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-Gegers : Avant de parler du nouvel album,
j'aimerais que nous revenions sur le précédent, Free, sorti
en 2003. A l'époque, vos fans avaient trouvé cet album,
n'ayons pas peur des mots, plutôt médiocre. Avec le recul,
que penses-tu aujourd'hui de cet album ?
-Claus
Lessman : Comme le titre de l'album le montre, ce que nous avons
fait avec Free était quelque chose de totalement libre. Effectivement
ce n'est pas un album dans la lignée de Point blank ou Strike X.
C'était un concept différent, et à cette époque
nous sentions que nous avions besoin de faire quelque chose de différent.
Peut-être que nous n'avons pas exprimé notre soif de nouveauté
de la bonne manière, mais bon, nous avons toujours fait ce que
nous voulions sur nos albums, et ce n'est pas non plus un album qui jure
dans notre discographie.
Certains
fans ont été déçus c'est vrai, tout simplement
parce qu'ils ne s'attendaient pas à ça de notre part, ce
n'était pas le Bonfire traditionnel qu'ils avaient l'habitude d'entendre.
Mais nous sommes très heureux d’avoir réalisé
cet album, c'était une bonne expérience, et je continue
de penser que c'est un très bon album.
-Le
morceau But we still rock qui apparaît sur le nouvel album est-il
une réponse aux gens qui vous ont critiqués après
la sortie de Free ?
-Non pas vraiment. C'est plus un morceau qui s'adresse
aux médias, à la presse, à la radio, à MTV.
C'est une réponse à toutes ces maisons de disques qui répètent
depuis des années que le rock est mort. Mais le rock est toujours
vivant, et il ne mourra jamais, grâce aux fans. Les musiciens et
les fans de hardrock sont honnêtes. Comparés aux fans d'autres
styles musicaux comme le rap ou le hip-hop, on peut vraiment dire que
les fans de hard rock sont des gens biens. Et puis ils ne copient pas
trop les albums, ils aiment bien avoir la pochette entre les mains. Les
gens pourront dire tout ce qu'ils veulent, on continuera de jouer du rock
jusqu'à notre mort ! C'est le message que je voulais faire
passer à travers ce morceau.
-Vous a t'il fallu
beaucoup de temps pour composer le nouvel album, Double X ?
-Non, pas très longtemps. Lorsque nous finissons
une tournée, nous nous asseyons tous ensemble ou chacun de notre
côté, et nous nous mettons à composer. Lorsque nous
avons suffisamment de chansons à disposition, nous entrons en studio.
Certains groupes arrivent à composer en tournée. Nous n'avons
jamais procédé comme ça, nous préférons
nous concentrer sur une chose à la fois. Après chaque tournée,
on s'autorise quelques semaines de vacances, et on se retrouve ensuite
pour bosser sur de nouveaux morceaux.
-A mon avis Double
X est votre meilleur album, et je ne dis pas ça parce que je t'ai
au téléphone ! J'ai le sentiment que cet album est
un condensé de chacun de vos précédents albums, mais
c'est comme si vous aviez pris uniquement le meilleur de chaque album.
Quelle est ton opinion sur ce nouvel album ?
-Eh ben, combien
notre guitariste t'a t'il payé pour que tu me dises ça ? !
(rires) Merci beaucoup en tous cas pour le compliment, je pense que tu
as plutôt bien décrit l’album. Sur cet album nous voulions
des mélodies fortes et originales, de bons riffs, de bonnes paroles,
nous voulions faire quelque chose à la fois très rock et
très mélodique. Je pense que nous avons atteint notre objectif,
nous sommes vraiment très contents de ce nouvel album.
-Day 911 est
un des morceaux les plus rapides que vous ayez écrits. Etait-ce
votre but de composer un morceau rapide, ou est-ce l'inspiration qui vous
a guidés ?
-Un peu des
deux. Nous savions qu'il nous fallait un morceau rapide sur cet album.
Après l'album Free, nous voulons montrer aux gens que nous sommes
de retour avec la musique de Bonfire qu'ils aiment. Je voulais parler
du 11 septembre dans ce morceau, car à mesure que le temps passe,
ta vision des choses change. Le temps de permet de voir les choses d'une
différente manière, et d'avoir une opinion différente
notamment sur les politiciens, qui répètent que ce qu'ils
disent est la vérité, mais en fait ils veulent juste se
faire un max de pognon avant de laisser la place.
