Claus Lessman (BONFIRE)
Depuis 20 ans, Bonfire est une des figures de proue du hard rock mélodique Allemand. Et en avril 2006, le groupe est revenu sur le devant de la scène avec le superbe Double X, sans doute son meilleur album ! Etonnant qu’un groupe réalise son chef-d’œuvre après 20 ans de carrière, là où d’autres groupes ont du mal à trouver l'inspiration et sortent des albums insipides et sans âme. Bonfire est donc un groupe au top de sa forme, tout comme son leader et chanteur Claus Lessman. L'occasion de s'entretenir avec ce dernier.
Interview réalisée le 11 mai 2006 par téléphone Par Gegers


-Gegers : Avant de parler du nouvel album, j'aimerais que nous revenions sur le précédent, Free, sorti en 2003. A l'époque, vos fans avaient trouvé cet album, n'ayons pas peur des mots, plutôt médiocre. Avec le recul, que penses-tu aujourd'hui de cet album ?

-Claus Lessman : Comme le titre de l'album le montre, ce que nous avons fait avec Free était quelque chose de totalement libre. Effectivement ce n'est pas un album dans la lignée de Point blank ou Strike X. C'était un concept différent, et à cette époque nous sentions que nous avions besoin de faire quelque chose de différent. Peut-être que nous n'avons pas exprimé notre soif de nouveauté de la bonne manière, mais bon, nous avons toujours fait ce que nous voulions sur nos albums, et ce n'est pas non plus un album qui jure dans notre discographie.

Certains fans ont été déçus c'est vrai, tout simplement parce qu'ils ne s'attendaient pas à ça de notre part, ce n'était pas le Bonfire traditionnel qu'ils avaient l'habitude d'entendre. Mais nous sommes très heureux d’avoir réalisé cet album, c'était une bonne expérience, et je continue de penser que c'est un très bon album.

-Le morceau But we still rock qui apparaît sur le nouvel album est-il une réponse aux gens qui vous ont critiqués après la sortie de Free ?

-Non pas vraiment. C'est plus un morceau qui s'adresse aux médias, à la presse, à la radio, à MTV. C'est une réponse à toutes ces maisons de disques qui répètent depuis des années que le rock est mort. Mais le rock est toujours vivant, et il ne mourra jamais, grâce aux fans. Les musiciens et les fans de hardrock sont honnêtes. Comparés aux fans d'autres styles musicaux comme le rap ou le hip-hop, on peut vraiment dire que les fans de hard rock sont des gens biens. Et puis ils ne copient pas trop les albums, ils aiment bien avoir la pochette entre les mains. Les gens pourront dire tout ce qu'ils veulent, on continuera de jouer du rock jusqu'à notre mort ! C'est le message que je voulais faire passer à travers ce morceau.

-Vous a t'il fallu beaucoup de temps pour composer le nouvel album, Double X ?

-Non, pas très longtemps. Lorsque nous finissons une tournée, nous nous asseyons tous ensemble ou chacun de notre côté, et nous nous mettons à composer. Lorsque nous avons suffisamment de chansons à disposition, nous entrons en studio. Certains groupes arrivent à composer en tournée. Nous n'avons jamais procédé comme ça, nous préférons nous concentrer sur une chose à la fois. Après chaque tournée, on s'autorise quelques semaines de vacances, et on se retrouve ensuite pour bosser sur de nouveaux morceaux.

-A mon avis Double X est votre meilleur album, et je ne dis pas ça parce que je t'ai au téléphone ! J'ai le sentiment que cet album est un condensé de chacun de vos précédents albums, mais c'est comme si vous aviez pris uniquement le meilleur de chaque album. Quelle est ton opinion sur ce nouvel album ?

-Eh ben, combien notre guitariste t'a t'il payé pour que tu me dises ça ? ! (rires) Merci beaucoup en tous cas pour le compliment, je pense que tu as plutôt bien décrit l’album. Sur cet album nous voulions des mélodies fortes et originales, de bons riffs, de bonnes paroles, nous voulions faire quelque chose à la fois très rock et très mélodique. Je pense que nous avons atteint notre objectif, nous sommes vraiment très contents de ce nouvel album.

-Day 911 est un des morceaux les plus rapides que vous ayez écrits. Etait-ce votre but de composer un morceau rapide, ou est-ce l'inspiration qui vous a guidés ?

