services,
et notamment afin qu'un fanzine devienne magazine.
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NAISSANCE
DU MAGAZINE ENFER
Début 83, une relation du showbiz me téléphone
et me dit :
-" J'ai rencontré des gens qui veulent mettre
en forme un magazine de Hard Rock, qui se nomme ENFER
(ce nom ne me plaisait pas du tout). Ils recherchent du monde
pour les aider, je leur ai parlé de toi ".
Par correction, il ne leur a pas laissé mon numéro
de téléphone, par contre, eux ont demandé
que je les appelle.
Il m'a aussi donné un max d'infos sur le dossier, mais
aussi sur les personnages qu'il avait rencontrés. Lors
de cet entretien téléphonique je me trouve à
Savigny sur Orge (91), dans les bureaux de la Société
Avanti dont le big boss n'est autre que Patoche
(voir intro), il est présent et son épouse
aussi, car depuis plusieurs semaines je leur donne un coup
de pouce (habitant dans le 92 je demeure chez eux).
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Evidemment
ils m'ont entendu au téléphone, aussitôt
après avoir raccroché je leur fais le topo,
comme je ne suis pas insensible à la proposition
et que techniquement sans eux, c'est mission impossible,
tout le restant de la journée nous ne parlons que
de ça, nous pesons le pour et le contre.
NOTA.
Dans ce papier, vous constaterez que volontairement, je
ne cite jamais le prénom de la femme de Patoche,
il m'arrive de la nommer Madame.
Patoche sait que j'ai encore chez moi, des journaux
dont Disco Revue, Extra
Nous allons les chercher. Après avoir étudié
minutieusement chaque publication, nous commençons
à établir des devis selon les formats, la
qualité du papier et son grammage, le nombre de pages
quadri ou noires, les vis-à-vis
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1973, l'apprentissage de la production en studio, de
gauche à droite : Max Walberg (ingé son),
Roger Taylor (chant) rien à voir avec celui de
Queen, Peter Van Hooke (batterie) Van Morrison, Mike
& The Mechanics
, bibi, puis assis, Peter Zorn
(Basse) le musicien de studio le plus convoité
de l'autre côté de la Manche, toujours
en activité et Colin Frechter (claviers et coproducteur)
The Troggs, Elton John
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De
même, il faut tenir compte du tirage et du nombre de
pages pour savoir avec quelle machine il faut rouler, en somme
évaluer toute la partie technique de la fabrication
pour en déterminer le coût, bref un passage obligatoire
avant d'émettre un jugement.
Dans la nuit, nous savons à quoi nous en tenir, il me
faut impérativement rencontrer ces gens-là. |
Dany
présentant MOLLY HATCHET quelques années
plus tard à l'Elysée Montmartre, avec
dans la main le N°1 d'ENFER, pour rappeler qu'un
article leur était consacré et s'intitulait
"Super Molly est de retour".
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Rendez-vous
est pris et donc je me rends au Saint, night club qui
se trouve à Saint Michel dans le 6ème arrondissement.
Je rencontre X le proprio des lieux, Y et sa compagne Z.
Les gaillards sont tous deux propriétaires de discothèques,
sur le moment je ne saisis pas pourquoi ils veulent créer
ce Mag, je n'apprends rien de plus de ce que je savais déjà
:
-I°) Qu'il y a une petite équipe de jeunes, mordus
de hard, dont quelques-uns font un fanzine déjà
nommé ENFER.
-II°) Qu'ils sont entourés d'un " super "
rédacteur en chef, Jean Claude dit Albumine.
-Avec le recul je trouve que ce surnom lui va à
ravir-.
-III°) Que tout est prêt pour sortir le n°1
- articles, photos etc
et le nerf de la guerre, la monnaie
-.
Conclusion, il ne faut plus qu'un imprimeur, car la parution
doit avoir lieu rapidement.
En quittant les lieux, je ne suis pas du tout convaincu, je
suis sûr qu'il ne manque pas que l'imprimeur et que
ces gens n'y connaissent rien.
