FREAK KITCHEN/ P.RONDAT / Y.ARMELLINO
17.11.2004 - Laiterie - Strasbourg
Par Chri

La tournée Yann Armellino – Patrick Rondat – Freak Kitchen s'est également arrêtée à la Laiterie de Strasbourg le 17 novembre. Pour certains, cette tournée peut apparaître comme un « G3 à l’européenne » bridant les artistes, en temps et dans la set-list (Patrick Rondat et Freak Kitchen valent bien chacun une tête d’affiche). En fait, c’est un bon show de 3h30 environ, permettant d’entendre des musiciens tout à fait complémentaires, au toucher et au son de guitare différents et si caractéristiques, et pour beaucoup, de découvrir l’un ou l’autre des groupes, avec la pêche et l’énergie du live.

La soirée avait pourtant mal commencé, puisqu’un incident de bus rencontré sur le trajet depuis Paris où la tournée s’était arrêtée la veille, a considérablement retardé les musiciens qui ne sont arrivés à Strasbourg qu’à 20h30. Mais les roaddies et l’équipe technique de la Laiterie ont réussi la performance de décharger, installer le matériel et effectuer les réglages en tout juste une heure (pendant ce temps, le bluesman Bill Perry jouait dans la salle d’à côté et j’y aurai bien jeté une oreille).

Pas facile dans ces conditions pour Yann Armellino de chauffer la salle, d’autant que, comme sur le reste de la tournée, il apparaît seul sur scène. Mais le fait de jouer sur bande n’enlèvera rien à sa performance. En un set (trop) court, Yann nous montre un échantillon de son talent, plutôt direct, sans fioriture, à la croisée du blues et du heavy. Entre les compos de son dernier album Cross-rocks" ("The Beginning", "Dropped D Song" ou "Riff, Roll & Stylus"), Yann aborde les différentes musiques qui l’ont inspiré : le blues (il reprend le "Crossroads" de Robert Johnson avec brio), la Motown de Marvin Gaye & co, et évidemment le heavy (un clin d’œil à AC/DC, mais j’aurai bien écouté sa version instrumentale de "Shandi" de Kiss). Yann est vraiment un guitariste à découvrir.

Lui succède Patrick Rondat, dont la présentation n’est plus à faire. Après l’intro "Welcome to the Donkey's Island", Patrick balance à un public tout acquis à sa cause son "Donkey's Island". Soutenu par une section rythmique excellente, Patrick enchaîne les morceaux comme il égraine les notes sur son manche, avec aisance, inspiration et technique. La set-list est la même que pour les autres concerts avec notamment "An ephemeral world", "Tethys", "Burn Out" (en acoustique), "Amphibia" (en entier), entrecoupé par un superbe solo de basse de Patrice Guers (ce gars slappe vraiment bien et est capable d’enchaîner les notes avec la même dextérité que Patrick. Pas étonnant de le retrouver dans Rhapsody ou Innervisions, qui a ouvert pour Sonata Arctica le 30/10 à la Laiterie). Le rappel permettra d’entendre le « Vivaldi Tribute » réclamé à corps et à cris par les fans du côté gauche de la salle. Une bonne leçon de guitare donc, assurée dans la bonne humeur, qui aura bercé nos oreilles pendant 1h30 environ, même si pour ma part, j’aurais aimé un peu plus de spontanéité et de folie.

Car c’est vraiment Freak Kitchen qui a assuré le show de la soirée. La bande à Mattias est vraiment pleine de fougue, qui ne sert pas à masquer une quelconque faiblesse technique. Ces trois-là sont vraiment tous des sacrés musiciens et prouvent que le trio de base du heavy peut être efficace et innovant. Entre les titres phares de l’album "Move" ("Nobody’s Laughing", "Propaganda Pie", "Porno Daddy", "Seven Days in June") et des albums plus anciens ("My New Haircut", "Taste My Fist"), Freak Kitchen nous présente un extrait de son prochain album ("Speak when spoken to") et permet à Mattias de délirer : solo de guitare à la baguette chinoise sur "Chopstick Boogie", solo de "batterie pour bouche et langue" en utilisant le micro de sa guitare ou encore recours à la "snake tongue" (une guitare-percussion de son invention) pour faire chanter le public. Ces gars-là se font plaisir et savent faire plaisir, haranguant la foule à grands coups de "Goodie, Gooday". Dommage qu’une partie de la salle soit partie après la prestation de Patrick. Ceux-là ont manqué une expérience rafraîchissante, qui s’est terminée par un jam avec Yann et Patrick sur "Highway to Hell". La Laiterie s’est enfin lâchée et a sauté au rythme des accords, accueillant dans ses bras Chris, le bassiste de Freak converti en chanteur et slameur pour l’occasion. Le concert s’est terminé sur un bon conseil de Mathias « Stay freaky, stay french ». Nous, on aurait envie de leur dire simplement « Thanx, keep rockin’ ».

Car, sans même prendre le temps de récupérer, les musiciens sont venus à la rencontre de leurs fans dans le hall de la Laiterie. Yann, Patrick, Mattias et consorts sont venus discuter, distribuer médiators et autographes à tour de bras, embrasser les filles et poser pour quelques photos souvenirs avec plaisir et simplicité. Ces gars-là sont vraiment sympas et disponibles, et si la sécurité ne nous avait pas mis dehors, sûr qu’on aurait prolonger la soirée encore longtemps. Mais ils nous ont promis de revenir bientôt...