-Un peu des deux. Nous savions qu'il nous fallait un morceau rapide sur cet album. Après l'album Free, nous voulons montrer aux gens que nous sommes de retour avec la musique de Bonfire qu'ils aiment. Je voulais parler du 11 septembre dans ce morceau, car à mesure que le temps passe, ta vision des choses change. Le temps de permet de voir les choses d'une différente manière, et d'avoir une opinion différente notamment sur les politiciens, qui répètent que ce qu'ils disent est la vérité, mais en fait ils veulent juste se faire un max de pognon avant de laisser la place.

-Le sujet de la tragédie du 11 septembre avait déjà été traité dans le morceau September's on my mind, sur Free ?

-Oui, mais d'une manière différente de celle avec laquelle nous parlons de cette tragédie sur Day 911. September's on my mind traitait plus de la vision que nous, Occidentaux, avons eu de la catastrophe juste après qu'elle ait eu lieu : juste après les attentats, les Musulmans étaient la pire vermine de la Terre, et nous les Occidentaux nous étions les gentils.

En fait une des premières conséquences du 11 septembre a été que le monde occidental s'est soudain unifié sous une bannière à laquelle on a donné le nom de « Liberté ». C'est ce dont nous parlons dans September's on my mind.

Mais ça fait quelques temps maintenant que les attaques ont eu lieu, et on se rend peu à peu compte que tout n'est pas tout blanc ni tout noir. Les politiciens font leur beurre de ces attaques, et j'ai voulu exprimer cette question que j'avais en moi : « Vont-ils tous au Paradis ? ». Par « ils », je veux parler bien sur les musulmans, mais aussi des occidentaux. Il faut juger les gens individuellement, derrière chaque nationalité il y a un homme. Les occidentaux se sont crée un ennemi, mais il y a également énormément de gens très bien en Irak, en Afghanistan, et dans tous les pays musulmans.

-Parlons d'un sujet plus léger maintenant. Je voudrais que tu me parles du morceau Rap is crap (ndGegers : signifiant en gros : le rap c'est de la merde). Est-ce que tu détestes le rap à ce point, ou faut-il prendre les paroles au second degré ?

-Les deux. Bon, c'est vrai que je n'aime pas le rap, mais je pense qu'il y a de la place pour tout le monde dans le monde musical. Je n'ai rien par exemple contre le rap à la Run DMC, notamment leur collaboration avec Aerosmith sur Walk this way, quel morceau d'enfer ! Certains rappeurs ont une très bonne attitude et vont vers les autres.

Ce que je déteste en revanche, ce sont tous ces rappeurs qui prônent la violence, la consommation de drogues, les armes à feu.

Le problème ne vient pas que des « artistes », mais aussi des maisons de disques qui laissent passer n'importe quoi à partir du moment où ça leur rapporte un bon paquet de fric. Je ne comprends pas comment des gens qui font l';apologie de la violence peuvent être récompensés par un Grammy Award, pour moi ça n'a aucun sens ! C'est pour dire ça que nous avons écrit Rap is crap.

Même si les gens n'aiment pas Bonfire, il est possible qu'ils apprécient les paroles. Je pense que les fans de black metal, de speed metal, seront tous d'accord avec moi pour dire que : Rap is crap !

-Pour moi, Blink of an eye est un des meilleurs morceaux de l'album, et une de vos plus belles power ballades. De quoi parle ce morceau, et ou avez-vous trouvé l'inspiration ?

-Ce morceau parle du fait que la vie passe vite, beaucoup trop vite. Ce que nous tentons de dire aux gens dans ce morceau c'est qu'il faut essayer de profiter de chaque moment, de chaque seconde, et surtout d'essayer de ne pas avoir de regrets. La vie passe si vite que lorsque tu prends enfin conscience de toutes les choses à coté desquelles tu es passé, il est trop tard pour faire marche arrière. C'est à peu près l'idée que nous souhaitions véhiculer à travers ce morceau.

En fait c'est notre guitariste qui est rentré un jour dans la salle de répète et qui a dit : « Et si nous écrivions un morceau à la Bon Jovi ? » On lui a dit ok, mais pour un morceau solide avec une mélodie originale, et pas une pâle copie de Bon Jovi. Je pense que nous avons plutôt bien réussi.


-Quels morceaux du nouvel album allez-vous jouer live ?

-Day 911, But we still rock (ces deux morceaux ouvriront nos concerts lors de la prochaine tournée), What's on your mind, Rap is crap, Cry for help, Blink of an eye, et peut-être Bet your bottom dollar sur certaines dates.