Par contre il y a un côté positif, c'est que
se profilent plusieurs options concernant la structure juridique
puisqu'elle est inexistante. De retour chez Avanti,
je fais mon compte-rendu :
-" Ils n'ont pas grand-chose, certainement des brouillons
d'articles et apparemment de l'argent, une chose est sûre,
je ne leur fais pas confiance, au premier abord.
S'il subsiste une solution c'est dans le juridique "
|
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-"
Pas gai " s'exclame Patoche.
Le soir même, nous dînons avec mon avocat accompagné
d'un conseiller financier.
Le lendemain nous recevons un fax nous recommandant de créer
une S.A.R.L. dont nous serions associés à 33%.
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Sans
perdre de temps nous partons tous les trois à la rencontre
de X et Y, quelques jours plus tard j'étais associé.
Si vous le possédez, voir ENFER n°1, l'ours
en page 3 (le cadre en bas de page).
Dans la même semaine, une réunion a lieu au Saint,
car je voulais faire connaissance de l'équipe.
Il y a quelques griffonneurs issus du fanzine, des cooptés,
des photographes du dimanche, des proches de X.
mais
pas d'Albumine. Si je veux le voir il me faut aller jusqu'à
son magasin à Montparnasse ; Super, c'est cool ! Je
me présente et j'expose le plan. Je m'aperçois
vite que tout le monde s'en fout. Le bras droit de X, H, me
coupe la parole toutes les deux secondes, à chaque
fois il est hors sujet.
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Avec
Olivier Garnier, quelques temps plus tard il fera partie de
l'équipe.
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Je
garde mon calme, mais je me demande déjà dans
quelle galère je me suis embarqué, je n'ai même
pas vu le moindre article que l'autre me parle d'organisation
de concerts, de t.shirt, d'un bar rock, d'une association
STOOOP.
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Je
reprends le contrôle :
-" Quelqu'un connait le sommaire du premier numéro
? ".
Aucune réponse, je continue :
-" Qui a un un article de prêt ? "
Eric Galinsky me tend des feuilles de cahier, c'est
un sujet sur HELLION, Bruno Lincy, un papier
sur Randy RHOADS, quelques-uns me répondent
qu'Albumine a leurs chroniques, d'autres qu'ils n'ont pas
fini, je n'en crois pas mes oreilles.
Passons aux photos, deux ou trois gars possèdent des
clichés, je ne sais pas encore ce dont j'ai besoin
pour ce numéro, mais de toute évidence ce que
je vois ne m'emballe pas, ça commence mal.
Avant de partir, je demande aux garçons de coucher
sur une feuille, leur identité ainsi que leur n°
de téléphone.
Je fonce direction Montparnasse et je fais la connaissance
d'Albumine. Au premier abord sympa, son associé est
là, il garde le magasin, Albumine m'invite à
aller boire un coup. Pendant que je m'installe, il va chercher
les rubriques. Je m'attends à recevoir des chroniques
tapées à la machine et corrigées, mais
quelle douche, que nenni, heureusement je suis assis, j'avale
mon Vittel menthe d'un trait, en recommande deux autres et
un double express bien serré.
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Au
Hellfest 2009 en backstage avec Alex Mitram et un
super gars, que je n'avais pas revu depuis 1990, Senior
Bruno Bages le spécialiste du Rock Sudistes
à ENFER et qui a beaucoup apporté dans
Line Up de part sa culture, son goût pour l'art
en général, l'ouverture d'esprit de
Bruno fait qu'il s'intéresse à beaucoup
de choses. |
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Le
dossier que vient de me remettre, ce soi-disant rédacteur
en chef, ressemble tout bonnement à un paquet de feuilles
sorti d'une poubelle.
Cerise sur le gâteau, il n'a pas encore le sommaire
et doit aussi faire les news, une discographie sur AEROSMITH
et un papier sur ACCEPT
. je lui demande :
-" Qui sera en couverture, quand me fourniras-tu les
photos pour maquetter, qui me procurera les pochettes de disques
pour habiller les chroniques ? " j'ajoute "
j'espère que tu sais que nous sommes obligés
d'ouvrir les pochettes pour les scanner ? ".