-Le sujet de la tragédie
du 11 septembre avait déjà été traité
dans le morceau September's on my mind, sur Free ?
-Oui, mais
d'une manière différente de celle avec laquelle nous parlons
de cette tragédie sur Day 911. September's on my mind traitait
plus de la vision que nous, Occidentaux, avons eu de la catastrophe juste
après qu'elle ait eu lieu : juste après les attentats,
les Musulmans étaient la pire vermine de la Terre, et nous les
Occidentaux nous étions les gentils.
En fait
une des premières conséquences du 11 septembre a été
que le monde occidental s'est soudain unifié sous une bannière
à laquelle on a donné le nom de « Liberté ».
C'est ce dont nous parlons dans September's on my mind.
Mais ça
fait quelques temps maintenant que les attaques ont eu lieu, et on se
rend peu à peu compte que tout n'est pas tout blanc ni tout noir.
Les politiciens font leur beurre de ces attaques, et j'ai voulu exprimer
cette question que j'avais en moi : « Vont-ils tous au
Paradis ? ». Par « ils », je veux
parler bien sur les musulmans, mais aussi des occidentaux. Il faut juger
les gens individuellement, derrière chaque nationalité il
y a un homme. Les occidentaux se sont crée un ennemi, mais il y
a également énormément de gens très bien en
Irak, en Afghanistan, et dans tous les pays musulmans.
-Parlons d'un sujet
plus léger maintenant. Je voudrais que tu me parles du morceau
Rap is crap (ndGegers : signifiant en gros : le rap c'est de
la merde). Est-ce que tu détestes le rap à ce point, ou
faut-il prendre les paroles au second degré ?
-Les deux.
Bon, c'est vrai que je n'aime pas le rap, mais je pense qu'il y a de la
place pour tout le monde dans le monde musical. Je n'ai rien par exemple
contre le rap à la Run DMC, notamment leur collaboration avec Aerosmith
sur Walk this way, quel morceau d'enfer ! Certains rappeurs ont une
très bonne attitude et vont vers les autres.
Ce que
je déteste en revanche, ce sont tous ces rappeurs qui prônent
la violence, la consommation de drogues, les armes à feu.
Le problème
ne vient pas que des « artistes », mais aussi des
maisons de disques qui laissent passer n'importe quoi à partir
du moment où ça leur rapporte un bon paquet de fric. Je
ne comprends pas comment des gens qui font l';apologie de la violence
peuvent être récompensés par un Grammy Award, pour
moi ça n'a aucun sens ! C'est pour dire ça que nous
avons écrit Rap is crap.
Même
si les gens n'aiment pas Bonfire, il est possible qu'ils apprécient
les paroles. Je pense que les fans de black metal, de speed metal, seront
tous d'accord avec moi pour dire que : Rap is crap !
-Pour moi, Blink
of an eye est un des meilleurs morceaux de l'album, et une de vos plus
belles power ballades. De quoi parle ce morceau, et ou avez-vous trouvé
l'inspiration ?
-Ce morceau parle
du fait que la vie passe vite, beaucoup trop vite. Ce que nous tentons
de dire aux gens dans ce morceau c'est qu'il faut essayer de profiter
de chaque moment, de chaque seconde, et surtout d'essayer de ne pas avoir
de regrets. La vie passe si vite que lorsque tu prends enfin conscience
de toutes les choses à coté desquelles tu es passé,
il est trop tard pour faire marche arrière. C'est à peu
près l'idée que nous souhaitions véhiculer à
travers ce morceau.
En fait c'est notre guitariste qui est rentré un jour dans la salle
de répète et qui a dit : « Et si nous
écrivions un morceau à la Bon Jovi ? » On
lui a dit ok, mais pour un morceau solide avec une mélodie originale,
et pas une pâle copie de Bon Jovi. Je pense que nous avons plutôt
bien réussi.
-Quels morceaux du nouvel album allez-vous jouer
live ?
-Day
911, But we still rock (ces deux morceaux ouvriront nos concerts lors
de la prochaine tournée), What's on your mind, Rap is crap, Cry
for help, Blink of an eye, et peut-être Bet your bottom dollar sur
certaines dates.
-7 morceaux ?
Vous voulez vraiment promouvoir ce nouvel album !
