09.07.1946 - 19.02.1980

Je pourrais en faire des tonnes, vous dire que j’ai vu Bon Scott en 1976, au Marquee, avec mon père, alors que je n’avais que huit ans. Qu’il m’avait alors signé un autographe après le show et que je l’ai recroisé par la suite, au Stadium en 1978, puis à Aix-Les-Bains en 1979. J’adorerais vous raconter ça, comme un vieux combattant un peu frimeur. Malheureusement, la vérité est tout autre : j’ai découvert AC/DC en 1978, avec l’album Powerage. Grosse, énorme, monumentale baffe ! Et puis, quelques mois plus tard, la même année, il y a eu ce live fantastique, If You Want Blood, avec sa pochette qui a littéralement traumatisé (et fasciné) le gamin de dix ans que j’étais. Idem pour Highway To Hell, l’année suivante, avec ce Angus cornu infernal parodiant un single des Stones. Chez un disquaire, fin 1979, j’apprends que, le 22 janvier 1980, AC/DC doit se produire au Parc de Penfeld, à Brest. Pas le temps de plaisanter, j’achète mon billet (40 balles, ça paraît très, très peu aujourd’hui, mais à l’époque, pour un gosse de onze ans, c’est pas si « cheap » que ça…). Et les semaines passent, interminables. A deux jours du concert, je me lance : il faut que j’obtienne l’autorisation de mes parents… qui ne viendra jamais. Le soir du show, j’écoute donc Zégut dans ma chambre, en pleurant à chaudes larmes. Je refuse d’aller me faire rembourser mon billet (bien m’en a pris). Engueulade avec les « vieux ». Ma colère et mon incompréhension deviennent intolérable frustration lorsque, le 20 février 1980, un mois plus tard, j’apprends, effondré, que Bon vient d’être retrouvé mort à Londres. Brest fût son avant-avant-avant-dernier concert, l’un des quatre derniers qu’il ait jamais donnés. Je comprends immédiatement que plus jamais je ne pourrai croiser le chemin de Mister Scott. Il me faudra un paquet de temps pour tenter d’« accepter », et aujourd’hui encore, je ne crois pas y être vraiment parvenu. Frustration oblige, j’ai voulu, par la suite, découvrir Bon au travers de photos, d’articles de presse, de témoignages d’amis et de proches, de VHS bootleg de qualité parfois plus que limite, et de cassettes pirates que je chérissais comme autant de trésors : Edimbourg & Londres 1976, Cleveland & San Francisco 1977, Glasgow & Boston 1978, Towson, Paris & Londres 1979… Rien que des concerts exemplaires qui valaient surtout pour les speechs de Bon entre les morceaux, cette faculté – que n’a jamais eue son successeur, que j’adore pourtant –, de pousser le groupe à improviser, à se remettre tous les soirs en question. Sur le fil du rasoir. Et puis, l’un d’entre vous l’a très justement souligné sur le forum, Bon Scott souriait tout le temps, charmeur jusqu ‘au bout des tatouages, Monsieur Charisme en personne. Le rock’n’roll en intraveineuse, bref, le grand-frère qu’on aurait tous voulu avoir. Et qu’on pleure depuis 25 ans. Putain, que le temps passe vite… Depuis, j’ai tenté de rattraper le temps perdu : les AC/DC sont aujourd’hui des « amis » que j’ai vus aux quatre coins du globe, sur scène, en interview, en studio, en soundcheck ou sur des tournages de clips. Mais ma rencontre avec le groupe, live, n’a eu lieu que le 23 janvier 1981, toujours à Brest, sur le Back In Black World Tour. Brian Johnson tenait le micro. Alors, normal que, près d’un quart de siècle plus tard et malgré les aventures précitées, j’ai toujours du mal à digérer. Car « je m’en veux un peu, on s’est raté de si peu ».
Philippe Lageat (ROCK HARD)
PS : Merci à vous tous... car vous n’oubliez pas. Et gloire à Bon, le meilleur chanteur rock de tous les temps !