Il est blême. Pour mieux l'achever, car moi je venais
d'avoir ma dose, je lui annonce que je suis associé
et lui donne une deadline, puis dans la foulée je lui
balance en pleine tronche qu'on ne se nomme pas rédac
chef comme ça, que c'est un métier. Je sais
que la nuit va être longue et qu'à mon retour
au bureau je vais pourrir l'ambiance.
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NOTA.
La société AVANTI et moi-même, nous nous
portons acquéreurs de 33 % des parts de la Sarl ENFER
MAGAZINE.
Pour régler notre part, nous devons fournir l'équivalent
en travail et donc nous avons à notre charge, la maquette,
le montage et la photocomposition.
Pour ce dernier travail, les articles doivent être rendus
parachevés, c'est-à-dire vus par le rédac
chef qui a, au préalable, vérifié l'authenticité
des faits, des dates, des line up, parfois il a besoin de
remanier le contenu, de changer les tournures de phrases,
il corrige l'orthographe et la conjugaison, et remet au propre
un document dactylographié.
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A
chaque retrouvaille, il y a beaucoup d'émotion,
un ami, avec Eric Villalonga, auquel je tiens beaucoup
...
Au
Raismesfest avec Phil Bascou et Pat un fan de
hard d'Orléans. |
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Toutes
ces tâches ne sont pas réalisées, au vu
des écrits que l'on nous remet, nous n'avons pas le
temps de le faire, plusieurs pages sont indéchiffrables
et incompréhensibles, en plus de cela qui va relire
et corriger les copies terminées.
La Société Avanti n'a pas les moyens financiers
de faire plus, que ce dont elle est chargée.
J'étale sur les tables de montage ce que j'ai ramené
et j'observe discrètement le visage de mes deux compagnons
et très vite je comprends que tôt ou tard il
y aura un clash avec X et Y.
Je sais que Patoche ne me laissera pas tomber, il bossera
nuit et jour s'il le faut, il n'a pas hérité
du surnom de " brave " pour rien, malheureusement
ce n'est pas la qualité de sa femme.
Personne ne dit rien et chacun se met au boulot. Patoche a
commencé par ce que l'on appelle un chemin de fer,
sur sa page il croque 32 rectangles par groupes de 8, alignés
sur 4 rangées situées les unes en dessous des
autres, il se tourne vers moi et me dit :
|
|
-"
Nous ne pouvons pas faire mieux que 32 pages, dont 8 seulement
en quadri ".
NOTA. Le chemin de fer :
On tire cinq traits horizontaux, séparés de
5cm sur une feuille de papier format A/3 et ensuite on trace
des traits verticaux, tous les 3cm, on obtient 32 rectangles,
chaque rectangle correspond à une page.
De la manière dont nous avons fait le premier numéro,
nous aurions pu avoir 16 pages quadri et 16 pages noires,
car c'est ce qu'il nous en a coûté, mais matériellement
nous ne pouvions pas faire mieux, il n'y avait ni la matière,
ni le temps.
Nous avons peu dormi et nous savons que ce sera notre quotidien
pendant quelques temps. Au petit dèj' Patoche me
dit qu'il faut remplir le chemin de fer, selon les articles
que nous avons. Je m'attelle à la tâche et lui
dis que nous avons 9 pages seulement. Du tac au tac son épouse
répond :
-" Certainement pas, même en grossissant les
caractères nous n'avons que 7 pages, si nous trouvons
des photos, sinon nous descendons à 5 ".
J'en informe aussitôt Albumine et lui annonce aussi
que le premier numéro ne fera que 32 pages, et que
si ça lui paraît peu, moi je me demande bien
comment on va le remplir.
Illico nous commençons un sommaire approximatif, et
instantanément, je prends un coup de masse sur la tête,
il vient de m'avertir que les journaleux ont tous remis leurs
papiers, c'est-à-dire que nous possédons déjà
tout, excepté les chroniques de disques, car il ne
leur a pas encore fait parvenir les lps.
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Je
hausse le ton en lui demandant où sont les autres rubriques
et si enfin il a une idée pour la couv', pour la 4ème
de couv', et pour la page centrale ? Il ne me répond
pas.
Déçu, je le presse de bouger son c...
Sachant que je vais passer ma journée au téléphone,
je commence par les gars rencontrés au Saint.