-Oui, parce
que c'est vraiment un album dont nous sommes fiers. Sur la prochaine tournée
nous allons essayer d'avoir un bon équilibre entre nos nouveaux
morceaux et les morceaux plus anciens. Beaucoup de jeunes qui viennent
à nos concerts ne connaissent pas nos anciens morceaux, c'est important
pour nous de les leur faire découvrir. Nos concerts seront assez
longs je pense, et pour la première fois de notre carrière
nous allons jouer Dany's roulette live ! (ndGegers : superbe
morceau qui figure sur Point blank).
-Pourra t'on espérer vous voir jouer en France
bientôt ?
-J'aimerais
beaucoup jouer de nouveau en France, nous avons passé tellement
de bons moments lors de nos passages chez vous. Le problème c'est
que depuis le milieu des années 90, Bonfire est redevenu un petit
groupe en France. L'idéal serait que les choses se passent comme
en Espagne ou en Grèce, où les fans se sont vraiment battus
pour que l'on puisse jouer chez eux lors de notre tournée. Je pense
que je peux parler au nom de tout le groupe : Nous sommes impatients
de revenir jouer en France !
-Bonfire fête ses 20 ans de carrière,
félicitations ! Quels sont selon toi les meilleurs moments
de votre carrière ?
-Sans doute
notre première tournée en 1986, avec ZZ top, et plus tard
avec Judas Priest. Je pense que les années 80 étaient vraiment
l'âge d'or pour nous, et pour tous les groupes de hard rock en général.
Dans les années 90, nous avons quelques petits soucis, notamment
d'ordre financier. Malgré cela nous avons vécu quelques
bons moments, notamment lorsque nous avons joué au Wacken. Nous
avons aussi passé pas mal de bons moments backstage, mais nous
essayons de préserver notre santé, car on aimerait bien
jouer du hard rock quelques temps encore ! (rires)
-Si tu devais choisir un seul album de Bonfire?
-Alors la
je ne sais pas du tout, je les aime tous !
-Y'en a t'il un alors
que tu trouves moins bon que les autres ?
-Notre premier album,
Don't touch the light. A l'époque nous n'avions aucune expérience,
et on ne peut pas dire que nous étions de bons musiciens !
Comparés à la qualité technique des jeunes musiciens
d'aujourd'hui, nous étions de vraies billes ! Mais bon, nous
avons survécu ! La production de l'album était également
assez moyenne, mais bon, c'est de l'histoire ancienne. Et puis malgré
tous ces défauts nous jouons régulièrement des morceaux
de cet album en live, notamment Hot to rock, qui est devenu au fil des
ans un morceau indispensable dans notre setlist.
-Cela fait maintenant
vingt ans que vous gagnez votre vie grâce au hard rock. Aujourd'hui,
il est vraiment dur pour les jeunes groupes de rock de gagner leur vie
grâce à leur musique. Que penses-tu de la situation, et quel
est selon toi le futur du hard rock ?
-Si seulement
je savais, je serais millionnaire ! ! ! La chose la plus
importante est de croire en ce que tu fais, et ensuite de se fixer un
but. Pour économiser un peu de fric, je conseillerais également
aux groupes de faire gaffe à ne pas changer trop souvent leurs
cordes de guitares et leurs baguettes de batterie ! (rires) De nos
jours, les groupes jouent et les managers font du business, ce sont eux
les véritables patrons. Les managers ont de bons avocats, et les
groupes n'ont rien, ils croient juste ce qu'on leur dit. Si un directeur
de maison de disques leur demande d'aller décrocher la lune, ils
essaieront ! Et un jour ils se rendent compte qu'ils ont été
bernés et réalisent que tous leurs rêves se sont envolés.
Si j'avais un seul conseil à donner aux jeunes groupes ce serait :
gardez les yeux grands ouverts, soyez très attentifs.
-Quels sont tes artistes
de hard rock allemands favoris ?
-Hmm, Je dirais
Scorpions bien sûr, Doro (nous sommes très amis), et Casanova.
Ils jouent tous du hard rock mélodique, mais je trouve qu'ils ont
un style immédiatement reconnaissable que j'adore. Oops, je peux
en rajouter un ? Edguy.
-Pour finir, un petit
mot pour les fans français de Bonfire ?
-Je suis très
impatient de revenir en France et de voir si les Français ont toujours
le rock qui coule dans leurs veines ! J'ai hâte de crier « Voulez-vous
chanter avec moi ? » (ndGegers : en français
et avec un accent parfait) de nouveau !
-Merci Claus !
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