-7 morceaux ? Vous voulez vraiment promouvoir ce nouvel album !

-Oui, parce que c'est vraiment un album dont nous sommes fiers. Sur la prochaine tournée nous allons essayer d'avoir un bon équilibre entre nos nouveaux morceaux et les morceaux plus anciens. Beaucoup de jeunes qui viennent à nos concerts ne connaissent pas nos anciens morceaux, c'est important pour nous de les leur faire découvrir. Nos concerts seront assez longs je pense, et pour la première fois de notre carrière nous allons jouer Dany's roulette live ! (ndGegers : superbe morceau qui figure sur Point blank).

-Pourra t'on espérer vous voir jouer en France bientôt ?

-J'aimerais beaucoup jouer de nouveau en France, nous avons passé tellement de bons moments lors de nos passages chez vous. Le problème c'est que depuis le milieu des années 90, Bonfire est redevenu un petit groupe en France. L'idéal serait que les choses se passent comme en Espagne ou en Grèce, où les fans se sont vraiment battus pour que l'on puisse jouer chez eux lors de notre tournée. Je pense que je peux parler au nom de tout le groupe : Nous sommes impatients de revenir jouer en France !

-Bonfire fête ses 20 ans de carrière, félicitations ! Quels sont selon toi les meilleurs moments de votre carrière ?

-Sans doute notre première tournée en 1986, avec ZZ top, et plus tard avec Judas Priest. Je pense que les années 80 étaient vraiment l'âge d'or pour nous, et pour tous les groupes de hard rock en général.

Dans les années 90, nous avons quelques petits soucis, notamment d'ordre financier. Malgré cela nous avons vécu quelques bons moments, notamment lorsque nous avons joué au Wacken. Nous avons aussi passé pas mal de bons moments backstage, mais nous essayons de préserver notre santé, car on aimerait bien jouer du hard rock quelques temps encore ! (rires)


-Si tu devais choisir un seul album de Bonfire?

-Alors la je ne sais pas du tout, je les aime tous !

-Y'en a t'il un alors que tu trouves moins bon que les autres ?

-Notre premier album, Don't touch the light. A l'époque nous n'avions aucune expérience, et on ne peut pas dire que nous étions de bons musiciens ! Comparés à la qualité technique des jeunes musiciens d'aujourd'hui, nous étions de vraies billes ! Mais bon, nous avons survécu ! La production de l'album était également assez moyenne, mais bon, c'est de l'histoire ancienne. Et puis malgré tous ces défauts nous jouons régulièrement des morceaux de cet album en live, notamment Hot to rock, qui est devenu au fil des ans un morceau indispensable dans notre setlist.

-Cela fait maintenant vingt ans que vous gagnez votre vie grâce au hard rock. Aujourd'hui, il est vraiment dur pour les jeunes groupes de rock de gagner leur vie grâce à leur musique. Que penses-tu de la situation, et quel est selon toi le futur du hard rock ?

-Si seulement je savais, je serais millionnaire ! ! ! La chose la plus importante est de croire en ce que tu fais, et ensuite de se fixer un but. Pour économiser un peu de fric, je conseillerais également aux groupes de faire gaffe à ne pas changer trop souvent leurs cordes de guitares et leurs baguettes de batterie ! (rires) De nos jours, les groupes jouent et les managers font du business, ce sont eux les véritables patrons. Les managers ont de bons avocats, et les groupes n'ont rien, ils croient juste ce qu'on leur dit. Si un directeur de maison de disques leur demande d'aller décrocher la lune, ils essaieront ! Et un jour ils se rendent compte qu'ils ont été bernés et réalisent que tous leurs rêves se sont envolés. Si j'avais un seul conseil à donner aux jeunes groupes ce serait : gardez les yeux grands ouverts, soyez très attentifs.

-Quels sont tes artistes de hard rock allemands favoris ?

-Hmm, Je dirais Scorpions bien sûr, Doro (nous sommes très amis), et Casanova. Ils jouent tous du hard rock mélodique, mais je trouve qu'ils ont un style immédiatement reconnaissable que j'adore. Oops, je peux en rajouter un ? Edguy.

-Pour finir, un petit mot pour les fans français de Bonfire ?

-Je suis très impatient de revenir en France et de voir si les Français ont toujours le rock qui coule dans leurs veines ! J'ai hâte de crier « Voulez-vous chanter avec moi ? » (ndGegers : en français et avec un accent parfait) de nouveau !

-Merci Claus !