Je ne les alarme pas, je leur dis que tout va bien et que
très vite j'aurai des pages à leur montrer.
C'est seulement après que je les questionne, pour savoir
s'ils ont des photos ou autres docs des groupes, sur lesquels
ils ont écrit; là-dessus aucun problème
tous ont quelque chose; dans le même temps je leur demande
s'ils connaissent des photographes ou d'autres gribouilleurs,
pareil ça fonctionne, je récupère noms
et contacts.
Avant de raccrocher, je leur dis que s'ils ont déjà
des idées pour le numéro prochain, qu'il m'en
fasse part, car il faudra remettre les articles, dans dix
jours au plus tard.
Avec la liste que l'on vient de me fournir, j'appelle les
lascars, dans le souhait d'agrandir l'équipe. Je suis
surpris par l'accueil, c'est chaleureux, chacun me redonne
des noms, je convoque à tout va, les trois quarts des
mecs approchés veulent en être, ils préviennent
leurs potes, qui à leur tour etc
|
ENFER
MAG, en plein bouclage à bosser toute la nuit, là
il devait être 9/10h du mat, pas frais le mec.
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A
chaque fois que je dis que nous sommes en Essonne, je "
tousse ", mais surprise, " pas d'problème
m'sieur je peux venir ", et là le moral remonte
à grande vitesse. Au bureau c'est le défilé,
il y a de tout, c'est le reflet de la société,
je reçois tour à tour des vedettes en bois,
des hardos avec le t.shirt de "Vilaine fermière"
et consort, des photographes sans appareil, ni photos, des
journalistes plus proches de Hit magazine ou Podium
Bref, pas de quoi jubiler, mais quand même quelques
satisfactions.
Je ne peux plus attendre après Albumine, à la
fin de la journée je décide que c'est DEF
LEPPARD qui fera la couv' et la page centrale, les photos
de Lionel BERTIN et Marc VILLALONGA, venus en
fin de journée, me séduisent.
Il manque quand même l'article sur DEF LEPP,
mais tant pis, si besoin je le ferai et c'est Patoche
qui le signera.
Je craque sur une photo de MOLLY HATCHET que j'adore.
Je ne sais même pas qui est l'auteur du texte, pourtant
il y a un nom posé en bas de la page.
Plus tard nous retrouvons une photo de Fabienne SHINE,
la rubrique LA BOMBE DU MOIS vient de naître.
Patoche me dit : " ça y est mon grand
(je fais deux mètres) je peux commencer la photogravure
j'ai de la matière ". En décodant ça
veut dire nuit blanche, je m'en fous la machine est en marche.
Je laisse un message pour le rédacteur en chef car
il n'est pas dans son magasin, afin qu'il soit informé
des décisions que j'ai prises sans son avis.
Il est 6h du mat, nous allons au café, juste en face,
nous restaurer un peu.
-" Comment tu te sens ? " me demande Patoche.
-" Pourquoi ? "
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25
ans plus tard : mais de quoi peuvent ils encore bien parler
aussi sérieusement ? ... de Hard Rock peut-être
?...
Au
Raismesfest backstage avec un autre de mes " fils
" Marc Villalonga, nous ne nous étions
plus adressés la parole depuis Line Up en 1990,
aujourd'hui je peux à nouveau compter sur Marco,
nous avons récemment collaboré à
la fabrication des cartes postales pour Pat McManus, les
fans seront ravis lorsqu'ils demanderont des autographes. |
Avec
le " superbe " Eric Villalonga chez lui,
19 ans plus tard, un membre de " ma " famille. |
|
-"
Si t'es pas trop naze pour attendre, dans 2 heures, j'ai
la couv' avec le logo d'ENFER, il restera la mise en page
à choisir et les textes à ajouter ".
-" Après ce que tu viens de me dire tu crois
que j'ai envie d'aller me pieuter ".
De retour au bureau, nous planchons sur la maquette de la
couv' et à 11h, je tiens enfin, entre les mains, le
cromalin de la couverture du premier numéro d'ENFER
Magazine. Excité comme un gamin, je " gueule
" de joie, j'étreins Patoche, je l'embrasse,
lui dis que c'est magnifique et que je pense aussi aux "
mômes ", l'émotion est très forte
!
Je passe sous la douche vite fait, saute dans un taxi et fonce
à Montpar' avec la couv' et les films en positifs des
pages 6, 7, 9 et 22.
Je pénètre dans le magasin avec la couv' placée
devant mon torse, Albumine sourit et découvre que ça
devient réalité. Nous allons déjeuner
ensemble, je lui montre le reste et lui fais part de tout
ce qui s'est passé, j'ajoute qu'aucune pochette de
disque ne sera découpée, car ces pages-là,
ne seront pas en quadri, donc nul besoin de les scanner.
A ma grande surprise, il me remet un dossier, je découvre
la pub que s'offrent X et Y pour leurs discothèques
(pourquoi pas), la discographie d'AEROSMITH et un article
indigeste sur LED ZEP et un autre tout aussi lourd
sur MOTORHEAD, des news éparpillées sur
plusieurs feuilles, une vraie salade, enfin les chroniques
de disques et la 4ème de couverture dont personne ne
sait rien, excepté X. et sa cour.
NOTA.
Pourquoi être allé aussi rapidement voir "
Albumine " ? Parce que je trouvais son comportement suspect,
je doutais de son investissement et l'avenir m'a donné
raison. Donc en allant le voir avec la couv' et les films,
je voulais lui envoyer un message fort : Avec ou sans lui,
ENFER arrivera dans les kiosques.
C'est la dernière fois que je mettais les pieds dans
cette boutique.
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|
Sur
le chemin du retour je gamberge, je reviens encore avec des
manuscrits, je pense déjà que c'est la goutte
de trop.
A mon arrivée, je fonce dans notre troquet habituel,
je téléphone à Patoche et lui
demande de me rejoindre boire un jus, mais sans sa femme.
Il est défoncé et je ne suis guère mieux.
Je lui tends les pages en faisant une grimace. " Merde
" dit-il, sur un ton désabusé en les
découvrant.
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Nous
buvons notre café sans dire un mot, je connais mon
" brave ", il cherche une idée pour ne pas
brusquer Madame.
En remontant, il me dit " tu me laisses faire pour
ça " tout en me montrant la chemise que je
lui avais remise. Je me demande combien de temps il reste
encore avant le clash. Pour éviter des tensions supplémentaires,
Patoche nous propose de rentrer, car nous sommes vraiment
au bout du rouleau. Après une bonne nuit de sommeil,
nous débutons par une petite réunion, pour faire
le point, Patoche en profite pour remettre à sa moitié
le paquet empoisonné, lui comme moi serrons les fesses.
Ouf, pour le moment ça passe.
Sur la table il y a une boîte de films format A/3, Pat
l'ouvre, il y a le cromalin de la jolie Fabienne SHINE, celui
de MOLLY HATCHET, de LEMMY et le meilleur, la
double page ELLIOT/COLLEN, je regarde cette photo avec
des yeux d'enfant, quel cliché !
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Def
Leppard, pour le n°1 d'ENFER.
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Je
retombe vite sur terre, quand le chemin de fer vient recouvrir
soudainement cette belle image, " faut le noircir
" entends-je, je m'exécute aussitôt, puis
je fais le bilan à haute voix :
-" En compo il manque les pages 10, 11, 18, 19, 20,
les chroniques de disques, en pages 24, 25, 26, 27 et les
pages 28, 30 et 31, tous ces textes sont ici ".
Je continue :
-" Je pense qu'il faut commencer par les chroniques
de disques pour pouvoir les maquetter, car il en faudra peut-être
d'autres, aucune ne fait la même taille. Il manque l'article
sur DEF LEPP et enfin la page 3 comprenant le sommaire, l'édito
et l'ours.
En photogravure quadri il ne reste à faire que la page
sur LED ZEP, mais nous n'avons pas encore les photos, sinon
pour les traits, en tout il manque 17 pages, mais rien ne
peut être fait tant que la compo n'est pas tombée,
il faut aussi que je vérifie si on a toutes les photos
et de toute manière on a aucune pochette de disque
".
A SUIVRE ...
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